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« Un balcon sur le fleuve et autres récits » de Patrick Rödel, des personnages en marge

Le Bordelais Patrick Rödel, professeur émérite de philosophie, publiait en février dernier son quinzième livre. Intitulé « Un balcon sur fleuve et autres récits », ce recueil de douze nouvelles met en lumière des personnages marginaux qui explorent la solitude. Deuxième volet de notre série « Pages à plages » en 2026.

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« Un balcon sur le fleuve et autres récits » de Patrick Rödel, des personnages en marge

Un balcon sur le fleuve et autres récits, quinzième livre du professeur émérite de philosophie Patrick Rödel, est un recueil de douze nouvelles. Publié en février 2026, le livre propose de découvrir des histoires différentes, que ce soit dans les personnages ou dans les époques, qui met en lumière des personnages en marge de la société et qui explorent des moments de solitude.

Les personnages principaux de chaque histoire n’ont pas vraiment d’âge précis, les lieux ne le sont pas vraiment non plus, tout comme les époques, ce qui permet au lecteur de se plonger plus facilement dans certaines histoires. Tous les personnages ont leur propre vécu, on en voit même certains passer de l’enfance à l’âge adulte. Tous différents, ils ont, quand même, un point commun. Ce sont des figures singulières, que l’on pourrait dire marginales, qui tentent de se faire une place dans la société, de part leur talent, leurs convictions, ou leur chemin de vie.

Des thématiques fortes

« Résister à la torture, ne pas donner ses amis. Ne pas céder aux injonctions des proches, à la propagande du pouvoir ». Cet extrait est issu de la nouvelle L’Impossible oubli, qui relate le parcours d’une jeune femme militante durant les années de plomb en Italie, qui participe à des attentas. Dans ses nouvelles, l’auteur traite de thématiques fortes, notamment la guerre et la politique. Il aborde donc la lutte contre le fascisme, la résistance durant la seconde guerre mondiale mais aussi l’horreur de la guerre avec la nouvelle Au grand jamais. « S’il fallait me défendre, je serai incapable de m’en servir; si ma vie était menacée, je n’aurais pas le courage de tirer le premier ».

Autre thématique forte, l’homosexualité est aussi intégrée à ce recueil dans la nouvelle La lettre à brûler. Si l’époque n’y est pas explicite, le lecteur comprend tout de même que la relation amoureuse a eu lieu à un moment de l’histoire où l’homosexualité ne devait pas être révélée au grand jour. Amourette épistolaire entre un père de famille et un grand écrivain, personne ne doit savoir ce qu’il s’est passé pour préserver leur image. Une belle façon de montrer que les relations entre hommes existent depuis des siècles, mais qu’elles ont été cachées et que les preuves ont pu être détruites.

Des personnages aux vies pas toujours joyeuses

Les histoires décrites par Patrick Rödel peuvent parfois être déconcertantes, voir troublantes. Les narrateurs, peuvent être pris d’une folie, ne pas être très clair et même vous chasser de votre lecture. « Allez-vous en ! Vous êtes entré là par effraction, témoin indiscret de ce que vous n’auriez jamais dû voir, jamais au grand jamais. », vocifère le narrateur de Au grand jamais. Mais surtout, bon nombre des figures qui composent les nouvelles ont souvent des vies tragiques, et des fins brutales. Qu’ils soient militants, artistes, archéologues, professeur ou persuadés d’être déjà mort, ces personnages, qui semblent se détacher du reste du monde de part leur histoire, leur apparence ou leur pensée, vivent malheurs sur malheurs.

Leurs problèmes d’ailleurs, sont souvent causés par des femmes. Sur les douze nouvelles, seules deux femmes sont les héroïnes d’une histoire et l’une d’entre elles n’est pas nommée. Il est dommage qu’il y ait si peu de personnages féminins, ou qu’ils soient mis au plan secondaire, représentant des femmes égoïstes ou qui causent l’infortune des hommes. L’une d’entre elles est même plutôt maltraitée, dans Le retour d’Hélène, réduite à un objet ménager et de satisfaction sexuelle. Des images féminines plus développées et moins laides auraient pu y avoir leur place.

La nature et la culture

Si l’on ne sait pas toujours où se passent les histoires de ce recueil, une chose est sûre, Patrick Rödel est attaché aux paysages du Sud Ouest. La nature est l’un des thèmes abordés dans les différentes histoires, en particulier dans la première, intitulée Un balcon sur le fleuve. « Lorsque le soleil pointa à l’est, au-dessus du vert presque noir des Landes, se découpa la ligne scintillante des montagnes; la neige renvoyait les rayons du soleil et l’air, exempt de toute humidité […] ». L’océan, Arcachon ou encore les Pyrénées, chacun trouve sa place dans les décors plantés par l’auteur.

La culture, en particulier la littérature et la philosophie se font aussi une place de marque dans les histoire de l’écrivain. Les personnages de Patrick Rödel sont cultivés, et font référence à de grandes figures. Parmi elles, l’essayiste et ancien maire de Bordeaux Montaigne, le poète Maurice Carême ou encore l’écrivain et dramaturge Tchekhov.

De belles façons donc, pour l’auteur, de rendre hommage à sa région, mais aussi à quelques figures emblématiques de la culture francophone et d’ailleurs.

Un balcon sur le fleuve et autres récits, Patrick Rödel, éditions Cairn, 196 pages, 18€


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