Des féministes s’opposent à la projection du film de Roman Polanski à l’Utopia
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Des féministes s’opposent à la projection du film de Roman Polanski à l’Utopia

Une quarantaine de militantes du collectif Collage féminicides Bordeaux a bloqué, mardi soir, l’entrée du cinéma Utopia pour empêcher la diffusion du film J’accuse de Roman Polanski.

Les portes du cinéma sont restées closes ce mardi, en début de soirée. « Personne ne rentrera ce soir », scandent les manifestantes. De 19h à 20h, un collectif de féministes, les « colleuses » de slogans sur les féminicides, a empêché les spectateurs d’assister à la projection du film J’accuse de Roman Polanski.

Le réalisateur franco-polonais, qui a fui les Etats-Unis en 1978, est depuis 1977 sous le coup de poursuites judiciaires pour viol dans ce pays. Il avait alors plaidé des relations sexuelles illégales avec une mineure. 5 femmes l’ont depuis publiquement accusé de violences sexuelles lorsqu’elles étaient mineures, même si les faits sont prescrits. Dernière en date, le 10 novembre dernier, dans un témoignage publié par Le Parisien, la photographe française, Valentine Monnier, déclarait que le cinéaste l’avait frappée et violée en 1975, en Suisse, alors qu’elle avait 18 ans.

Une nouvelle accusation

Devant le cinéma de la place Camille-Jullian, à Bordeaux, Charlotte Monasterio, la porte-parole du mouvement, s’indigne de la programmation du film compte tenu des soupçons qui pèsent sur son réalisateur :

« Si on vise l’Utopia ce soir, c’est parce que, dans sa gazette, le cinéma a soutenu que J’accuse était un grand film. Or pour nous, c’est une réaction indigne. Séparer l’homme de l’artiste Polanski et permettre la programmation de son film, c’est lui faire une immense faveur. L’Utopia est un cinéma d’art et d’essai. Dans deux jours, il diffusera un film féministe, et ce week-end, un film sur la culture Queer. Alors, on ne comprend pas cette programmation. C’est pour ça qu’on veut avoir un temps de discussion avec les responsables. »

 

A la lumière des vitraux de l’ancienne église reconvertie en cinéma, des heurts éclatent entre un spectateur en colère qui tente de forcer le passage et les manifestantes.

« Je n’ai rien contre la mobilisation. C’est une bonne chose de se mobiliser face aux violences faites aux femmes mais on ne peut pas accuser quelqu’un tant qu’il n’a pas été jugé et condamné », indique-t-il avant qu’une manifestante ne lui rappelle que le réalisateur a lui-même plaidé coupable pour détournement de mineurs il y a maintenant 40 ans.

Médiation entre les manifestantes, les bénévoles du cinéma et le police (AC/Rue 89 Bordeaux)

Séance annulée

Dans le cortège, Laury, 24 ans, précise les raisons qui l’ont poussée à se mobiliser :

« On ne vise en rien son film et son travail qui est sans doute très bon, mais il ne mérite pas de faire de l’argent avec tant qu’il ne se sera pas remis à la justice. C’est facile de séparer l’œuvre de l’artiste chez les hommes. Mais une femme qui témoigne contre une agression sexuelle, en revanche, sera-elle publiquement associée à cette image tout le reste de sa vie ou de sa carrière. »

La médiation organisée entre les forces de police, les projectionnistes du cinéma et les manifestantes aboutira finalement à l’annulation de la séance.

Dans la soirée, les responsables du mouvement poursuivront la discussion avec Patrick Trudet, le directeur du cinéma, qui n’a pas souhaité répondre à nos questions indiquant « ne pas vouloir réagir à chaud ».

L'AUTEUR
Antoine Cariou
Antoine Cariou
Étudiant à Sciences Po Bordeaux, breton et néo-bordelais - a troqué le cidre pour les cannelés il y a 3 ans.

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