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A Bordeaux, Stéphane Le Foll affole les déçus du PS

actualisé le 30/06/2016 à 16h07

Stéphane Le Foll venu pour une réunion publique à l’Athénée municipal de Bordeaux (WS/Rue89 Bordeaux)

Stéphane Le Foll venu pour une réunion publique à l’Athénée municipal de Bordeaux (WS/Rue89 Bordeaux)

Venu à Bordeaux à l’appel de treize parlementaires socialistes girondins, Stéphane Le Foll, ministre de l’agriculture et porte-parole du gouvernement Valls, espérait réunir la gauche. C’est plutôt raté.

Elle avait pourtant le sourire la députée PS Michèle Delaunay. Elle et l’ensemble des députés et sénateurs socialistes de la Gironde espéraient beaucoup de la réunion publique « Pour la France, pour la Gauche » qui se déroulait ce mercredi 29 juin à 18h30 à l’Athénée municipal de Bordeaux, en présence de Stéphane Le Foll et d’Alain Rousset :

« Nous avons voulu montrer que nous sommes réunis et mobilisés autour de l’action du Gouvernement et la nôtre au Parlement, affirme la député avant le début de la réunion. On raconte que le parti est tout émietté et en difficulté. Pourtant la gauche est là. Nous sommes pour le dialogue et nous n’avons aucune crainte. »

Déjà devant le parvis de l’athénée, un comité d’accueil d’une dizaine de personnes s’est mis à entonner : « Cette société, on n’en veut pas. C’est vous les casseurs, c’est vous la racaille. » Les chants se sont vite transformés en « allez les Bleus » à l’intervention des forces de l’ordre pour les éloigner de l’entrée.

L’impulsion promise

Arrivé en retard, le ministre de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt, et porte-parole du gouvernement, entame un point presse improvisé, alors qu’une salle à peine remplie patientait depuis plus d’une demi-heure :

« Je viens pour donner une impulsion à la gauche, pour remonter le moral. Il y a des choses qui s’améliorent grâce à l’action du gouvernement et il faut le rappeler. »

Quelques mécontents de la politique socialiste présents dans la salle ne voient pas les choses du même œil. Ils le font savoir dès que le ministre se dirige vers la scène au rythme chaloupé d’une musique balancée à fond. Les huées fusent en appelant au retrait de la Loi Travail.

Le service d’ordre ne croyait pas devoir intervenir si vite. Ses membres enfilent les gants et dégagent trois personnes de la salle en moins de 5 minutes. Parmi eux, une dame venue réclamer la libération de Georges Ibrahim Abdallah, militant communiste libanais condamné en France à la réclusion à la perpétuité pour des actes terroristes.

Ce n’était qu’un échauffement pour les gros bras. Ils ont eu le temps de souffler pendant que Michèle Delaunay remerciait l’assemblée : « Quel plaisir d’être réunis si nombreux », et saluait l’invité de marque « porteur d’énergie positive et éternellement renouvelable ». La bonne humeur et le bon humour ont eu les applaudissements des rangs de devant alors qu’à l’arrière et sur les côtés, ça toussait bruyamment avec des « hé bé ! » et des « ha oui ! » accompagnés d’applaudissements ironiques quand il était question des valeurs de la gauche.

« Ministre des pesticides »

Les membres de la sécurité se sont vite retrouvés à cran. Surtout quand Alain Rousset a été appelé au pupitre et présenté comme celui qui a incarné « la dernière victoire du parti chez nous ». « Ah ça oui, ça sera sans doute la dernière ! », réplique une femme. « Ta gueule » lui répond une autre avant qu’un nouveau dégagement musclé n’intervienne.

« C’est scandaleux ! » ont eu le temps de crier les indésirables tandis qu’Alain Rousset répondait :

« Ce qui est scandaleux, c’est de brutaliser le débat public. »

On ne compte plus les évacuations manu militari de la salle. Celle-ci, juste pleine, affiche aussitôt de nombreux fauteuils libres. Surtout quand le président de la Nouvelle Aquitaine ajoute sur un fond de « Huuuu » :

« Je partage l’inversion des normes de la loi El Khomri. Les organisations syndicales sont entrain de devenir sectaires parce que leurs bases sont devenues faibles. »

Des voix s’élèvent indignées. Un photographe devant la scène s’agace ; il s’en prend à Alain Rousset et à Stéphane Le Foll qu’il accuse de « ministre des pesticides ». Il se fait dégager jusqu’à l’extérieur où il est confié, comme les autres, aux forces de l’ordre pour un contrôle d’identité.

