C’est en découvrant par hasard une asimine tombée par terre au jardin botanique de Bordeaux qu’une petite graine a peut-être commencé à germer dans l’esprit de Pierre Planté. L’informaticien goûte ce fruit au goût de mangue, pour lequel il a « un coup de cœur ».
Quelques années plus tard, ce Bordelais au nom prédestiné change de voie professionnelle : préoccupé par les conséquences du changement climatique et de l’effondrement du vivant, il se lance dans la création d’un « jardin-forêt » au nord-est de la Gironde, près de Sainte-Foy-la-Grande. Le nom de sa pépinière ? « Asimine & Compagnie ».
« Ce petit arbre fruitier est originaire d’Amérique du Nord mais c’est un classique de la permaculture, même s’il est peu connu et planté en France. Il a d’ailleurs été coupé au jardin botanique… L’asiminier, c’est le symbole de la luxuriance du jardin-forêt, où les arbres sont là pour aider d’autres arbres : ses feuilles auraient des propriétés d’insecticides naturels, il peut tenir à moins 25°, mais a en revanche besoin d’être sous de grands arbres pour être protégé du soleil. »
Par exemple du pacanier, autre arbre d’Amérique du Nord, « qui a besoin d’étés et d’automnes chauds et longs, il va être possible de le cultiver sous nos latitudes », reprend Pierre Planté. « C’est d’ailleurs le plus grand arbre du Jardin public, à Bordeaux, et une filière régionale est en train d’être mise en place » pour exploiter le fruit de cet arbre, les noix de pécans. Tout comme des oliviers ou des avocatiers commencent à pousser dans le sud de la région.
Ils se creusent la tête pour les futaies
Passionné de longue date par la permaculture, le pépiniériste a, « de formation en formation, de greffe en greffe, voulu diffuser le savoir et travailler sur les arbres ». Il teste l’acclimatation dans sa forêt d’espèces, comme le jujubier, « qui vient de Chine mais a toujours été cultivé sur le pourtour méditerranéen ».
L’informaticien ne prétend pas pour autant jouer aux apprentis sorciers – son exploitation est strictement contrôlée par les autorités sanitaires pour éviter notamment l’apparition d’espèces envahissantes ou de nouvelles maladies. Et il s’attache autant à cultiver des variétés anciennes que d’autres plus exotiques.
« Les questions qu’on se pose, c’est quels arbres vont pouvoir survivre, et est-ce qu’il faut intervenir en plantant, explique-t-il. Dans tous les cas il faut promouvoir de nouveaux types de production, en prenant pour modèle ce qu’on voit dans les palmeraies au Maroc, où des arbres de différentes strates et espèces se protègent mutuellement du soleil. »
Pierre Planté est loin d’être seul à se creuser la tête sur les visages de nos futures futaies, et les expérimentations fleurissent. Elles émanent d’entreprises allant d’Asimine & Compagnie à la coopérative géante Alliance Forêts Bois, des collectivités locales comme le Département de la Gironde, en train de créer une pépinière ou encore des associations, comme Planteurs.
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