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Bordeaux renonce à un legs d’œuvres africaines pour favoriser leur retour à leurs pays d’origine

La Ville de Bordeaux vient de refuser un legs de 53 objets originaires du Gabon, du Nigeria et de la Côte d’Ivoire. Une décision motivée par la volonté de permettre leur retour aux pays qui en ont fait la demande, dans le cadre d’une réflexion plus large sur la circulation des patrimoines africains et leur conservation.

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Bordeaux renonce à un legs d’œuvres africaines pour favoriser leur retour à leurs pays d’origine
Des pièces gabonaises de la collection Petit ont été présentées ce lundi

Le conseil municipal de Bordeaux a entériné, ce lundi 1er juin, une décision rare : refuser une partie d’un legs de biens culturels africains afin de permettre leur retour dans les pays qui en ont manifesté le souhait. Inventorié par le musée d’Aquitaine, l’ensemble comprend 64 objets et un lot de bijoux et accessoires touaregs, pour une valeur estimée à plus de 30 000 euros.

Dans cet ensemble, 53 objets proviennent de sept pays africains : le Gabon, le Nigeria, le Niger, la Côte d’Ivoire, la République démocratique du Congo, le Burkina Faso et le Togo. Ils pourraient rejoindre les collections nationales de ces pays et certains d’entre eux ont déjà confirmé vouloir les récupérer.

Ses objets appartenaient à Marie-Thérèse Petit, née Deleigne. A son décès en 2022, cette ancienne sage-femme bordelaise avait désigné la Ville de Bordeaux comme légataire de sa collection d’art africain. A cette époque, la municipalité de Pierre Hurmic avait aussitôt conditionné l’acceptation du legs à une consultation préalable du Gabon, dont sont originaires plus de la moitié des objets.

Moment « historique »

Ce lundi, lors d’une présentation des œuvres au Musée d’Aquitaine, le maire actuel Thomas Cazenave a précisé que « cette décision a été prise en parfaite coopération avec la famille de Marie-Thérèse Petit ».

« Le rôle d’un musée au XXIe siècle n’est pas seulement de conserver. Il s’agit de dialoguer, de transmettre, de partager. L’institution doit, plus que jamais, être ouverte au monde, ouverte aux autres, attentive aux questions de provenance. »

Venue avec une délégation de son pays, l’ambassadrice déléguée du Gabon à l’Unesco, Bernice Abegue Owono, a salué un événement « historique » qui « matérialise non seulement le travail accompli par l’ensemble des partenaires, mais pose les jalons d’une nouvelle ère dans l’histoire de la coopération patrimoniale entre le Gabon et la France ».

« Ce que la Ville de Bordeaux accomplit aujourd’hui dépasse la simple application d’un principe juridique : c’est un acte juste. […] Ces 53 pièces ne sont pas de simples objets d’art. Elles sont porteuses de mémoire, de liens avec nos ancêtres et de notre identité collective », a-t-elle ajouté.

La présentation d’une partie de la collection au Musée d’Aquitaine Photo : WS/Rue89 Bordeaux

Le Gabon à l’origine de la démarche

Le lot gabonais comprend 33 biens culturels, dont plusieurs pièces liées à la région tsogo, peu représentée dans les collections publiques, aussi bien en Afrique qu’en Europe. Sollicité par le musée d’Aquitaine, le musée national des Arts, Rites et Traditions du Gabon, à Libreville, a rapidement fait connaître son intérêt.

Dans un courrier adressé à Bordeaux en septembre 2023, l’institution gabonaise a exprimé son souhait de voir ces objets rejoindre ses collections. Pour les autorités bordelaises, cette demande constitue « une opportunité de retourner ces biens culturels à leur pays d’origine » et de contribuer à la transmission d’un patrimoine participant à « l’identité, l’histoire et les traditions culturelles du Gabon ».

Dans la foulée, le musée d’Aquitaine a étendu sa consultation aux six autres États concernés par le legs, conformément aux recommandations du ministère de la Culture dans le cadre des travaux engagés sur la provenance des collections muséales.

Trois États souhaitent récupérer leurs biens

Les démarches ont permis d’obtenir deux nouvelles réponses favorables. Le Nigeria a demandé le retour des treize objets le concernant, tandis que la Côte d’Ivoire a manifesté son intérêt pour sept autres pièces.

Face à ces sollicitations, la Ville de Bordeaux a choisi de ne pas devenir propriétaire des biens concernés. La délibération soumise au conseil municipal de ce jour a acté le refus officiel du legs pour les 53 objets provenant du Gabon, du Nigeria et de la Côte d’Ivoire.

Concrètement, ces biens resteront conservés dans les réserves du musée d’Aquitaine pendant une période de dix-huit mois. Ce délai doit permettre aux autorités des trois pays d’engager les démarches juridiques nécessaires auprès des ayants droit de Marie-Thérèse Petit, puis d’organiser le transfert des œuvres à leur charge.

La délégation gabonaise applaudit la délibération qui vient d’être votée au conseil municipal de Bordeaux Photo : SB/Rue89 Bordeaux

Un délai supplémentaire pour quatre pays

À ce jour, la République démocratique du Congo, le Burkina Faso, le Togo et le Niger n’ont pas encore répondu. La municipalité leur accorde donc un délai supplémentaire de deux ans pour se prononcer. Les biens concernés représentent onze objets ainsi qu’un lot de bijoux et accessoires touaregs.

Si aucune demande n’est formulée à l’issue de cette période, la Ville pourra alors envisager leur intégration définitive aux collections du musée d’Aquitaine, après avis de la commission scientifique régionale compétente.

Cette décision inscrit la Ville de Bordeaux dans le mouvement engagé depuis plusieurs années autour de la restitution des patrimoines africains conservés en Europe. Plutôt que d’intégrer ces objets à ses collections, la municipalité fait le choix de permettre leur retour vers les États qui en ont exprimé le souhait, considérant qu’ils participent pleinement à leur histoire, à leur mémoire et à leur héritage culturel.

Un couple marqué par l’Afrique

Née à Bordeaux en 1922, Marie-Thérèse Deleigne obtient son diplôme de sage-femme en 1943. Avec son époux Jacques Petit, chirurgien, elle exerce durant plus de trois décennies en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale, principalement au Togo, au Gabon et au Niger.

Le couple rentre en France en 1982 et s’installe à Mouguerre, près de Bayonne. Jacques Petit décède quatre ans plus tard. Marie-Thérèse Petit conservera jusqu’à sa mort, en 2022, les objets collectés au cours de ces années passées sur le continent africain.


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