L’Europe, vous et moi (4) : Marie Duret-Pujol pour une UE insoumise
Politique 

L’Europe, vous et moi (4) : Marie Duret-Pujol pour une UE insoumise

A J-10 des élections européennes, Rue89 Bordeaux vous présente certain.e.s candidat.e.s parmi les 33 listes en lice. Nous évoquons avec ces locaux de l’étape l’impact concret des politiques de l’Union sur leur quotidien, et celui des Néo-Aquitains. Aujourd’hui, trois questions à la Mérignacaise Marie Duret-Pujol, 39e de la liste France insoumise.

Enseignante-chercheuse, maîtresse de conférences d’études théâtrales à l’université Bordeaux Montaigne, Marie Duret-Pujol est active sur la scène politique depuis la dernière candidature de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle.

La jeune femme (37 ans) participe à cette occasion à la création de la France insoumise, qu’elle représente aux élections législatives de 2017, sur la 6e circonscription de la Gironde (Mérignac, le Haillan, Saint-Médard). Elle arrive 3e du premier tour, talonnant avec 13,06% la députée sortante (PS), Marie Récalde.

Avant une probable candidature aux municipales de 2020, Marie Duret-Pujol fait campagne pour ces européennes, en position non éligible sur la liste conduite par Manon Aubry.

Rue89 Bordeaux : Quelle relation personnelle entretenez-vous avec l’Union européenne ?

Marie Duret-Pujol : Née en 1982, je suis de cette génération Mitterrand à qui on avait donné un très beau projet européen. Mais dans mon métier je mesure le grand écart entre les idées de solidarité qu’il représente et la réalité. A l’Université Bordeaux Montaigne, je vis la marchandisation des savoirs et la fabrication du grand marché universitaire voulues par le processus de Bologne et prolongé par les différents gouvernements, dans une logique néo-libérale.

Marie Duret-Pujol (ES/Rue89 Bordeaux)

Ils entérinent la mise en concurrence des universités, des labos et des étudiants, engendrant de grandes inégalités. La mise en place de Parcoursup et l’augmentation des frais d’inscription pour les étudiants extra communautaires, prise par décret par la ministre Vidal, c’est épouvantable.

Seuls les étudiants étrangers les plus fortunés, ou les lycéens français issus des meilleurs lycées, seront à même d’étudier dans les universités. Pour les enseignants, cela conduit à rajouter des heures de lecture de dossiers, un tri qui ne correspond pas à l’image d’une université ouverte et d’un savoir critique.

On accuse souvent l’Europe d’être trop éloignée de la vie des citoyens. Quelle mesure a selon vous eu un impact particulier, bon ou mauvais, sur le quotidien d’un Bordelais ou d’un Néo-Aquitain ?

L’université de Bordeaux est un bon exemple. Elle joue complètement sur la concurrence avec tous les établissements de Nouvelle-Aquitaine jusqu’à la fermeture de certains diplômes voire filières présents dans certains d’entre eux. On peut prolonger sur la manière dont nos services publics et nos bien communs sont détruits par des recommandations européennes qui ont valeur d’ordre : 40% de nos communes rurales ont perdu une gare ou une école primaire, 9% une gendarmerie…

Le droit européen privilégie les services rendus par le privé, et les entreprises cherchent avant tout à faire des économies. La SNCF a par exemple fermé ses guichets à Bordeaux centre et Caudéran. Cela contribue à éloigner les gens du train, avec la fermeture des petites lignes, alors que celles-ci permettent de moins utiliser sa voiture. Il a manqué seulement 24 voix au parlement européen pour repousser ces directives du paquet ferroviaire sur la libéralisation du secteur. Cela aurait été une grande victoire, même si les pouvoirs du parlement sont assez limités. On vise à ce que cette institution, la seule directement élue par les citoyens en Europe, ait davantage de poids.

En quoi voter pour votre liste pourrait changer cela ? 

Un vote massif pour nous enverrait un signal fort contre les logique néolibérales qu’applique Macron. Cela sera un premier pas vers la mise en place de l’alternative. Notre projet est humaniste, démocratique et écologiste, à l’exact opposé de ce que fait le pouvoir.

On souhaite le droit de désobéir aux règles européenne lorsqu’elles ne permettent pas le respect des biens communs et la mise en place de la transition écologique. Même Nicolas Hulot qui appartenait au gouvernement l’a bien dit : la mise en place de la règle verte et de la planification écologique est impossible dans le cadre des traités européens. Pourtant, on peut vivre en dérogeant à la règle des 3% (de déficit du PIB), mais on peut pas vivre avec un climat à +3°.

C’est assez culotté de la part de la liste Renaissance qui affirme l’inverse de ce que fait la République en Marche en France : ils souhaitent investir dans les énergies renouvelables mais ne respectent pas les objectifs européens en la matière. Ils défendent une agriculture propre mais votent contre interdiction du glyphosate !

Mais le Frexit, ce n’est pas notre ligne : on est internationaliste, et sommes notamment associés à d’autres mouvement européens, dont Podemos en Espagne, via la liste Maintenant le peuple. Mais les traités empêchent une coopération durable. Notre axe, c’est le bras de fer, en envoyant des députés de combat au parlement, en posant les bases d’un programme alternatif européen, et en comptant sur des victoires de nos partenaires dans les autres pays européens, et en France en 2022.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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