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Cinéma, expo, théâtre, danse… un mois de février 4 étoiles à Bordeaux

De la classe ouvrière à la « culture de la chambre à coucher », des étoiles de la danse aux étoiles du documentaire, des salles d’expo aux salles obscures… la culture se balade en ce mois de février à Bordeaux.

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Cinéma, expo, théâtre, danse… un mois de février 4 étoiles à Bordeaux

Sans tarder, et parce que ça vaut le coup, on vous parle de Phia Ménard, actuellement au TNBA jusqu’au 31 janvier avec Nocturne (Parade). La délicatesse de la chorégraphe et performeuse française anime la salle Vauthier du TNBA avec une poésie universelle, pour les grands et les petits. Même si ce spectacle autour de poupées de sacs plastiques, visuellement merveilleux, est aussi très sombre sur notre situation politique. La menace du fascisme y plane, littéralement et in concreto puisque la compagnie Non Nova a perdu toutes les subventions de la Région Pays-de-la-Loire, qui a cessé son aide à la culture.

Dans le même registre, Léa Rodrigues présente Borda sur la scène nationale Carré-Colonnes à Saint-Médard-en-Jalles. Vendredi 30 et samedi 31 janvier, la chorégraphe brésilienne revient avec sa Companhia de Danças, après Pororoca en 2011 et Encantado en 2021. Sa nouvelle création retrace 35 ans de travail de la compagnie dans la favela de Maré à Rio de Janeiro. Un spectacle écrit et interprété avec autant de féérie hypnotique que d’énergie engagée.

D’autres rendez-vous de spectacles vivants sont à suivre en février, comme vous pouvez le lire ci-dessous…

Du 31 janvier au 28 février 2026 : Black History Month

La 7ᵉ édition française du Black History Month se déploie autour de la thématique « Nos héritages Afro-Andins », explorant la contribution des communautés noires d’Amérique latine, façonnée par des siècles de déportation, de résistance et de créativité culturelle. Organisé par l’association Mémoires & Partages, l’événement met en lumière cette richesse historique et artistique.

Lancé à Bordeaux à La Grande Poste, le festival s’étend ensuite à Paris, Rouen et Poitiers, proposant des conférences, tables rondes, projections, performances et concerts réunissent artistes, universitaires et personnalités engagées.

A Bordeaux

Parmi les rendez-vous bordelais, la soirée d’ouverture, ce samedi 31 janvier, programme une table-ronde sur la chorégraphe péruvienne Victoria Santa Cruz (1922-2014) et l’héritage africain dans les Andes Américaines. Elle sera suivie de performances, projection, installation artistique et concerts : Barrio Malambo (musique afro-péruvienne) et Canto Vadeia (musique colombienne).

Vendredi 13 février, Le Rocher de Palmer accueille le groupe Santa Machete à 19h30 (gratuit) et le mardi 17 février, une projection-débat se tient au cinéma Utopia avec la diffusion à 20h du documentaire Mémoires d’un Afro-Péruvien (2009), suivie d’une discussion avec la réalisatrice Jovita Andrade Maeder.

Pensé comme un espace de célébration et de dialogue interculturel, le Black History Month vise à sensibiliser le public à l’histoire des Afrodiasporas, à valoriser leurs apports et à encourager l’engagement citoyen contre les discriminations. À travers des échanges et des expressions artistiques variées, il invite chacun à repenser la mémoire, l’identité et les récits partagés qui traversent les mondes noirs.

📍 Bordeaux et autres villes
🗓️ Du 31 janvier au 28 février 2026
🔎 Plus d’infos

Du 4 au 7 février 2026 : La classe ouvrière c’est pas du cinéma

Du 4 au 7 février 2026, la 22e édition des Rencontres cinématographiques « La classe ouvrière, c’est pas du cinéma » est proposée par Espaces Marx et le cinéma Utopia. Fidèle à son ADN, l’événement défend un cinéma engagé, pensé comme un outil d’émancipation et de débat, en croisant projections, tables rondes et échanges avec des réalisateur·rices, chercheur·ses, artistes et militant·es.

