Fanny de Chaillé continue d’imprimer sa marque sur le Théâtre national Bordeaux Aquitaine. Après deux saisons qui ont connu une fréquentation croissante (92% de remplissage des salles la saison dernière pour 126 levers de rideau), la directrice du TNBA poursuit lors de cette troisième saison l’exploration de ce qu’il y a de plus contemporain dans le théâtre français.
« Un bon bilan, il faut le tenir, déclare-t-elle à la présentation de la saison. Vu l’état du monde, comment faire pour que le théâtre reste désirable ? »
Surtout que l’institution a eu quelques frayeurs sur la réduction de ses budgets, aujourd’hui assurés pour la saison à venir. Ce qui lui permet de proposer 36 spectacles et 21 compagnies que Fanny de Chaillé n’avait pas encore programmées à Bordeaux.
Compagnies et artistes associés
Parmi les pointures nationales, on retrouve de nombreuses créations. Jeanne Balibar propose En Sicile, pour une escapade dans le texte de Juliette Blamont, autrice française qui a choisi la campagne sicilienne pour poser sa plume et son regard. Lionel Dray et Clémence Jeanguillaume signent Olalaland avec une palette de dessins et de sons qui ravira le jeune public. Joël Pommerat revient à Bordeaux avec une pièce au titre provisoire Les Petites filles modernes, une nouvelle plongée dans le monde de l’adolescence dans la veine de Contes et Légendes (présenté au TNBA en 2022).
D’autres compagnies étrangères complètent le tableau des pépites. Avec Opening Night, le collectif belge De Hoe s’offre le luxe de partir chef-d’œuvre de John Cassavetes pour explorer une nouvelle facette de l’amour. Le mythique The Wooster Group fera le déplacement des Etats-Unis pour présenter une satire musicale Symphony of Rats dans deux villes françaises, Paris et Bordeaux.
Parmi les artistes associés au TNBA, on retrouve Rebecca Chaillon pour La Parabole du Seum, Gwenaël Morin pour Le Deuil sied à Électre, Baptiste Amman pour Ce qui s’est tu (prière pour Baden), ou encore Nans Laborde-Jourdàa pour Une famille pyrénéenne de Nans Laborde-Jourdàa… Et on peut aussi citer la nouvelle création du Bordelais Yacine Sif El Islam, qui adapte un fait divers des années 80 à la violence inouïe sous le titre Portrait hypothétique de deux tueurs en série.
De Chaillé au Rocher, au Capc…
Pour l’ouverture de la saison, Fanny de Chaillé sera au Rocher de Palmer, à Cenon, avec Transformé. À partir de Transformer, l’album mythique de Lou Reed sorti en 1972, elle propose, avec la contrebassiste Sarah Murcia, un « concert-conférence » qui alterne musique, voix parlées et chantées, en français et en anglais.
Mais le projet le plus atypique de cette saison sera sans doute Quoi qu’il en soit. Du 12 novembre au 10 janvier, Fanny de Chaillé et Thomas Hirschhorn investiront la nef du CAPC. L’artiste suisse y construira une vaste « ruine » en carton et en scotch. Et pendant deux mois et demi, l’École du TNBA y sera délocalisée. Les élèves y suivront leurs cours et travailleront autour des manifestes d’artistes, de leurs origines aux formes contemporaines. Chaque jour, une pièce sera présentée à 16h, construite progressivement avec les étudiants à partir de ces recherches. Le public pourra également assister à cette œuvre vivante avec un billet sans limite d’entrée.
Autre projet porté par Fanny de Chaillé autour de la littérature : Le Convoi, adapté du récit de Beata Umubyeyi Mairesse. L’autrice, installée à Bordeaux, y raconte son expérience du génocide contre les Tutsi au Rwanda et l’enquête menée pendant quinze ans pour retrouver les traces du convoi humanitaire qui l’a sauvée en juin 1994, alors qu’elle avait 15 ans. Fanny de Chaillé avait reçu la proposition de mettre en scène cette adaptation, avant de découvrir que l’autrice « habitait à côté ». Cette dernière lira son récit au théâtre lors des Escales du livre, en février 2027.
Des partenariats à gogo
Les partenariats se multiplient par ailleurs. Avec la Manufacture CDCN autour du En même temps d’Olivia Grandville venue de Mille Plateaux CCN de La Rochelle, et aussi avec l’Opéra de Bordeaux pour Israel & Mohamed – improbable titre – qui offre une rencontre entre l’artiste associé Mohamed El Khatib et le danseur flamenco Israel Galván.
Pour la première fois, le Festival international du film indépendant de Bordeaux (FIFIB) sera accueilli au TNBA. Sur scène, la cinéaste serbe Mila Turajlić présentera Faire parler les archives des non-alignés, à partir de bobines oubliées sur le mouvement de ces pays (Yougoslavie, Inde, Iran…) qui ont refusé, durant la guerre froide, de se ranger derrière les États-Unis ou l’URSS.
Aux Avants-Postes, théâtre voisin du TNBA, le Festival Fragments, coordonné par le théâtre parisien La Loge, proposera de découvrir les 11 et 12 février le travail en cours de compagnies émergentes.
Sans oublier les partenariats avec le Festival des Arts de Bordeaux (FAB), le Glob Théâtre, le festival Trente-trente et celui de Chahuts.
Pour en savoir plus, la saison sera officiellement présentée ce mercredi 9 septembre à 19h en salle Vitez, par Fanny de Chaillé et l’équipe du TNBA. L’entrée est libre et sans réservation. La soirée se poursuivra par le traditionnel pique-nique square Dom Bedos.

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