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« Berges du lac » cherche habitants motivés pour vie de quartier (II)
Société 

« Berges du lac » cherche habitants motivés pour vie de quartier (II)

par Simon Barthélémy.
Publié le 1 février 2014.
Imprimé le 27 octobre 2021 à 16:18
22 100 visites. 9 commentaires.
Essais du tramaway à la station des Berges du lac (Photo SB/Rue89 Bordeaux)

Essais du tramaway à la station des Berges du lac (Photo SB/Rue89 Bordeaux)

Plus encore que le tramway, qui arrive ce samedi 1er février à Ginko, ses habitants attendent avec impatience l’ouverture de nouveaux commerces. Ça tombe bien : des boutiques vont bientôt ouvrir, et un centre commercial de 30000 m2 est au programme. Mais certains espèrent surtout davantage de convivialité, que les actions initiées par Bouygues Immobilier ne parviennent pas encore à instaurer. Le deuxième volet de notre reportage.

Depuis son petit jardin privé en rez de chaussée d’immeuble, Josselin a une vue imprenable sur le lac. Et aussi, malheureusement, le bruit de la rocade en fond sonore permanent dès que ses fenêtres sont ouvertes… Même s’il y a selon lui « moins de bruit près du périphérique à Aubervilliers », ce n’est pas ce qui dérange le plus ce gaillard de 36 ans, arrivé l’an dernier de la banlieue parisienne, avec sa femme et ses enfants :

« On s’est installé ici en été, c’était féérique. Le cadre est très sympa, et on était ravi de vivre dans un écoquartier. Puis nous avons réalisé que ce n’était pas du tout ce qu’on espérait. On s’était projeté dans les exemples d’écoquartiers à l’étranger, avec des laveries et beaucoup de parties communes. Or les gens restent relativement indifférents, comme à Paris, voire sont carrément irrespectueux lorsqu’ils laissent leur chien déféquer dans le hall. Quand on pourra acheter, on le fera dans un village près de Bordeaux, et pas dans ce compromis de pseudo-campagne en ville qu’est Ginko. »

Locataire, Josselin veut quitter son appartement avec vue sur le lac et la rocade (Photo SB/Rue89 Bordeaux)

Locataire, Josselin veut quitter son appartement avec vue sur le lac et la rocade (Photo SB/Rue89 Bordeaux)

L’esprit de village n’a pas encore débarqué aux « Berges du lac ». La place Jean Cayrol, épicentre du quartier, est peu animée – elle  ne compte il est vrai pour l’instant qu’une boulangerie, avant l’ouverture imminente d’un primeur et d’un salon de coiffure. Tous les habitants se demandent quand le restaurant voisin va ouvrir ses portes (selon Bouygues Immobilier, la vente est sur le point de se finaliser).

Aussi, un jour de semaine, en fin d’après-midi, l’endroit  est quasi désert. Un homme sort de son 4X4 les bras chargés de chemises lavées dans un pressing (écolo) du centre-ville, pour les déposer à la Conciergerie Solidaire. Celle-ci propose des services – retouches, livraison de panier de légumes, coiffure… – aux habitants pour compenser le manque de commerces de proximité.

« On trouvait intéressant de proposer quelque chose pour faciliter arrivée des gens sur le site », explique Sylvain Lepainteur, fondateur de la Conciergerie Solidaire, qui propose également des services aux salariés des entreprises installées à Darwin. « Ginko sort de terre, il y a des besoins à satisfaire, comme l’aide à l’aménagement, la collecte des cartons ou la garde des enfants. C’est un enjeu important pour la mairie de Bordeaux et Bouygues Immobilier de créer du lien social, alors que les familles qui débarquent ici n’ont pas d’histoire commune. Si il n’y a pas d’acteur identifié pour amorcer la pompe, rien ne se passe. »

