Devant le lycée Michel-de-Montaigne, les poubelles et les barricades s’empilent ce matin devant l’entrée principale. Entre 200 et 300 élèves se sont réunis pour bloquer leur établissement et soutenir le mouvement de grève nationale de ce mardi 29 septembre.
« Si on est là, c’est parce que nous apprenons dans des conditions défavorables. À Paris il y a eu beaucoup de manifestations, nous aussi on a eu envie de dire des choses », explique une élève de terminale, microphone à la main.
Dans la cour et devant les barricades, les revendications s’enchaînent. « Ça fait des années qu’on parle et qu’on ne nous écoute pas », résume Flora, élève de première. Les lycéens évoquent notamment Parcoursup, qu’ils considèrent comme une source d’inégalités, mais aussi leurs conditions d’études et le manque de moyens dans les établissements.
« La jeunesse est délaissée »
Les difficultés ne concernent pas seulement les élèves. Plusieurs d’entre eux évoquent aussi les conditions d’enseignement de leurs professeurs, notamment les heures consacrées à l’accompagnement à l’orientation, qu’ils jugent insuffisantes. Une situation qui alimente leurs inquiétudes alors que leur avenir scolaire et professionnel reste incertain.
« On a un prof remplaçant qui n’est même pas sûr de pouvoir corriger nos copies en vue du bac car il nous prend au-dessus des heures réglementées », témoigne un élève.

La mobilisation dépasse par ailleurs les seules questions liées au lycée. Sur les pancartes comme dans les slogans, les élèves affichent leur opposition à la montée de l’extrême droite et dénoncent une place qu’ils jugent excessive accordée aux questions d’immigration dans le débat public. « Tout le monde déteste la police », « Vive les étrangers, nique Bolloré », ou encore « Grève, blocage, Macron dégage » sont scandés devant l’établissement.
Des actions ont eu lieu dans plusieurs lycées bordelais, dont François-Mauriac et Brémontier. À quelques rues de Montaigne, environ 300 élèves du lycée Magendie se sont eux aussi rassemblés dans la matinée. A la différence de Montaigne, l’entrée n’a pas été barricadée. « La jeunesse, elle est délaissée, on en a marre », lancent plusieurs lycéens, qui dénoncent eux aussi le poids des coupes budgétaires dans l’éducation et leurs conséquences dans leur établissement.
« Il n’y a pas assez de psychologues, d’infirmiers, de profs »
Perchée un peu plus tôt sur un bloc de béton pour porter leurs revendications, Elise, élève de première, déroule une liste de griefs :
« Les horaires 8h-18h tous les jours, c’est pas possible, on a qu’une heure pour manger, pas de tri à la cantine, pas de repas végétariens, la santé mentale des jeunes se dégrade, ça fait des années qu’on essaie d’en parler, et il n’y a pas assez de psychologues, d’infirmiers, de profs et le gouvernement n’en a rien à faire. »

Un lycéen commente : « Et on fait que parler d’immigration alors qu’il y a des choses bien plus importantes. » Pour certains, cette mobilisation relève aussi d’un apprentissage concret de la citoyenneté. « C’est notre devoir », qui selon eux fait écho à leurs cours d’enseignement moral et civique (EMC). Une élève de terminale, qui participe à l’organisation du mouvement, entend poursuivre cette mobilisation dans les prochains mois, « notamment en vue des présidentielles ».
Un pompier blessé
Les lycéens veulent donc faire de leur mobilisation un signal d’alerte sur leurs conditions d’études, mais aussi sur la place accordée à la jeunesse dans les choix politiques et budgétaires. Après ces blocages, effectués sous surveillance policière et sans incidents, les élèves ont rejoint la manifestation prévue au départ de la place de la République à Bordeaux. Tous les lycées ont été « débloqués » l’après-midi.
En marge du cortège, un pompier a été blessé par l’explosion d’une bombe aérosol, alors qu’il s’apprêtait à éteindre une poubelle incendiée rue Sainte-Catherine, près d’une « barricade » dressée par les lycéens de Montaigne. « Le sapeur-pompier a été transporté à l’hôpital avant de regagner sa caserne dans l’après-midi. Il a une ITT de plusieurs jours », a indiqué en fin d’après-midi la préfecture de la Gironde dans un communiqué. « Aucune manifestation ne saurait justifier la mise en danger de celles et ceux qui portent secours à la population », a-t-elle ajouté.


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