Dans la salle, certains sont debout et menacent de quitter la réunion en signe de contestation. Quand le service d’ordre s’apprête à les y aider, Alain Rousset demande : « laissez, laissez, ça peut aller ». Les pour et les contre dans le public en viennent aux insultes. « Tu vas pas me faire ta rebelle avec ta gueule de bourgeoise ». « Chut ! Doucement » interviennent les membres de l’organisation, inquiets de l’image de la rencontre qui vire mal. Très mal.

Le photographe Kami qui s'en prend à Stéphane Le Foll est évacué de force (WS/Rue89 Bordeaux)

Le photographe Kami qui s’en prend à Stéphane Le Foll est évacué de force (WS/Rue89 Bordeaux)

Des arguments et des slogans

Avant le passage de Stéphane Le Foll, une membre de l’organisation prend le micro pour rassurer les esprits qui s’échauffent. Elle propose au public d’attendre le moment des questions promettant « un débat après l’intervention du ministre ». Ce dernier tombe la veste et attaque son discours par le procès de David Cameron, accusé de démagogie au point d’avoir conduit son pays au Brexit (référendum qui a abouti à la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne).

« En France, nous avons choisi de faire face à la réalité du pays, argumente le porte-parole du gouvernement. Nous n’avons jamais menti aux Français. »

Son argumentation est parasitée par un discours enregistré diffusé simultanément dans la salle venant des rangs du milieu. Le service d’ordre ne trouvera pas l’origine ni le responsable perturbateur. Mais l’effet est réussi, la diffusion détournera l’attention des auditeurs alors que le ministre rappelle l’héritage de Jean Jaurès, de Léon Blum et du Front populaire chez les socialistes :

« Nous sommes là, fidèles à nos valeurs, enchaine-t-il. Il faut acter ce qui est positif. Ceux qui se prétendent de gauche et qui critiquent le gouvernement, où étiez vous quand il fallait s’attaquer aux réformes de l’éducation nationale, à la retraite, à l’évasion fiscale… ? Avec les socialistes, la France a accompli de nombreuses avancées nationales et internationales. S’il n’y avait pas la France, la Grèce ne ferait plus partie de l’Europe, l’Afrique n’aurait pas été pacifiée, la Cop21 n’aurait jamais abouti à un accord international. Et l’après Brexit, c’est le poids de la France qui en fixe les règles… Il ne suffit pas de manifester, ni de passer des nuits à discuter, il faut de l’action ! »

Chez les militants de Nuit Debout, les derniers mots hérissent les poils. L’un d’eux quitte la salle criant à la démagogie. « Nous avons des arguments quand les autres ont des slogans », rétorque le ministre.

Le plaquage de trop

A la fin de son discours, les applaudissements des uns couvrent les contestations des autres. Le haut niveau sonore d’une musique vient couvrir tout le monde. Certains s’insurgent et réclament leur débat. Il n’en sera rien, même pas une question.

Au pied de la scène, on interpelle le ministre. Une dame accuse le gouvernement de ne pas entendre son peuple. Sous les projecteurs des caméras, Stéphane Le Foll la rassure autant qu’il le peut entouré de son équipe qui espère vivement la fin.

Un homme s’approche brandissant une feuille sur laquelle il a inscrit à la hâte « Valls démission ». Dans le dos du ministre, les gros yeux se multiplient. Le service d’ordre croit bon de le plaquer violemment au sol (voir vidéo ci-dessous). L’homme, sous le choc, peine à se relever. Il crie au scandale dans le dos du ministre qui décide enfin de quitter la salle :

« C’est ça la démocratie ? On n’a même pas le droit de poser des questions. »

A la sortie, un sympathisant PS, dépité, regarde le sol en marmonnant : « Que la campagne va être difficile ! »

L'AUTEUR
Walid Salem
Walid Salem
Co-fondateur de Rue89 Bordeaux et directeur de la publication
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