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Quelle ville les candidats aux municipales veulent-ils pour les enfants à Bordeaux ?

Très peu évoqué au cours de la campagne des municipales de 2026, le sujet de la petite enfance figure pourtant dans les programmes de plusieurs candidats à la mairie de Bordeaux. Petit tour d’horizon des mesures proposées par les quatre candidats en tête dans les sondages : l’écologiste Pierre Hurmic, le macroniste Thomas Cazenave, l’insoumis Nordine Raymond et l’indépendant Philippe Dessertine.

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Quelle ville les candidats aux municipales veulent-ils pour les enfants à Bordeaux ?
Visite d’élus de la cour buissonnière de l’école Lac III

« Il faut tout un village pour élever un enfant. » Pierre Hurmic a décidé de faire sien ce proverbe africain en mettant l’accent sur la jeunesse dans son programme pour faire de Bordeaux « une ville à hauteur d’enfant ».

« Bordeaux compte plus de 43 000 enfants et adolescents de moins de 18 ans, dont près de 25 000 ont moins de 6 ans. Une ville à hauteur d’enfants, […] c’est au fond, c’est une ville plus juste, plus apaisée, plus écologique et plus humaine pour toutes et tous », développe-t-il.

Prime au sortant oblige, l’édile compte s’inscrire dans la continuité du travail déjà entamé au cours de son premier mandat. Il mise pour cela sur le déploiement à plus grande échelle des « rues aux enfants« , un dispositif qui consiste à réserver l’accès aux établissements scolaires aux piétons et aux cyclistes de manière définitive, ou seulement lors des heures d’entrée et de sortie, qui concerne 71 des 119 écoles de la ville et qui permettrait déjà « à plus de 15 000 écolières et écoliers d’aller à l’école dans une rue sécurisée ».

« Lors du prochain mandat, nous avons l’ambition d’aller plus loin, avec des rues piétonnisées devant les collèges et les lycées », explique le maire sortant.

Les établissements en question ne sont pas encore identifiés mais un travail important sera entamé en cas de réélection pour les désigner et adapter le mode d’accès (définitif ou temporaire) en fonction du plan de circulation.

Toujours plus d’espaces verts

L’élu écologiste égraine ensuite pêle-mêle plusieurs de ses objectifs : poursuivre le dispositif des cours buissonnières afin que chacun des 30 quartiers de vie (contre les 8 existants aujourd’hui) imaginés dans son programme puisse en compter une, doubler le rythme de création d’aménagements cyclables et continuer la rénovation énergétique des écoles.

Pierre Hurmic se félicite également d’avoir « massivement » augmenté le bio dans les cantines, le portant à 71% dans les écoles et 80% dans les crèches, et affiche l’objectif de tendre vers le 100 % dans les six prochaines années. Côté végétalisation, de nouveaux parcs (La Jallère, le prolongement du parc des Angéliques, le parc Eiffel, etc.) devraient voir le jour pour rehausser de près de 70 ha la surface d’espaces verts et ouvrir de nouvelles aires de jeux sur l’ensemble de la ville.

Outre ses mesures, le maire sortant vise 200 places en crèche supplémentaires d’ici 2032 (ajoutée au 250 créées entre 2020 et 2026), une extension progressive de la gratuité des fournitures scolaires (mise en place pour tous les élèves de CP), le lancement des Drôles de samedi voulus comme des temps et des activités parents-enfants pour les 0-6 ans dans des lieux adaptés jusque là fermés le week-end (relais petite enfance, bibliothèques, etc.), et du programme « vacances solidaires », pour « qu’un maximum d’enfants puisse partir en vacances ».

Nordine Raymond veut permettre de « bien grandir »

Dans son programme, Nordine Raymond affirme vouloir faire de Bordeaux « une ville dans laquelle il fait bon grandir pour se construire, vivre en s’émancipant et vieillir dignement et dans l’égalité ». En premier lieu, le candidat souhaite reprendre les crèches en régie publique :

« Nous considérons qu’il n’y a pas d’économies publiques et de profits à faire sur le dos des plus petits. Nous mettrons donc un frein à la privatisation de ce secteur et nous ouvrirons des places en crèches publiques », détaillait Lucie Hémond, en deuxième position sur la liste, lors de la présentation du programme.

