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« Pour Bordeaux-Bègles, je vote Chaban-Delmas ! »
Société  Sport 

« Pour Bordeaux-Bègles, je vote Chaban-Delmas ! »

par Walid Salem.
Publié le 4 mars 2014.
Imprimé le 03 décembre 2022 à 17:41
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Le début de la deuxième mi-temps de la rencontre UBB - Clermont au stade Chaban-Delams (UBB officiel/Facebook).

Le début de la deuxième mi-temps de la rencontre UBB – Clermont au stade Chaban-Delmas, samedi 1er mars (UBB officiel/Facebook).

Arène des Girondins de Bordeaux, le stade Chaban-Delmas vibre aujourd’hui au rythme des essais de l’Union Bordeaux-Bègles. La presse sportive fait remarquer combien les tribunes sont pleines à craquer pour les matches de l’UBB, ce que les footballeurs ne parviennent plus à réaliser. L’envie d’y voir le rugby installé grandit en ovalie.

Samedi dernier, l’Union bat le leader clermontois 26-16, grâce à deux exploits de son ailier Talebula, meilleur marqueur du Top 14. Cette victoire est une première depuis 2011, elle vient de stopper une série de cinq défaites consécutives face aux jaunards.

Sur les huits matches programmés à Chaban-Delmas, les rugbymen girondins en ont disputé cinq qu’ils ont remportés. En plus de celui de samedi dernier, ils ont battu le Stade Toulousain lors de la première journée (31-25), le Castres Olympique fin août (21-20), le Stade Français en novembre (45-23) et le CA Brive-Corrèze un peu avant la fin de l’année 2013 (27-23).

Magie du stade ? Communion avec le public ? Quoiqu’il en soit, dans l’idée de défendre le projet d’installer le rugby au stade Chaban-Delmas, on dirait que les Bordelo-Béglais font tout pour gagner !

Les bonnes victoires font les bons comptes

Avec plus de 24 000 spectateurs en moyenne et des pointes à 33 000, l’affluence pour le rugby durant la saison 2012-2013 était la deuxième en France derrière Toulouse. C’est bien parti pour cette saison encore. Le stade peut accueillir plus de 34 000 spectateurs (contre un peu plus de 9000 au stade Moga à Bègles) et l’Union Bordeaux-Bègles monte en puissance.

A Chaban, les partenaires sont mieux accueillis qu’à Moga :

« … des loges plus confortables, un parking VIP et une vaste salle de réception où il est aisé de rencontrer les joueurs », déclare un partenaire.

Ces mêmes services sont beaucoup moins attrayants au Stade Moga de Bègles. Au point qu’un pack Chaban-Delmas est proposé aux partenaires et qui connaît un large succès, ainsi qu’un pass spécial à l’attention du public.

« Disputer les matchs à Chaban-Delmas génère 1 million d’euros de plus chaque année » assure le président de l’Union Laurent Marti, sept fois plus qu’à Moga selon un autre dirigeant du club. Une manne considérable pour un des plus petits budgets du Top 14.

Après Chaban à l’aile, son stade au centre des municipales

C’est une drôle d’époque que de voir les amoureux du rugby réclamer l’installation de l’Union à Chaban et délaisser Moga aux formations et entrainements. Au temps des frères Moga, le maire Chaban-Delmas avait rechaussé les crampons après-guerre pour obéir à « un charcutier de 105 kilos », un des frères Moga capitaine du CAB en 1947 pour une partie contre… l’AS Montferrandaise.

Le stade du maire qui jouait au poste d’ailier se retrouve au centre de la campagne municipales 2014.

En septembre dernier, le président Laurent Marti a clairement pris position dans le débat en faisant connaître sa volonté « partagée par les joueurs, le staff et la majorité du public » de voir son équipe s’installer au stade Chaban-Delmas à partir de 2016, tout en conservant son centre d’entraînement à Bègles.

On n’imaginait pas encore que la question du stade puisse devenir un des thèmes majeurs de la course à la mairie.

Laurent Marti, président de l'Union Bordeaux-Bègles (photo Anne Chaput/Rue89 Bordeaux)

Laurent Marti, président de l’Union Bordeaux-Bègles (photo Anne Chaput/Rue89 Bordeaux)


Juppé débordé par Chaban, Feltesse veut la transformation

« À Chaban, on peut continuer d’inviter des milliers d’enfants, ce qu’on ne pourrait pas faire dans une structure restreinte », déclare l’été dernier Laurent Marti. Élections municipales obligent, il ne pouvait pas mieux faire pour mettre le stade sous les projecteurs.

Alain Juppé hésite et avance plusieurs projets. Tout d’abord, il fait savoir que le Grand Stade où les Girondins du ballon rond vont s’installer, le ballon ovale peut y avoir ses grands rendez-vous. On a donc la conviction que le maire a tranché : quoi qu’il advienne, il ne souhaite plus voir l’Union Bordeaux-Bègles jouer à Chaban à compter de la saison 2016-2017.

