Les riverains de l’aéroport de Bordeaux Mérignac attendaient beaucoup de « l’étude d’impact selon l’approche équilibrée », préalable à des mesures contre les nuisances sonores de la plateforme. Mais l’éléphant avait accouché d’une souris : à mille lieux du couvre-feu espéré, et en vigueur dans la quasi totalité des aéroports français, l’ex préfet de Gironde Etienne Guyot s’était refusé à interdire les vols de nuit.
L’Etat avait préféré un scénario permettant entre minuit et 6h les décollages et atterrissages des aéronefs les plus récents, censés être moins bruyants. C’était là le « meilleur compromis entre développement économique et préservation de la qualité de vie des riverains », lit-on dans le projet d’arrêté ministériel soumis à la consultation du public jusqu’au 30 juin prochain, avant possible et graduelle entrée en vigueur à compter du 31 octobre 2027.
Des opposants par centaines
Mais ce compromis est loin de faire consensus. 450 contributions ont déjà été versées à la consultation, dont plusieurs avis défavorables des communes voisines de l’aéroport. Les conseils municipaux de Pessac, puis de Talence, réclament ainsi l’instauration d’un couvre-feu entre 23 et 6 heures, avec une « souplesse encadrée » pour les vols retardés entre 22 et 23 heures.
Ils réclament en outre la fermeture de la piste secondaire de l’aéroport, qui entraîne le survol de ces deux villes par 15% environ du trafic, mais que l’Etat a choisi de conserver. Comme plusieurs centaines de personnes, les élus de Talence et de Pessac, majorités et oppositions réunies, étaient présents à Bordeaux, ce samedi 13 juin, pour exprimer leur colère contre les nuisances sonores.
« On vit un enfer, déclarait Jean-Michel Rouiné, habitant de Talence, à France 3 Nouvelle-Aquitaine. On a parfois un avion toutes les cinq minutes. Il y a une augmentation du trafic surtout l’été, avec parfois des vols à 3 heures du matin ».
La manifestation était organisée par Nuisances 11/29, coprésidée par une adjointe de la mairie de Pessac, qui a de son côté initié une pétition, signée par plus de 9000 personnes.
« Explosion des vols de nuit »
Cette jeune association diverge de l’AEHDCNA (association eysino-haillanaise de défense contre les nuisances de l’aéroport de Bordeaux-Mérignac) sur un point, la piste sécante, qu’élus et riverains du nord de la métropole veulent conserver afin d’éviter un report des mouvements vers le couloir aérien qui les survolent. Les deux mouvements se rejoignent en revanche sur l’interdiction des vols de nuit.
Dans un très documenté « livre noir » qui était présenté ce lundi soir lors d’une réunion publique à Eysines, l’AEHDCNA révèle 18 points qui selon elle remet en cause les conclusions de l’étude d’impact, réalisée pour le compte de la préfecture par le cabinet TO70, qui conseille aussi plateformes aéroportuaires et compagnies aériennes, nourrissant les soupçons de conflit d’intérêts.
Car selon l’association, son travail « valide implicitement, à travers les hypothèses retenues et en l’absence de mesures de type couvre-feu ou quotas de mouvements de nuit, l’explosion des vols de nuit (22h00-06h00) et du trafic nocturne. Ce qui va à l’encontre de l’effet recherché. »
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