Assise à son bureau, entourée d’une carte du monde et de références littéraires, Lesley Graham, 64 ans, prend la pose devant son ordinateur. Arrivée en France en 1982 pour finir ses études de langues, elle n’est jamais repartie, et c’est à Bordeaux qu’elle a choisi de fonder sa famille.
« C’est l’histoire typique. Je suis venue pour valider ma maîtrise de français, et j’ai rencontré un français. Nous sommes toujours ensemble », s’en amuse-t-elle.
Aujourd’hui maîtresse de conférences en études anglophones à l’Université de Bordeaux, elle enseigne l’anglais de spécialité en troisième et quatrième année de médecine, au collège doctoral et aux infirmiers en pratiques avancées. Par ailleurs, ses recherches portent principalement sur la littérature écossaise des XIXᵉ et XXᵉ siècles. Elle s’intéresse notamment aux récits de voyage, aux questions d’identité écossaise, aux écrits autobiographiques et à la circulation des savoirs entre l’Écosse et le reste du monde.
D’Édimbourg à Bordeaux, il n’y a qu’un pas
Née sur la côte ouest de l’Ecosse en 1962, Lesley a grandi dans les îles Hébrides. Ce n’est qu’à l’âge de 10 ans qu’elle déménage près d’Édimbourg et y découvre la ville. Dans la capitale écossaise, elle choisit de faire des études littéraires, avant d’emménager pour de bon dans l’Hexagone.
Après avoir rencontré l’amour, elle pose ses valises à Bordeaux en 1985 et décide d’y fonder sa famille. En 1994, elle obtient son premier poste à l’université de Bordeaux, et depuis elle ne l’a plus quitté.
« Je ne suis jamais partie parce que je m’y trouvais bien. Bordeaux est une ville très agréable à vivre, avec une vie culturelle riche et variée. On dit qu’Édimbourg est une ville un peu bourgeoise, je crois que c’est la même chose à Bordeaux. Cet effet miroir m’a plu aussi. »
L’aéroport de Bordeaux lui permet de retourner assez facilement sur sa terre natale. Cependant, depuis le Brexit, Lesley a fait le choix de devenir française. Selon elle, cette décision du gouvernement britannique remettait en question les droits qu’elle possédait en tant qu’européenne en France. Son choix d’être naturalisée française lui permet alors de pouvoir voter pour les élections législatives et présidentielles, ce qu’elle juge important. D’un autre côté, cela lui a aussi permis de formaliser son intégration dans la vie française.
« Aujourd’hui je me sens écossaise mais aussi française. On peut être les deux à la fois. Je n’ai pas oublié mes origines, j’ai mon accent qui me rappelle d’où je viens. »
Des responsabilités enrichissantes
Après 20 ans à enseigner l’anglais de spécialité au campus Victoire, Lesley Graham est devenue directrice du département Langues et Cultures de 2014 à 2016. Ce poste à responsabilité lui a permis de voir l’université dans sa globalité et de défendre les langues.
« C’était très enrichissant, ça m’a fait découvrir d’autres mondes. Car ici, au campus Victoire, on enseigne que de l’anglais de spécialité. »
Peu de temps après, en 2018, Lesley est devenue la présidente de la Société française d’études écossaises pour quatre années. Cette société, qui est en réalité une association, regroupe des universitaires français qui travaillent sur l’Écosse, que ce soit dans un domaine politique, historique ou littéraire.
Ses années à la présidence de cette association étaient « super intéressantes », selon ses termes. En quatre ans, elle a pu organiser plusieurs congrès et conférences à Bordeaux ou encore La Rochelle. En 2022, à la fin de son mandat, elle a notamment organisé un colloque sur Robert Louis Stevenson, auteur écossais du XIXe siècle dont elle est spécialiste reconnue. Ce colloque a attiré des universitaires du monde entier, notamment du Canada et des Etats-Unis.
Même si elle n’y est plus présidente, Lesley continue à participer à des événements de l’association. Elle a participé en juillet, à Aubigny-sur-Nère dans le Cher, à une journée d’études sur l’amitié franco-écossaise depuis « l’Auld Alliance », alliance qui unissait français et écossais contre l’Angleterre de 1293 à 1560.
« Il y a une longue amitié entre Bordeaux et l’Écosse. C’est grâce au vin. Les bateaux partaient chargés de vin, et ils revenaient d’Écosse avec du bois », explique-t-elle.
Bien finir sa carrière
En 2022, Lesley Graham a pris la décision de se former pour être habilitée à diriger des recherches. Une étape importante mais tardive pour cette chercheuse. Après avoir passé près de 30 ans dans le laboratoire de recherche LACES, c’est seulement en fin de carrière qu’elle a finalement passé le cap.
« Je l’aurais peut-être fait avant si j’avais enseigné de la littérature. C’est pour bien finir ma carrière. J’ai du refaire une thèse, voir tout ce que j’avais déjà fait et trouver les points communs de mes travaux. Pour moi ça a été un exercice utile et enrichissant », confie-t-elle avec un sourire.
Désormais, elle participe aux jurys de soutenance de thèse et d’habilitation à diriger des recherches. Partant en retraite au premier septembre 2026, Lesley Graham n’enseignera plus, mais elle ne compte pas abandonner l’université pour autant. Elle continuera ses recherches au sein du laboratoire Climas, et poursuivra son activité d’interprète de conférence freelance.
« J’adore être interprète, ça me permet de découvrir plein d’autres milieux, comme celui du vin, du bois ou de l’économie sociale et solidaire. »
Lesley Graham a aussi l’intention de profiter de sa retraite pour randonner, voyager et lire tous les livres qu’elle n’a pas eu le temps de commencer.


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