C’est une prise de parole rare et unanime. Réunis le 11 juin dernier en assemblée générale exceptionnelle, une instance prévue par le code de l’organisation judiciaire, les magistrats du parquet et du siège ainsi que les agents du greffe du tribunal de Bordeaux ont tenu à s’exprimer sur les suites de l’affaire Lyhanna, qui secoue le pays.
Alors que depuis l’assassinat de la jeune fille, des manifestations se déroulent tous les lundi devant les tribunaux pour dénoncer les dysfonctionnements de la police et la justice dans cette affaire et appeler à une réaction collective, la position des magistrats et fonctionnaires bordelais entend contribuer à celle-ci. Elle s’inscrit dans la lignée d’autres déclarations prises par les personnels des tribunaux de Paris ou de Montpellier contre « l’aveuglement persistant du ministère de la justice ».
Dans ce texte transmis ce mercredi à la presse par Emmanuelle Perreux, présidente du tribunal, Renaud Gaudeul, procureur de la République, et François Vercamer, directeur de greffe, les membres du tribunal souhaitent d’abord « faire part de leur émotion à la suite du décès de Lyhanna et de leurs pensées pour ses proches ».
« Attaques virulentes »
Ils reconnaissent ensuite que « les circonstances dramatiques dans lesquelles est survenu le décès de cette enfant interrogent légitimement l’opinion publique sur le fonctionnement de l’institution judiciaire », soulignant que les agents de la police et de la justice « luttent au quotidien, avec les moyens dont ils disposent, contre toute forme d’atteintes aux personnes et particulièrement contre les violences faites aux mineurs ».
Toutefois, magistrats et greffiers « déplorent les attaques virulentes dont l’institution judiciaire et ses membres font l’objet, ainsi que la remise en question de son indépendance, pourtant garante de l’État de droit ». Dans le viseur : les déclarations d’élus comme l’ancien premier ministre Edouard Philippe, qui réclame le retour des instructions individuelles aux procureurs (abolies par la loi Taubira de 2013 pour empêcher les ingérences politiques dans les affaires judiciaires).
Mais ils répliquent aussi à leur propre ministre de tutelle, Gérald Darmanin, qui avait pointé les fautes dans le traitement des plaintes visant Jérôme Barella, principal suspect du meurtre de Lyhanna. Ainsi, les responsables bordelais « s’inquiètent des mises en cause et condamnations précipitées de magistrats », le « discrédit jeté sur la magistrature » ayant « entraîné des réactions radicales constitutives notamment de menaces de mort à l’encontre de la procureure du Tribunal d’Auch ».
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