L’insoumis projette de créer une « carte municipale famille monoparentale qui donnera un accès prioritaire aux services municipaux (crèches, culture, sport, etc.) », mais aussi un accès à « la gratuité des transports », qu’il souhaite mettre en place avec son équipe si jamais il est élu.

À l’image de Pierre Hurmic, Nordine Raymond souhaite étendre les « zones apaisées » aux abords des écoles (rues aux enfants, espaces sans tabac, etc.) « pour garantir un environnement sain et sûr pour les
écoliers » et atteindre le 100% de bio et local dans les repas scolaire d’ici la fin du mandat. Sur le volet scolaire, il prend les devants sur le maire sortant et propose en plus de cela d’instaurer « la gratuité immédiate des cantines pour les foyers précaires » et de « renforcer la tarification progressive ».

Le droit aux vacances

Il milite également pour une augmentation de la pratique sportive des enfants pendant les temps périscolaires, citant l’OMS qui recommande « une heure d’activité physique intense à modéré par jour pour les enfants de 6 à 12 ans ». En plus de cela, il indique vouloir créer « une école municipale des sports et loisirs » qui proposerait des animations sous plusieurs formes (journée, stage, colonie de vacance, etc.) pour les jeunes dès 4 ans, en partenariat avec les acteurs locaux.

Nordine Raymond compte mettre l’accent sur l’inclusivité et veut procéder à un recrutement massif d’AESH, renforcer les dispositifs d’accompagnement des personnes migrantes et promet de « scolariser et d’ouvrir la cantine à tous les enfants présents sur le territoire communal : voyageurs, Roms, enfants de nationalité étrangère, vivant en squats, bidonvilles ou hôtels sociaux ».

« Nous agirons aussi en faveur du droit aux vacances pour tous, sachant qu’aujourd’hui un enfant du trois est privé de ce droit, en renforçant le soutien aux associations, en agissant pour l’acquisition de centres de vacances municipaux et en mettant en place des tarifs solidaires », complète Lucie Hémond.

Les places en crèche, le nerf de la guerre pour Thomas Cazenave

Le macroniste Thomas Cazenave, lui, veut faire de Bordeaux « la ville préférée des familles ». Bien qu’il soit le premier à torpiller le maire sortant sur son bilan, le candidat lui reconnaît quelques « bonnes idées », à commencer par les Rues aux enfants. Cependant, il reste prudent sur leur déploiement :

« Là où elles pouvaient être faites, elles ont été faites, et là où ils ne les ont pas faites c’est parce que ça posait d’énormes problèmes de circulation, argue-t-il. Il reste peut-être quelques endroits mais je pense que l’essentiel est déjà fait. »

Le point sur lequel il souhaite plutôt se concentrer et sur lequel il affirme être régulièrement interpellé, c’est la garde d’enfants. « Notre objectif c’est continuer à créer de nouvelles places en crèche à Bordeaux, et pour aller plus vite, ouvrir plus de MAM [Maisons d’assistantes maternelles, ndlr] », assure-t-il. À la différence de Pierre Hurmic, il ne souhaite pas pour autant avancer de chiffres précis et table sur « plusieurs centaines » de places supplémentaires.

Tout comme Nordine Raymond, le macroniste souhaite « reconnaître la monoparentalité comme un enjeu social municipal à part entière » et compte pour cela créer une carte donnant accès à des tarifs réduits pour le sport, la culture et les transports et une priorité d’accès en crèche et au périscolaire.