Pendant sa rencontre à Sciences Po Bordeaux avec le candidat socialiste, le maire sortant s’agace quand Vincent Feltesse lui coupe la parole : « Combien la location du Grand Stade va-t-elle coûter à l’UBB ? » Alain Juppé dévoile alors une consultation avec deux options pour Chaban : la création d’une plaine des sports ou un stade de quelque 20 000 places. Cette dernière nouveauté confirme que l’avenir du stade vogue sur la houle de la campagne. Exit les rumeurs d’un projet immobilier, la création de bureaux et d’espaces verts ?

Ce moment tendu de la rencontre a mis le candidat socialiste à l’aise sur la question. Il reprendra ce cheval de bataille plus tard faisant valoir la volonté des Bordelais à travers une pétition lancée sur internet ; une pétition menée par Sophie Durand.

Bientôt 2000 signatures pour une pétition ouverte jusqu’en 2016

Fidèles supporteurs de l’UBB, Sophie Durand et quelques amis ont lancé en ligne une pétition « pour que l’Union continue de jouer au stade Chaban-Delmas ». La tentative de récupérer cette initiative par le camp socialiste n’était pas pour leur plaire. Ils ont vite recadré le tir et rappelé que derrière cette initiative, il n’y a pas de politique, il n’y a que l’amour du ballon ovale. « Nous, pour l’UBB, on vote Chaban, c’est tout ! » Fort de ces valeurs, le fils de Jacques Chaban-Delmas serait sur la liste des signataires selon les initiateurs de la pétition.

De l’avis de beaucoup, Sophie Durand est très dynamique. Jeune amatrice de rugby, elle explique :

« Il vaut mieux une jeune supportrice qui se bouge pour son club que d’anciens supporteurs qui restent immobiles. »

Derrière Sophie Durand, il y a certes des amateurs à 100 % pour la pétition mais autour d’elle aussi quelques détracteurs pourtant fans de l’Union. Ces derniers qu’elle estime « jaloux » ou, au pire, « misogynes ». Elle avoue que si la volonté du staff n’était pas celle-ci, elle n’aurait jamais lancé cette pétition. Elle ne se targue pas cependant de francs remerciements de la part des dirigeants qu’elle croise les jours de matches. « Ils me disent bonjour, c’est que je ne fais rien de mal ! ».

Les commerçants et les riverains du stade ont aussi leur avis

Le patron du Bar Le Rond Point, Jean-Marie Lapoujade, est arrivé à Bordeaux venant de Toulouse, avec dans ses bagages le virus du rugby.

« Pour que l’UBB soit à Chaban, j’avais lancé une pétition sur papier qui avait rassemblé 600 signatures. Mais ce que fait Sophie Durand est encore mieux. Malgré tout, et malgré des réunions de quartier où les consultations réunissent 300 à 400 personnes, on ne sait toujours pas ce qui va se passer. La dernière réunion, il y a un mois, a abordé la possibilité d’y pratiquer aussi de l’athlétisme. »

Ce qu’il ne veut pas admettre, tout comme d’autres commerçants du quartier, c’est la disparition de matches dans le stade. « Ce serait malheureux pour le commerce. »

Patrick Pirez du Bar Brasserie Le Xaintrailles est du même avis :

« Les matches c’est 20 % de mon chiffre d’affaires. Samedi dernier, j’ai dû refuser du monde. Personne ne veut que les matches s’arrêtent ici, pas même les vieux du quartiers qui ont toujours connu la foule des grands soirs. »

Le public du rugby plus cool que celui du foot

« Le soir des matches de rugby, il y a trois mobylettes de gendarmes pour faire la circulation. Le soir des matches de foot, il y a 30 cars de CRS. Tu as compris ! »

Ce que beaucoup pensent tout bas, ce riverain le dit tout haut. Les exemples ne lui manquent pas : la casse, le bruit, les jeux avec les sonnettes, l’hélicoptère qui tourne toute la soirée…

Autour de Chaban, les cœurs ont l’air d’avoir définitivement basculé vers le ballon ovale. Après les matches de Top 14, les bars accueillent les supporteurs des deux équipes sans craindre d’éventuels débordements. On ne jure, à juste titre, que par l’ambiance festive et chaleureuse, à l’intérieur comme à l’extérieur du stade. On parle d’un public girondin qui porte toujours son équipe jusqu’à la victoire, le sixième homme. « Comment ne pas y voir l’évidence et laisser au peuple du rugby son terrain de fête ? »

Pourtant dans un passé pas très lointain, l’Union Bordeaux-Bègles évoluait en Pro D2 sous les yeux d’un public à Musard peu gâté en grandes envolées. Aucun de ceux qui réclament Chaban pour l’Union ne veut entendre parler d’un tel malheur à l’avenir. Tous s’accordent à croire fermement qu’un stade digne de ce nom ne peut que garder son équipe dans l’élite.

Article actualisé le 04/03/2014 à 15h14
L'AUTEUR
Walid Salem
Walid Salem
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