Cette année, le fil rouge – « Décoloniser les regards » – irrigue l’ensemble de la programmation, avec, en ouverture et en avant-première le 2 février, le documentaire Orwell 2+2 = 5 de Raoul Peck au cinéma Utopia.

Chaque journée explore un terrain spécifique : les représentations de la colonisation en Algérie, les formes contemporaines de domination dans le travail, la situation en Kanaky, ou encore la persistance de la colonialité dans nos imaginaires. Les matinées, en accès libre à la Bibliothèque municipale de Bordeaux, privilégient la discussion et la transmission, tandis que les films projetés à l’Utopia prolongent la réflexion par la force des images.

Décoloniser les musées

Parmi les temps forts, la journée du samedi 7 février, intitulée « Décoloniser les musées ? », met en lumière un débat devenu central dans le monde culturel. La matinée s’ouvre par une table ronde et des projections interrogeant la spoliation des œuvres durant la période coloniale et les processus de restitution aujourd’hui à l’œuvre. Gaëlle Beaujean, Élise Patole-Edoumba et Sophie Chave-Dartoen y confrontent les positions : faut-il tout rendre, tout conserver, négocier au cas par cas ? Quels bouleversements ces choix impliquent-ils pour les institutions occidentales ?

Parmi ces intervenantes, on peut lire Sophie Chave-Dartoen, directrice du Musée d’ethnographie de Bordeaux et enseignante-chercheuse à la faculté d’anthropologie sociale à l’Université de Bordeaux, et Elise Patole-Edoumba, directrice des musées de la Rochelle, récemment interrogées par Rue89 Bordeaux dans un article sur ce sujet – Les musées de Nouvelle-Aquitaine doivent-ils restituer des œuvres aux pays jadis colonisés ? – dans son dossier « Bordeaux décolonisé ».

L’après-midi, le documentaire de Nora Philippe, Restituer ? L’Afrique en quête de ses chefs-d’œuvre, prolonge la réflexion en retraçant l’histoire des pillages et des combats pour le retour des œuvres. Un focus dense et nécessaire, qui invite à repenser le rôle politique des musées et la manière dont ils racontent — ou occultent — l’Histoire.

📍 Cinéma L’Utopia et autres lieux à Bordeaux
🗓️ Du 4 au 7 février 2026
🔎 Programme PDF

La Révolte des femmes de chambre, de Thierry Férié au programme de « La Classe ouvrière, c’est pas du cinéma » Photo : DR

Du 5 février au 7 mars : Silent Hills à la galerie BAM Projects

L’exposition Silent Hills réunit les univers de Goulven Derrien et Slava Lapshin à découvrir chez BAM Projects, avec vernissage le jeudi 5 février à partir de 18h en présence des artistes. Dessin d’un côté, création numérique de l’autre, leurs œuvres dialoguent autour d’imaginaires nourris de baroque, de psychédélisme, de cinéma et de jeu vidéo.

À cette occasion, retrouvez également les artistes de la galerie mobile Show Show, parmi lesquels les artistes bordelais Lucie Bayens, Pierre Labat, Olivier Specio… et bien d’autres.

📍 Galerie BAM Projects
🗓️ Du 5 février au 7 mars 2026
🔎 Plus d’infos

Du 7 février au 30 août : Chambres, ghosts & digitales au Frac

La première exposition conçue par la nouvelle directrice du Frac Elfi Turpin, Chambres, ghosts & digitales, explore la chambre comme espace intime devenu territoire connecté, politique et imaginaire. De l’essai Une chambre à soi de Virginia Woolf à la Bedroom Culture (littéralement, la culture de la chambre à coucher) née avec Internet, l’exposition interroge la porosité entre réel et virtuel, privé et public, corps et écrans.

Réunissant des artistes aux pratiques multiples, ce parcours collectif compose un paysage sensible peuplé de récits, de présences fantomatiques et de subjectivités numériques. Des premiers regards prophétiques de Nam June Paik (1932-2006), Rosemarie Trockel (1952-), ou encore Marinette Cueco (1934-2023)… aux lectures contemporaines et vécues de Assya Agbere (2002-), Lou Fauroux (1998-), Konstantinos Kyriakopoulos (1994-)… un quasi débat intergénérationnel aborde l’exposition de l’intime à l’inconnu.

