Politique 

Au nom des fusillés pour l’exemple, désobéissants de 14-18

Les associations de pacifistes et d’anciens combattants se sont rassemblées vendredi à Bordeaux et ailleurs en France pour demander à nouveau la réhabilitation des 639 soldats français fusillés pour l’exemple pendant la guerre de 14-18.

Jean Dulaurans avait 20 ans, Paul Pessina, 28 ans, Henri Perron 32 ans. On ignore en revanche la date de la mort Jean Lesage, Bordelais né en 1880. Ces quatre jeunes gens sont des Girondins « fusillés pour l’exemple » pendant la Grande Guerre. Ils font partie des 140 Poilus dont les noms ont pu être retrouvés, sur les 639 exécutions décrétées par l’armée française, selon les chiffres accablants établis par le général André Bach, chef du service historique de l’armée de terre (qui résidait à Audenge, en Gironde, jusqu’à a sa mort en mai dernier), et désormais disponibles sur le site Mémoire des hommes.

« Ces fusillés pour l’exemple l’ont été sous les prétextes les plus variés, explique Hugues Dominguez, président de l’Arac, l’association républicaine des anciens combattants. Sentinelles endormies, insulte contre un officier, peur de monter à l’assaut sur un front qui n’était qu’un immense charnier, ou retraite avant que l’ordre ne soit donné… Ces hommes ont surtout été les victimes de l’incompétence et de l’incurie de l’état-major français. »

Les deux tiers de ces exécutions ont en effet eu lieu entre 1914 et 1915 – et non lors des mutineries de 1917 –, lorsque l’armée française, malmenée, a voulu « instaurer son autorité par la terreur, en installant des cours martiales dans chaque régiment », poursuit Hugues Dominguez (ancien combattant de la guerre d’Algérie).

Pendant la Grande Guerre, la France est, après l’Italie, la nation qui a le plus exécuté de soldats – contre officiellement 306 condamnés dans les rangs britanniques, et 48 dans l’armée allemande. Mais elle est aussi l’une des seules à refuser de réhabiliter la mémoire de ces « non-morts pour la France », « alors qu’elle honore des maréchaux comme Joffre, qui déclarait que l’armée n’était pas à 200000 morts près ».

« Un acte fort pour le centenaire »

Ce vendredi à l’appel de l’Arac, de la Libre pensée, de l’Union pacifiste de France et de la Ligue des Droits de l’Homme, une trentaine de personnes se sont réunies sur la place Jean-Jaurès à Bordeaux, ainsi que dans d’autres villes de France, et comme tous les ans depuis plusieurs décennies.

« Une quarantaine de fusillés ont été rétablis dans leur honneur à l’issue de procédures judiciaires, mais nous voulons une réhabilitation collective, qui est un acte politique, souligne le président de l’Arac. Nous voulons faire reconnaître que ces soldats avaient le droit d’avoir peur et se révolter, et faire ainsi reconnaître le droit de désobéir quand sa vie et celle des autres en dépend. »

Rassemblement ce vendredi place Jean Jaurès (SB/Rue89 Bordeaux)

« Nous demandons à Emmanuel Macron de marquer le centenaire de la Grande Guerre par un acte fort, poursuit Jean-Claude Guicheney, de la LDH de Gironde. Que tous les fusillés pour l’exemple soient identifiés, que leurs noms soient marquées sur leurs tombes et que les restes soient transférées dans leurs communes. »

C’est aussi ce que souhaitent 31 conseils départementaux, 6 conseils régionaux et 2000 conseils municipaux. Mais les associations ne se font guère d’illusion : le président de la République ne devrait pas infléchir la position de l’Etat, qui n’a guère évoluée depuis 20 ans, malgré le discours de Lionel Jospin à Craonne, et les promesses de François Hollande.

Ils en veulent pour preuve la réponse apportée récemment en commission parlementaire par Geneviève Darrieussecq, secrétaire d’Etat auprès de la ministre des Armées, qui a écarté toute réhabilitation au cas par cas. Mais les associations ne baissent pas la garde : elles promettent de se réunir si nécessaire tous les ans, à la veille de l’armistice, et réclament d’autres actions symboliques. Elles ont écrit à Alain Juppé, et comptent bien le relancer, pour obtenir l’installation sur la place Jean-Jaurès d’une plaque d’hommage à ce grand militant de la paix, assassiné en 1914.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux
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