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Les voyages en ligne de mire au Mois de la photo de Bordeaux

Pendant tout le mois d’avril à Bordeaux, les œuvres de photographes reconnus ou en devenir investissent l’espace public et de nombreux lieux dédiés ou ouverts pour l’occasion (toutes les expos sont gratuites). Points saillants : des regards détonants, journalistiques ou poétiques, sur des sujets hors des sentiers battus.

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Les voyages en ligne de mire au Mois de la photo de Bordeaux
« Sugar Moon », visible à l’hôtel de Ragueneau, sur l’industrie du gibier exotique au Texas

Au Mois de la photo à Bordeaux, il y a des stars, comme Martin Parr. A partir du 23 avril, un aperçu du regard caustique du britannique (décédé en décembre dernier) sera notamment donné dans les Jardins de la Cité du Vin, avec une exposition intitulée « Art de vivre ». Cette sélection de clichés pris entre 1988 et 2023 dans des réceptions et fêtes populaires, terrains de jeux favoris de ce fin observateur des marqueurs de classes sociales, sera visible jusqu’au 20 septembre.

Moins connue du très grand public, mais multiprimée et louée par ses pairs, Claudine Doury offre quant à elle un échantillon de ses reportages réalisés de 1991 à nos jours le long du fleuve Amour. Cette superbe « Odyssée sibérienne » documente la « conquête de l’Est » par les Russes, et leur rencontre des peuples natifs nanaï, oultches et nivkhes.

« Amour » est à découvrir au Centre Jean-Moulin, à l’initiative du collectif Cdanslaboîte, qui présente par ailleurs à la Maison Bourbon une série sur la Corse de Fiora Garenzi (lauréate de la Bourse Laurent Troude 2025).

Du Texas aux squats de Bordeaux

Le Mois de la photo est ainsi l’occasion d’échappées loin des sentiers battus, de révéler des angles peu voire jamais vus. C’est le cas des portraits de femmes accusées de sorcellerie, persécutées dans de nombreux pays d’Afrique et contrainte à l’exil dans des camps dédiés, notamment au Ghana. « Witches in exil », d’Ann-Christine Woehrl, est présentée sur les murs du cimetière de la Chartreuse.

A l’origine de cette expo en plein air, l’association Fotohaus, qui développe des expositions franco-allemandes à Paris et Berlin, met en lumières d’autres photoreportages à l’hôtel de Ragueneau : « Sugar Moon », de Mélanie Wenger, sur l’industrie du gibier exotique au Texas ; « Mirazh », de Mathias Zwick, un parc national d’Albanie menacé par les activités humaines ; ou encore « Between blood and glitter », de Jana Mararete Schuler, sur les luchadoras, les catcheuses de Ciudad Juarez, au Mexique.

Un collectif local, Contexte, a quant à lui investi Darwin, avec trois expos : « Si tu m’apprivoises », fruit de la rencontre entre la photojournaliste Armandine Penna et Sonia, une jeune femme qui parvient à s’apaiser au contact d’animaux maltraités – chiens abandonnés, pigeons, chats de gouttière… ; « Rana Fiha – On fait avec », de Samir Maouche sur le quotidien des harragas, jeunes migrants algériens clandestins en France ; et au Parc des Angéliques, « Dans mes rêves », de Sylvain Courros, qui a photographié pendant leur sommeil des occupants de squats à Bordeaux.

Nature et humain

Toujours rive droite, à la Fabrique Pola, le Bordelais Alain Béguerie expose son poétique « Herbier » issu de plus de 40 ans de recherche photographique sur la représentation du végétal. Son regard sur le paysage dialogue avec le travail de Jacques Bernar, peintre imagier, dont l’œuvre interroge les rapports entre signe et nature.

Les Itinéraires des photographes voyageurs investissent quant à eux l’Espace Saint-Rémi, avec plusieurs travaux mystérieux, jouant avec l’image, avec les personnes photographiées et avec celles et ceux qui les regardent. Citons « Behind de burning sun » d’Eugénie Baccot, Bordelaise désormais installée à Toulon, un parcours onirique en Gambie sur les traces de Kinta Kinteh, enfant réduit en esclavage et héros du roman « Racines », d’Alex Haly. Ou encore « Chaos calme », d’Anne-Sophie Costenoble, sur le quartier de la Cayolle, à Marseille.

Au Grand Parc, l’association MC2A propose un parcours sur trois sites du quartier : la bibliothèque, la mairie annexe et Le Cube (centre commercial) pour découvrir les « Portraits » des habitants en grand format, signés Bernard Brisé et Ken Wongyoukhong.

Impossible de citer, sans risquer l’indigestion, les 38 lieux qui exposent dans la Métropole bordelaise. Mais on vous invite à vous aventurer en terres inconnues en poussant les portes de galeries ou d’ateliers ouverts pour l’occasion (MLS, Cambium, Glacières de la banlieue, Espace 29, MAP Galerie…).

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