Avec Assya Agbere, Absalon, Heidi Bucher, Marinette Cueco, Lou Fauroux, Dominique Gonzalez-Foerster, Donna Gottschalk, Konstantinos Kyriakopoulos, Laura Lamiel, Seulgi Lee, Lori, Ash Love, Nathalie Magnan, Beatriz Santiago Muñoz, Nam June Paik, Rosemarie Trockel, Madame Zo.

📍 Frac Méca à Bordeaux
🗓️ Du 7 février au 30 août 2026
🔎 Plus d’informations

Du 13 février au 31 décembre : Le Tour du monde en 50 régions viticoles à la Cité du vin

La Cité du Vin célèbre ses dix ans avec une exposition photographique en accès libre et gratuit, déployée au rez-de-chaussée et au premier étage. Intitulée Le tour du monde en 50 régions viticoles, cette promenade artistique propose un voyage à travers la richesse et la diversité des vignobles du monde.

Chaque image, choisie par les partenaires viticoles eux-mêmes, met en lumière un paysage, un geste, un lieu ou une communauté emblématique de son territoire. Pensée comme une traversée sensible, l’exposition valorise le lien profond entre la vigne, l’humain et l’environnement, entre nature, culture et patrimoine.

📍 Cité du Vin à Bordeaux
🗓️ Du 13 février au 31 décembre 2026
🔎 Plus d’informations

Du 25 au 27 février : Taire de Tamara Al Saadi au TNBA

Si vous avez vu Place au TNBA l’année dernière, vous comprendrez qu’il ne faut pas rater Taire. Pour les autres, c’est le moment de découvrir le passionnant travail de Tamara Al Saadi, artiste associé au TNBA. Son dernier spectacle, qu’elle a écrit, mis en scène et scénographié, est une relecture puissante et contemporaine du mythe d’Antigone. Cette figure tragique de résistance et de désobéissance, fait face sur scène à Eden, adolescente d’aujourd’hui, marquée par le mal-être d’une jeunesse confrontée aux violences sociales, familiales et institutionnelles.

« Pour ce projet, je souhaitais au départ interroger des adolescentes et des adolescents habitant sur des territoires marginalisés ou victimes de ségrégation urbaine afin de faire coexister leurs regards avec des jeunes du même âge de Palestine – et plus précisément de Gaza », explique-t-elle dans un entretien accordé au Festival d’Avignon où le spectacle a été présenté en 2025.

« Il s’agissait d’observer les similitudes de vie, les effets de miroir entre deux réalités : d’une part, des lieux abandonnés par les services publics en France, d’autre part, les espaces victimes de l’occupation coloniale. Mais les événements du 7 octobre 2023 et le génocide de la population palestinienne ont coupé net ce projet en me laissant dans un état de sidération. Je ne me sentais plus en capacité ni en légitimité de mener à bien ce spectacle. Face à cette paralysie, la figure d’Antigone a refait surface, me renvoyant au sentiment d’impuissance que je portais à quatorze ans ». .

En croisant ces deux trajectoires, le spectacle interroge, avec intensité et poésie, le silence, la parole confisquée et les voix que la société tente de faire taire. Marquée d’un sceau tout aussi mystérieux qu’improbable, la création de Tamara Al Saadi a été indirectement au centre d’une polémique qui dépasse le contenu de son sujet pour toucher à la liberté d’expression dans les lieux culturels.

Dans plusieurs théâtres de la région Sud, les directions n’ont pas autorisé la lecture, à la fin des représentations, d’un texte informatif sur Gaza que la metteuse en scène souhaitait partager avec le public (texte lu au TNBA à la fin des représentations de Place). Ce refus a été perçu comme un acte de censure de la parole de l’artiste, suscitant l’indignation du Syndicat français des artistes interprètes Paca-CGT et du Syndicat national des professionnels du théâtre qui ont dénoncé « la culture de la peur » dans les théâtres publics.

