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« La visibilité sur les réseaux sociaux ne se substitue pas au programme et au travail politique »

A travers notamment l’exemple des nouveaux maire de Bordeaux et de New-York, Anaïs Loubère, spécialiste bordelaise des réseaux sociaux et de l’influence, décrypte les stratégies de communication politique et les ressorts de la présence numérique devenue incontournable. Entretien.

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« La visibilité sur les réseaux sociaux ne se substitue pas au programme et au travail politique »

À l’occasion des dernières élections municipales, les réseaux sociaux ont confirmé leur place dans les campagnes, entre recherche de proximité, vidéos calibrées et emprunts aux codes des influenceurs. Un premier constat : Thomas Cazenave a publié plus de deux fois plus de posts Instagram que Pierre Hurmic pendant la dernière ligne droite de la campagne des municipales.

Entre le 1er janvier et le premier tour, le 15 mars, le compte de campagne de Pierre Hurmic, PierreHurmic2026, a publié 80 posts, soit un peu plus d’un par jour (sur son compte personnel, le maire sortant, soumis à un devoir de réserve, en a publié 16). En face, son principal rival, Thomas Cazenave, a multiplié les publications : 188 posts, soit près de 2,6 par jour sur la même période.

Et depuis son élection, l’actuel maire de Bordeaux a maintenu le rythme en publiant 142 en 188 jours, soit environ 0,76 publication par jour, équivalant à 5,3 posts par semaine : c’est une cadence soutenue et une présence quasi quotidienne pour un élu en dehors d’une campagne électorale.

Derrière cette course à la visibilité, que cherchent les élus ? À toucher de nouveaux électeurs, à créer de la proximité ou à façonner leur image ? Nous avons sollicité Anaïs Loubère, spécialiste bordelaise des réseaux sociaux et de l’influence, fondatrice de l’agence Digital Pipelettes et analyste des tendances du secteur dans des médias spécialisés comme Les Gens d’Internet, pour décrypter les stratégies de communication politique et les ressorts de cette présence numérique devenue incontournable.

Rue89 Bordeaux : Les réseaux sociaux ont-ils profondément transformé la communication politique ?

Anaïs Loubère : Cela fait déjà quelques années que les réseaux sociaux ont bousculé la manière dont les élus et les candidats communiquent. Mais on a assisté récemment à une accélération, avec des exemples comme Zohran Mamdani à New York ou Jordan Bardella en France, qui a trouvé un écho important sur TikTok.

L’élection de Mamdani a notamment donné un coup de fouet aux candidats. Ils se sont dit qu’un homme politique peu connu, mais très bon sur les réseaux sociaux, pouvait être élu. Cela a nourri l’idée que le match pouvait aussi se jouer sur ces plateformes.

Trois phénomènes expliquent cette évolution. D’abord, la consommation de l’information s’est déplacée vers les réseaux sociaux, notamment chez les jeunes. Ensuite, les citoyens ont exprimé une demande de proximité, en réaction à des communications politiques jugées trop verticales et institutionnelles. Enfin, les réseaux sociaux sont devenus un moyen de construire l’image d’un candidat, grâce au volume de publications, à leur circulation et à leur capacité à être reprises.

Les réseaux sociaux permettent-ils de toucher des électeurs qui échappaient auparavant aux campagnes traditionnelles ?

Oui. Si je veux toucher les jeunes électeurs, il faut que je sois présent là où ils s’informent. Les réseaux sociaux répondent aussi à une attente de proximité : on cherche à casser certains codes institutionnels, à montrer davantage la personnalité du candidat, à donner une impression d’horizontalité.

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