Le soleil éclatant en ce dimanche 7 février et la présence d’une centaine de personnes réunies près du lac de Broustier, niché dans la forêt, réconfortent un peu Martine. Cette riveraine du site prévu pour la construction de la gigantesque usine de dirigeables affirme avoir « le cœur fendu » par ce projet.
La future zone d’activités économiques, qui doit accueillir la première usine d’assemblage et d’essais, a récemment obtenu les autorisations de la préfecture de la Gironde. Le défrichement du site – 75 hectares, boisé à 90% -, peut techniquement démarrer à tout moment.
« J’ai l’impression que cela se fait par deçà les gens impactés, estime cette retraitée de la grande distribution. Ici on a pas de grands sapins ou de beaux chênes comme ailleurs en France, mais c’est notre forêt, notre histoire. Chez moi j’ai des salamandres, des tritons, 30 oiseaux différents, une pipistrelle (chauves souris)… Mes petits enfants voient des chevreuils dans les chemins, il y a des osmondes royales, une espèce de fougère protégée… Qu’est-ce qu’il y aura encore quand ils auront goudronné 50 hectares ? »
Écureuils contre baleines
« Cela fait quatre ans que je ne dors pas bien, et juste en face de ma maison, il y aura la piste d’atterrissage », souffle Amélie, également présente à ce rassemblement, comme d’autres habitants de Laruscade ou de Saint-Yzian-de-Soudiac.
« Nous vivons dans une zone Natura 2000 où on sait que rien n’est constructible, et ils s’apprêtent à construire deux bâtiments de 250 mètres de long et 70 mètres de haut, comme le deuxième étage de la tour Eiffel, ou trois fois plus que les plus grands arbres de la forêt. On se bat avec peu de gens contre ce projet vendu aux médias comme acté. Il faut que cette mobilisation fasse boule de neige et que s’arrête la com’, car ce n’est que ça. »
C’est le GNSA, le groupe national de surveillance des arbres, qui a appelé au rassemblement ce dimanche, et une de ses figures, Thomas Brail – « écureuil » célèbre pour ses actions dans les futaies -, a fait le déplacement. Référente à Bordeaux de cette association, Rachel Blais rappelle les contradictions de Flying Whales, manifestes dans l’enquête publique :
« Ce projet de “transport décarboné” sera dépendant des énergies fossiles puisque les dirigeables vont brûler 10 tonnes de kérosène par vol. Mais il n’existera peut-être jamais : l’entreprise est parvenue à lever 300 millions d’euros, dont beaucoup d’argent public, sur les 450 millions nécessaires, et le CESER (conseil, économique, social et environnemental de la Région) s’est interrogé sur sa viabilité économique. Si le projet n’est pas abouti, les autorisations ont été délivrées et l’abattage peut commencer. »
Trois recours en chemin
Pour tenter de stopper le chantier, la Sepanso (société pour l’étude, la protection et l’aménagement de la nature dans le Sud-Ouest) va en effet déposer ce lundi trois recours contre la zone d’activités économiques, dont un référé-suspension pour empêcher le défrichement, et deux requêtes au fond, contre l’autorisation environnementale et la déclaration d’utilité publique accordées à Latitude Nord Gironde, la communauté de communes de Laruscade, propriétaire des terrains.
« Notre opposition s’établit sur des avis scientifiques négatifs de l’Autorité environnementale, et un du Conseil national de protection de la nature, qui estiment que les impacts du projet sont sous-estimés », souligne Rachel Blais.
« Si ce projet voit le jour, un environnement très riche va être détruit, il y 252 espèces végétales et 206 espèces animales, dont 76 sont protégées, parmi lesquelles le vison d’Europe, classé en danger critique d’extinction à l’échelle mondiale, et dont des spécimens viennent d’être relâchés à quelques kilomètres d’ici ! »
Plusieurs prises de parole ont émaillé une balade sur le chemin, encore accessible, qui traverse le site sur près de 2 kilomètres. Un hydrologue et un naturaliste ont notamment rappelé que ce site est doté d’une grande biodiversité en raison de la « mosaïque de milieux » qui le composent – landes humides, forêt mixte, ruisseaux…
Zone humide
Alors qu’il est composé de 54% de zones humides, les scientifiques du GNSA rappellent que sa destruction enfreindrait la Convention internationale de Ramsar – signée par la France, elle vise à protéger ces écosystèmes essentiels au filtrage des pollutions de l’eau et au climat, puisqu’ils stockent plus de carbone que les forêts.
Et ils martèlent que la compensation est largement une farce : le projet d’usine et d’aérodrome va ainsi détruire des espaces censés compenser des milieux détruits par la LGV Tours-Bordeaux. Le manque de foncier disponible pour ce faire a en outre poussé la Région Nouvelle-Aquitaine à verser 1,48 million d’euros au Fonds stratégique de la forêt et du bois plutôt que de compenser le défrichement de 185,74 ha sur la Gironde et la Charente. Cet outil ne vise pourtant pas à reconstituer des milieux tels que les zones humides, mais à reboiser en cas de défrichement.
Pour l’instant, les écureuils n’ont pas l’intention de s’accrocher aux branches en Gironde. Mais les repérages sont faits si les recours en justice échouent.


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