📍 Théâtre national Bordeaux Aquitaine à Bordeaux
🗓️ Du 25 au 27 février 2026
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I Will Survive des Chiens de Navarre (Photo : Fabrice Robin)

Du 26 au 28 février : I Will Survive des Chiens de Navarre au Carré à Saint-Médard

I Will Survive, nouvelle création de Jean-Christophe Meurisse pour Les Chiens de Navarre, s’annonce explosive sur le sujet des violences conjugales et sexuelles, et rentre-dedans sur le volet judiciaire. Toujours fidèle à son registre de comédie satirique mordante, la compagnie parisienne plongera le public du Carré à Saint-Médard-en-Jalles au cœur des contradictions de la machine judiciaire contemporaine.

Sur scène, magistrats, avocats, accusé·es, victimes et témoins se croisent autour de deux procès fictifs inspirés de faits réels : celui d’une femme ayant tué son mari après des années de violences, et celui d’un humoriste célèbre poursuivi pour une blague malheureuse sur les violences faites aux femmes. Au fil de ces affaires entremêlées, la pièce pose une question aiguë : ce qui est légal est-il toujours juste ?

Attention : abordant frontalement les thèmes des violences conjugales et sexistes, I Will Survive est déconseillé aux moins de 16 ans.

📍 Scène nationale Carré-Colonnes à Saint-Médard-en-Jalles
🗓️ Du 26 au 28 février 2026
🔎 Plus d’informations

27 février : CHoPin de Christine Hassid Project au Rocher de Palmer

Deux raisons pour aller voir CHoPin : c’est l’œuvre d’une chorégraphe bordelaise, Christine Hassid, qui se tient dans le cadre du Mois de la danse 2026 à Cenon. Créé en 2024, CHoPin évoque l’histoire intime d’une famille marquée par la guerre et l’exil. Portée par la chorégraphe dont le travail explore le lien sensible entre danse et musique, la pièce fait dialoguer les corps avec l’œuvre du compositeur franco-polonais.

Fondée en 2012 à Bordeaux, la compagnie Christine Hassid Project développe une danse contemporaine engagée, mêlant création artistique, dialogue entre les arts et actions de sensibilisation. Formée au Conservatoire de Bordeaux puis à la Batsheva Ensemble, Christine Hassid mène une carrière internationale et collabore avec de nombreuses compagnies en Europe.

📍 Le Rocher de Palmer à Cenon
🗓️ 27 février 2026
🔎 Plus d’informations

Du 27 au 28 février : Vrai de Vrai – Les Étoiles du documentaire au Cinéma Utopia

Les 27 et 28 février 2026, le cinéma Utopia Bordeaux accueille Vrai de Vrai – Les Étoiles du documentaire, un rendez-vous gratuit consacré au meilleur de la création documentaire contemporaine, en partenariat avec LaScam et la Cinémathèque du documentaire. Issu du festival parisien, cette deuxième édition propose une sélection resserrée de sept films récompensés – « étoilés » – par LaScam, accompagnés de débats en présence des réalisateur·ices et de nombreux intervenant·es.

Des forêts colombiennes aux prisons américaines, des chantiers coloniaux du Congo aux coulisses de l’extrême droite européenne (percutant White Power de Christophe Cotteret), le programme traverse des territoires, des luttes et des récits souvent invisibilisés. Le festival défend un documentaire de terrain, engagé et sensible, qui « ouvre le capot du monde » et invite le public à regarder, comprendre, discuter, parfois s’indigner ou s’émouvoir.

Financée par le dispositif de la copie privée, cette initiative permet de rendre ces projections accessibles à toutes et tous, tout en soutenant concrètement les auteur·ices et la diffusion du cinéma documentaire sur grand écran. Deux jours pour penser le réel autrement, collectivement, dans la salle comme dans le débat.

📍 Cinéma Utopia à Bordeaux
🗓️ Du 27 au 28 février 2026


#Culture

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