L’Europe, vous et moi (1) : Arthur Hay, un coursier bordelais en piste
Politique 

L’Europe, vous et moi (1) : Arthur Hay, un coursier bordelais en piste

A J-17 des élections européennes, Rue89 Bordeaux vous présente certains candidats locaux de l’étape parmi les 33 listes en cours. Nous évoquons avec eux l’impact concrets des politiques de l’Union sur leur quotidien, et celui des Néo-Aquitains. Aujourd’hui, 9 mai (journée de l’Europe) : trois questions à Arthur Hay, 11e de la liste du Parti communiste, et fondateur du premier syndicat français des livreurs à vélo.

Les élections européennes auront lieu le 26 mai en France. Exit les circonscriptions interrégionales en vigueur depuis 2004 : le scrutin est national, toujours à la proportionnelle. Mais les 33 listes concurrentes, qui vont se disputer les 74 sièges en jeu (79 si le Brexit est effectif), ont veillé à présenter des candidats issus de divers horizons, afin notamment de s’assurer des relais locaux.

La liste « Pour une Europe des gens, contre l’Europe de l’argent », conduite par le communiste Ian Brossat, compte ainsi en 11e position Arthur Hay. Ancien coursier à vélo chez Deliveroo, le jeune Bordelais (28 ans) a conduit un mouvement social contre l’ubérisation du travail, créé le premier syndicat (CGT) de ce secteur, puis une coopérative de livreurs.

Arthur Hay n’est pas dans la position la plus favorable pour être élu : la liste du PCF est actuellement donnée à 3%, quand il faudra dépasser les 5% pour envoyer des eurodéputés à Bruxelles ou Strasbourg (4 ou 5 si ce score est atteint). Qu’importe : il compte bien profiter de cette campagne pour faire passer des messages.

Arthur Hay, le 28 juillet 2017 à Bordeaux (SB/Rue89 Bordeaux)

Rue89 Bordeaux : Quelle relation personnelle entretenez-vous avec l’Union européenne ?

Arthur Hay : Très intime ! Comme pour beaucoup de personnes, les décisions européennes influent sur mon métier. En tant que coursier à vélo et représentant du syndicat (CGT) des coursiers à vélo de la Gironde, je participe à fédérer les travailleurs de ce secteur au niveau européen – la Transnational fédération of coursiers, avec 30 organisations de 16 pays. On porte des revendications, comme un salaire horaire minimum, même si on n’assure pas de livraison.

Et on a un gros coup à jouer. Aujourd’hui, ce sont les lobbies d’Uber et de Deliveroo qui se sont relayées, parce que ces plateformes se sont organisées pour cela. Mais les règles européennes peuvent faire bouger les choses, et contraindre Etat et entreprises à bouger. Après son introduction en bourse, Delivery Hero (Foodora) a par exemple dû créer un comité d’entreprise, et donc créer un lieu d’échange avec les représentants de ses salariés, ce qu’on aimerait bien avoir chez Uber Eats ou Deliveroo.

Dans le débat sur le projet de directive « relative à des conditions de travail transparentes et prévisibles », le Parlement européen a rendu un rapport. Celui-ci affirme que des protections doivent être apportées à ces travailleurs des plateformes, dont les conditions d’exercice ressemblent beaucoup à du salariat déguisé.

On accuse souvent l’Europe d’être trop éloignée de la vie des citoyens. Quelle mesure a selon vous eut un impact particulier, bon ou mauvais, sur le quotidien d’un Bordelais ou d’un Néo-Aquitain ? 

J’estime que l’Europe n’a pas bien répondu à l’enjeu écologique. Elle n’a par exemple pas été à la hauteur sur la sortie du glyphosate. Certes, les personnes qui travaillent dans les vignes seraient inquiètes en cas d’interdiction rapide. Mais leur santé, ainsi que celle des personnes vivants aux abords des champs, est en jeu.

« Cette Union européenne, on l’aime »

Cela reflète ce que l’on peut voir sur la plupart des sujets : l’Europe est aux mains de libéraux qui voient les avantages économiques au détriment des enjeux environnementaux et sanitaires. Dans le cas du glyphosate, elle défend d’abord les intérêts de Bayer-Monsanto.

Mais l’Union européenne a parfois bon dos, et certains Etats, comme la France ne se privent pas de faire du zèle en son nom. Certaines politiques prises au nom de la concurrence pourraient ne pas être appliquées, comme la vente des barrages hydroélectriques ou des aéroports.

En quoi voter pour votre liste pourrait changer cela ? 

Voter communiste ne va pas changer le monde immédiatement, mais on a de bons espoirs d’arriver à 5% et d’envoyer des députés au Parlement, pas seulement de faire 3% pour se faire rembourser les frais de campagne. Notre but est de faire entendre la voix des travailleurs, qui sont pas mal représentés sur la liste de Ian Brossat, et très peu à Bruxelles et Strasbourg… On voudrait que cette institution soit plus transparente et démocratique.

Cette Union européenne, on l’aime, on ne veut pas juste sortir de l’Europe. Nous prônons la désobéissance par rapport à des traités qui outrepassent la souveraineté des Etats. Cela a fonctionné par le passé : lors de la crise de la vache folle, la France a décrété un embargo sur la viande britannique complètement illégal, mais que d’autres pays ont fini par adopter.

On pense aussi que l’UE doit laisser plus de libertés, notamment sur les orientations économiques. Le Portugal a fait le choix de la relance économique, il est aujourd’hui en dessous des 3% de déficit, et ce par une politique d’investissement, pas par des mesures austéritaires comme celles imposées à la Grèce.

Enfin, l’Europe devrait prendre les clauses les plus favorables de chaque pays pour les imposer aux autres, notamment sur l’égalité salariale homme-femme ou le droit à l’avortement.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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