Une crèche à Bordeaux Photo : SC/Rue89 Bordeaux

Lutter contre les violence faites aux enfants

« Au lieu de mettre beaucoup de budget sur la végétalisation des cours d’écoles, on aurait privilégié la réhabilitation thermique des écoles, parce que les cours se font quand même à l’intérieur », tacle Alexandra Siarri, la directrice de campagne du député Renaissance, en 6e position sur sa liste. La rénovation des établissement scolaires sera donc l’une des priorités de l’élue. À noter qu’en plus de la végétalisation, le chantier est déjà engagé par la municipalité actuelle.

Dans un autre registre, Thomas Cazenave veut ériger la lutte contre les violences faites aux enfants et le harcèlement comme la grande cause de son mandat municipal. Signataire de la charte Mouv’Enfants (tout comme Pierre Hurmic et Nordine Raymond), il s’engage notamment à créer une délégation municipale dédiée aux droits de l’enfant et à renforcer les dispositifs de recueil de la parole des enfants dans les structures municipales, les écoles, le périscolaire, le sport et la vie associative.

Il propose à ce sujet-là une mesure forte : la création d’un poste de Défenseur des Droits de l’Enfant à Bordeaux. Cette personnalité « indépendante de l’exécutif municipal » devrait être nommée au lendemain de son élection si elle a lieu. Le Défenseur aura entre autres pour mission de conduire des actions de prévention et de sensibilisation ainsi que de diriger la publication annuelle d’un rapport public sur la situation des enfants à Bordeaux.

Philippe Dessertine mise sur la transmission et la sécurité

Tout comme ses adversaires, Philippe Dessertine a choisi de placer la petite enfance « au cœur de son projet ». Impossible d’échapper à la ritournelle du manque de places en crèche que l’économiste considère comme essentiel à l’attractivité de la ville. « Pour que les jeunes restent quand ils ont des emplois et quand ils ont des enfants, il faut qu’ils aient des places en crèche. »

Lui non plus ne donne pas de chiffres » précis mais son objectif est d’augmenter leur nombre d’au moins « 20 à 30% » d’ici la fin du mandat, soit entre 500 et 800 places supplémentaires selon nos calculs. Un objectif ambitieux que Pierre Hurmic le premier n’est pas parvenu à atteindre. Il espère également travailler avec les entreprises bordelaises pour qu’elles développent des solutions de garderie au sein même de leurs structures.

Le candidat indépendant ambitionne de développer le salon des professionnels de la petite enfance qui se déroule depuis plusieurs années dans la capitale girondine. Bien que celui-ci donne déjà l’occasion aux parents et aux futurs parents de prendre part à des ateliers variés sur la santé, l’éducation, l’allaitement ou encore le sommeil, Philippe Dessertine veut encourager la mise en avant d’autres aspects :

« On veut se concentrer sur cette logique de la qualité de bien-vivre avec tous les professionnels et d’encourager les échanges de bonnes pratiques. C’est aussi de la transmission d’expérience, une chose à laquelle on croit beaucoup. »

Sécuriser les abords des écoles et des crèches

Lui non plus n’en oublie pas les mamans ou les papas solos et propose de mettre en place des tarifs solidaires « pour les aider par exemple sur ces éléments de qualité qu’on considère comme primordiaux, à savoir la nourriture, la qualité du sommeil, les vêtements, etc. ». Encore en chantier, ce dispositif pourrait fonctionner sous la forme d’une inscription sur une plateforme en ligne pour recevoir des bons d’achats dans les commerces bordelais.

Le sujet de la sécurité, probablement le plus évoqué au cours de cette campagne, se fraye également un chemin dans la thématique de la petite enfance ; l’économiste veut en effet mettre en œuvre un grand plan de sécurisation des abords des établissements recevant des enfants en élargissant par exemple les trottoirs, en implantant des barrières de sécurité, etc.

« C’est très important de poursuivre les Rues aux enfants et pas uniquement avec des rues piétonnes mais sur tous les trajets possibles. Ça peut être sur les trajets sur lesquels peuvent passer les crèches et les assistances maternelles quand elles vont aller dans des lieux où les enfants peuvent être en plein air. »


#Enfance

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