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« Délivrez-nous du bien », la mécanique de la servitude qui résonne avec notre époque

Un texte inédit en France vient d’être publié par les éditions Monsieur Toussaint Louverture. Paru en 1976, l’unique roman de Joan Samson décrit avec une troublante modernité la manière dont une communauté bascule peu à peu dans la servitude. Nouveau volet de notre série « Pages à plages » 2026.

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« Délivrez-nous du bien », la mécanique de la servitude qui résonne avec notre époque
« Délivrez-nous du bien » de Joan Samson, éditions Monsieur Toussaint-Louverture

C’est un roman presque en forme de parabole écrit dans les années 70, dont la trajectoire littéraire se situerait comme à mi-chemin entre le 1984 de Georges Orwell (1949) et La servante écarlate de Margaret Atwood (1985). On y traite de l’emprise et de la manière dont une petite communauté villageoise glisse petit à petit dans la servitude involontaire.

Et ce n’est peut-être pas par hasard si l’action de Délivrez-nous du bien, unique roman de la romancière américaine Joan Samson, se passe en Nouvelle Angleterre, région matrice des États-Unis, et à la forte empreinte religieuse.

Dépossession

Nous suivons la famille des Moore, le père John, la mère Mim, la petite fille Hildie, 4 ans, et la grand-mère Ma. Ils font partie d’une lignée, propriétaire depuis plusieurs générations de cette petite ferme qui leur permet de vivre chichement certes, mais correctement. Jusqu’à ce que des changements s’opèrent dans la police, un recrutement très large destiné à pallier une soit-disant montée de l’insécurité ; on propose d’ailleurs à John un poste, il n’y tient pas.

Pour financer ces emplois, voilà qu’un certain Perly Dunsmote, sans mandat officiel, mais avec une grande force de coercition, accompagné de policiers prêts à dégainer leurs armes, se rend régulièrement au domaine de la famille pour prélever au moyen d’une persuasion menaçante des éléments de mobilier. Chacun des adultes de la famille essaie de résister et le récit montre bien la diversité éclatée de leur (faible) opposition.

Et c’est comme si à travers ces éléments d’un pauvre patrimoine, il dépossédait la famille de toute son histoire et de toute sa légitimité à exister. Bien entendu, sa malfaisance gangrène d’autres familles du village.

Commissaire-priseur

Perly, comme il se présente lui-même, « commissaire-priseur et créateur de cadres de vie » est une étrange et fascinante figure : Il a la force du prêcheur et lorsqu’il organise de gigantesques ventes aux enchères, la parole qu’il délivre souvent du haut de la chaire d’une église est comme « un grondement feutré semblable au tonnerre, qui se répand à travers le chœur et relie les gens comme s’ils se tenaient coude à coude pour affronter un orage lointain ».

Et il va même jusqu’à proposer des enfants à l’adoption, scène glaçante où de riches familles s’affrontent, proposant des sommes conséquentes pour obtenir un bébé à eux. Il exerce aussi sur Mim tout le poids de sa persuasion maléfique… Les habitants arriveront-ils à s’opposer à Perly et à son système ?

Joan Samson, Délivrez-nous du bien, traduit de l’anglais (États-Unis) par Laurent Vannini, éditions Monsieur Toussaint Louverture, avril 2026, 16,50 € – Sur le site de l’éditeur


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