Des concierges solidaires

Rien à voir en effet avec des écoquartiers comme Vauban, à Fribourg, où les bâtiments sont des projets collectifs mûris par des groupes d’habitants. Le promoteur unique des Berges du lac l’a bien compris, et soutient plusieurs actions pour animer le quartier : pique-nique en été, initiations aux éco-gestes d’Unis-Cité, création prochaine de jardins partagés par la Scop Saluterre… La Conciergerie Solidaire, financée à hauteur de 60% pour au moins un an encore par Bouygues Immobilier. 20% de son budget est supporté par la ville, précise Sylvain Lepainteur :

« Mais nous voulons être autonomes d’ici 2015, tout en continuant à fournir aux habitants des services gratuits , dans le sens où nous ne prenons pas de marge dessus, voire que nous proposons moins chers. Nous espérons pour cela fédérer tous les acteurs du quartier autour du projet, comme le siège social d’Aquitanis. »

Est-ce que cela marche ? Selon Sylvain Lepainteur, 35% du millier d’habitants de Ginko seraient abonnés à la Conciergerie Solidaire. Il souligne que plusieurs expériences positives sont en train d’émerger, comme une accorderie (système d’échanges de services entre particuliers), et se réjouit de la naissance récente d’une association d’habitants, les Ginko-bilobiens. Céline Papin en est l’une des quatre membres actifs :

« Ce serait bien de faire vivre l’écoquartier par ses habitants. Bouygues Immobilier conduit de bons projets, mais qui n’ont pour certains pas vocation à se pérenniser, comme les actions d’Unis-Cités. L’entreprise est avant tout dans une démarche commerciale en proposant tous ces services. Or on a envie d’autre chose que des prestations payantes, qui ont du coup du mal à intéresser certains habitants. On voudrait plus de liens ».

Y compris avec le quartier voisin des Aubiers, où nombre d’habitants de Ginko ont « peur » d’aller, selon Céline Papin. Elle espère réunir tout ce beau monde autour d’évènements festifs (vide-greniers…) et que l’accorderie permettra aux gens de connaître les activités professionnelles de leurs voisins, et donc de recourir à leurs services.

Église et temples de la conso

L’idée ne séduit pourtant pas tout le monde, à l’image de Jessica, 31 ans :

« Une association d’habitants, c’est pas trop notre kit », dit-elle sans lâcher des yeux son fils qui pédale près du canal. On est venu là pour les prix attractifs, les équipements, notamment l’école pour les enfants, et la nature à côté. On aime le sport et l’espace ; ce n’est pas parce qu’on habite ici qu’on est des écolos « bobos », comme cela a été écrit avec un ton hautain ».

L’église catholique doit en tous cas voir dans les résidents des Berges du lac des brebis égarées, puisque le diocèse souhaite y construire une église. Selon Yannick Ollivier, directeur de l’agence Aquitaine de Bouygues Immobilier, si la vente d’un terrain n’est pas encore actée, elle ne prête pas à discussion : « On essaye d’offrir aux habitants un maximum de services ou d’équipements sportifs, culturels ou religieux. »

En attendant de pouvoir racheter le salut de son âme, Yannick Ollivier assure que d’autres formes de shopping seront possibles à Ginko :

« Je confirme qu’un pôle commercial de 30000 m2 sera bien ouvert, nous avons l’accord d’Alain Juppé et du président de la CUB, Vincent Feltesse. Les boutiques proposeront des biens culturels, d’équipement de la maison et de la personne. Une implantation alimentaire est aussi envisagée. »

Le voisinage d’Auchan et du centre commercial n’effraie donc pas nos éco-promoteurs. « Moins de biens, plus de liens », disiez-vous ?

 

Aller plus loin

Le premier volet de ce reportage :  Ginko, l’écoquartier qui essuie les plâtres

Le site de Bouygues Immobilier sur les Berges du lac

La conciergerie solidaire

La page des Ginko-bilobiens

Article actualisé le 23/12/2014 à 11h51
L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, cofondateur de Rue89 Bordeaux

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