La démocratie participative s’impose comme l’un des thèmes majeurs des municipales à Bordeaux. Pierre Hurmic et Thomas Cazenave promettent davantage de proximité avec les habitants… mais chacun à sa manière.
Dans une ville de près de 270 000 habitants, gouvernance locale et organisation territoriale vont de paire. Actuellement, Bordeaux est structurée autour de huit quartiers administratifs : Bordeaux Centre, Chartrons–Grand Parc–Jardin public, Bordeaux Maritime, Caudéran, La Bastide, Nansouty–Saint-Genès, Saint-Augustin–Tauzin–Alphonse Dupeux et Bordeaux Sud.
Ce découpage, en place depuis 2008, est désormais jugé inadapté : certains quartiers rassemblent des territoires aux réalités sociales très différentes, tandis que les grands projets urbains récents, de Brazza au Belvédère en passant par les Bassins à flot ou Euratlantique, ont profondément transformé la géographie de la ville.
Les deux finalistes s’accordent sur le constat qu’ils ne permettent donc pas un suivi efficace des problématiques locales, qu’il s’agisse d’aménagement, de circulation, de propreté ou de vie associative. Mais les solutions proposées divergent, entre redécoupage administratif, structuration de la vie locale et expérimentation démocratique.
« Taille humaine » pour Hurmic
Le maire sortant, Pierre Hurmic, propose de passer de huit quartiers à trente unités plus petites. L’objectif : créer des unités « à taille humaine », mieux adaptés à la réalité vécue par les habitants, sans nécessairement multiplier les mairies de quartier. Ce redécoupage ne repose pas sur un investissement massif, mais sur « une réorganisation des moyens existants », selon le maire sortant.
La municipalité entend « déconcentrer des services déjà en place dans les mairies de quartier, sans construire de nouveaux équipements, tout en expérimentant une mairie mobile et en s’appuyant davantage sur le numérique ».
Chaque secteur disposera d’un conseiller municipal et d’interlocuteurs identifiés, éventuellement mutualisés entre plusieurs quartiers, afin de rapprocher l’action publique des habitants. Cette organisation doit permettre de renforcer la concertation à l’échelle locale et de personnaliser le service public, sans générer de coûts supplémentaires.
Cette volonté s’inscrit dans la continuité de la « démocratie permanente » mise en place depuis son arrivée en 2020, avec budgets participatifs et concertations locales. Entre 2022 et 2025, cette « mission » a structuré et diffusé la participation citoyenne à grande échelle, avec 163 projets de quartiers accompagnés et 21 démarches thématiques majeures impliquant habitants et services municipaux, selon les chiffres de la mairie.
Treize directions ont été mobilisées et six politiques publiques co-construites – culture, sport, santé, handicap, petite enfance, démocratie –, confirmant « une intégration transversale des pratiques participatives » selon Tiphaine Ardouin, adjointe de Pierre Hurmic en charge de la démocratie permanente.
Sur la lancée du premier mandat
Dans son bilan, l’adjointe affirme que le dialogue citoyen s’est consolidé via des formats diversifiés (réunions, ateliers, aller-vers), des conseils de quartier réguliers et une montée en puissance des dispositifs mobiles. La tournée annuelle du Parlement mobile a rassemblé jusqu’à 2100 participants selon les éditions, effectuant tout les ans la tournée des huit quartiers, tandis que le Grand dialogue citoyen a mobilisé plus de 2000 personnes et produit 63 recommandations, dont environ 70 % sont prises en compte .
La participation numérique progresse fortement, toujours selon le bilan établi par la mairie, avec plus de 82 000 visiteurs sur la plateforme en 2024. En parallèle, les outils d’initiative citoyenne se développent : 98 projets issus du budget participatif sont réalisés ou en cours, avec une hausse de 70 % des votants entre deux éditions. Le dispositif d’interpellation « a permis de traiter 52 demandes, dont 35 résolues et 4 médiations réalisées » ajoute Tiphaine Ardouin.
Enfin, la structuration interne (formations de 43 agents, observatoire citoyen, nouveaux dispositifs comme l’atelier des initiatives) et surtout la reconnaissance nationale (Prix de la participation – niveau 4 étoiles) confirment pour la majorité « l’ancrage durable de la démocratie permanente dans l’action publique locale ».
Redessiner la carte des quartiers prévu dans le programme du candidat Pierre Hurmic, c’est autant améliorer la gestion administrative de cette action publique que repenser la géographie de la participation citoyenne.
« Modèle inédit » pour Cazenave
De son côté, Thomas Cazenave promet de mettre en place « un modèle de proximité inédit à Bordeaux », bien que certains points soient similaires à ceux du projet du maire sortant. Le candidat prévoit vingt secteurs et chacun d’eux disposera d’un conseiller municipal référent, en complément du maire adjoint. « Ces conseillers connaîtront leur secteur, seront accessibles aux habitants et réactifs aux problèmes du quotidien, de la propreté à la sécurité. »
Chaque secteur comptera environ 10 000 à 15 000 habitants, permettant « une relation humaine et directe avec les conseillers et les maires adjoints ». Les périmètres pourront évoluer avec la croissance démographique, comme dans les projets Brazza ou Belvédère.
Le candidat évoque également la création de commissions citoyennes pour compléter ce dispositif : elles regrouperont habitants, représentants d’associations et commerçants, tirés au sort ou désignés, pour suivre le mandat et servir de relais entre citoyens et élus. Elles permettront aussi d’interpeller les adjoints ou les conseillers de secteur et de proposer des aménagements ou des projets locaux.
Thomas Cazenave propose également d’ « organiser des conseils municipaux dans les quartiers, avec le conseil municipal complet, pour écouter directement les habitants et mieux connaître chaque territoire ». Il entend renforcer « la confiance entre élus et citoyens et de répondre efficacement aux attentes sur des sujets concrets, comme la propreté et la sécurité ».
« Mettre fin à la centralisation excessive »
Pour la sécurité, la police municipale sera réorganisée autour de quatre antennes locales (rive droite, Caudéran, Grand Parc, Capucins) afin d’ « assurer une présence de proximité ». Il propose également de créer une caserne de police municipale à Saint-Michel et les Capucins – comprenant des logements et lieux d’accueil pour renforcer l’attractivité de la fonction –, et trois antennes de police au Grand Parc, Rive droite et à Caudéran.
Thomas Cazenave veut « mettre fin à la centralisation excessive » des services de propreté, compétence métropolitaine : chaque quartier disposera d’équipes dédiées, qui connaissent leur secteur et entretiennent l’espace public de manière régulière et efficace.
Enfin, les maires de quartier auront un rôle renforcé : ils pourront défendre les projets, décider sur certaines modifications locales comme les sens de circulation ou les aménagements, et représenter la voix du quartier. Les conseils de quartier offriront plus de parole libre, avec des élus en première ligne, tandis que les commissions citoyennes assureront un suivi permanent et un relais entre habitants et élus.
Outre l’enveloppe consacrée à l’aspect sécuritaire, Thomas Cazenave affirme que son découpage ne présente pas de budget important. « C’est surtout une organisation différente de la relation entre les élus et les concitoyens », explique le candidat, principe également partagé avec son rival.

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