Bordelais, qui est ton candidat PS ? Fais le test !
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Bordelais, qui est ton candidat PS ? Fais le test !

actualisé le 19/03/2014 à 23h14

Feltesse par Mor

Feltesse par Mor

Principal challenger de la « personnalité politique préférée des Français », Alain Juppé, Vincent Feltesse souffre d’un déficit de notoriété. Et toi, ami lecteur, connais-tu le candidat socialiste à la mairie et à la présidence de la CUB ? Portrait-quiz.

A – Vincent Feltesse, candidat socialiste à la mairie de Bordeaux, dit lui-même qu’il est né le 4 avril 1967 :

  1. « L’année de fondation de l’ANPE », pour rappeler son appartenance à une génération précaire, et qu’il risque d’aller à Pôle Emploi le 24 mars.
  2. « L’année du naufrage du pétrolier Torrey Canyon », pour signaler son côté écolo.
  3. « L’année de naissance de Carla Bruni », pour évoquer son amour de la musique.

B – Laquelle de ces tâches le président de la Communauté urbaine de Bordeaux n’a jamais exercée :

  1. Nègre du général Bigeard, tortionnaire en Indochine et en Algérie, dont il a rédigé un volume de ses mémoires, « De la jungle à la Brousse ».
  2. Professeur d’histoire-géo au Vanuatu, des îles sud-ouest de l’océan Pacifique.
  3. Spécialiste des fonds souverains russe et saoudien à CDC International Capital, une filiale de la Caisse des dépôts.

C – Vincent Feltesse découvre Bordeaux en 1994. Il est d’abord séduit par :

  1. Le projet de métro sur pneu de Jacques Chaban-Delmas, un atout pour le développement de la ville.
  2. Les quartiers populaires et cosmopolites de Saint-Pierre et Saint-Michel.
  3. Le jeu des Girondins, époque Zidane-Dugarry-Lizarazu.

D – En 2001, à 33 ans, il est sollicité pour être candidat aux municipales :

  1. A Blanquefort, à la demande de Jean-Pierre Segurel, leader de l’opposition municipale.
  2. A Roquefort, parce que l’ex Bordelais José Bové cherchait un élu sorti d’HEC pour défendre le fromage des Causses à l’OMC.
  3. A Astaffort, chez Francis Cabrel, parce qu’il rêvait d’une ville étrangère, une ville de filles et de jeux, il voulait vivre d’autre manière dans un autre milieu.

E – Depuis son élection en 2007 à la présidence de la CUB, celle-ci a lancé :

  1. Le VCub, la BlueCub et les BatCub
  2. Le pont Bastide-Bacalan (Chaban-Delmas)
  3. Le Pibal et le Grand Stade

F – Soutien du candidat François Hollande dès la primaire socialiste, Vincent Feltesse a joué un rôle déterminant dans la conquête de l’Elysée :

  1. Il a encouragé l’ancien premier secrétaire du PS à faire un régime et à changer de look.
  2. Il lui a glissé la phrase choc du discours clé du Bourget – « Mon adversaire, c’est la finance ».
  3. Il a mené sa campagne numérique et déployé son dispositif de porte-à-porte.

G – Vincent Feltesse a été classé par L’Express comme le plus grand cumulard de Gironde avec :

  1. 3 mandats et fonctions
  2. 7 mandats et fonctions
  3. 26 mandats et fonctions

H – Quand le candidat socialiste s’est-il « converti au costume-cravate » ?

  1. En 1995, lorsqu’il devient conseiller technique de Philippe Madrelle, président du conseil général de Gironde.
  2. En 1997, aux obsèques de Georges Marchais, dont il avait écrit le discours d’hommage pour Daniel Vaillant, ministre des Relations avec le Parlement, et représentant du gouvernement à la cérémonie.
  3. En 2013, pour sa déclaration de candidature à la mairie de Bordeaux.
Vincent Feltesse se surprend lui-même à porter la cravate (Photo Anne Chaput/Rue89 Bordeaux)

Vincent Feltesse se surprend lui-même à porter la cravate (Photo Anne Chaput/Rue89 Bordeaux)

A – Vincent Feltesse, candidat socialiste à la mairie de Bordeaux, aime répéter être né le 4 avril 1967, « l’année de fondation de l’ANPE »

Dans « Demain est aujourd’hui » – non, ce n’est pas le titre d’un mauvais James Bond, mais celui de son autobiographie parue récemment au Bord de l’eau – le candidat PS se confesse.

« N’ayant connu d’autre période historique que celle de la crise et du chômage de masse, j’appartenais de toute façon à la génération précaire ».

Il évoque ainsi son élection à la présidence de la Communauté urbaine, en 2007, que beaucoup imaginaient éphémère. Un septennat plus tard, il pourrait rempiler si la gauche garde la majorité à la CUB. Pas question donc d’aller pointer à Pôle emploi le 24 mars, malgré sa déclaration résignée quant à la conquête du Palais Rohan.

Vincent Feltesse se dit au contraire persuadé qu’il sera maire de Bordeaux, tôt ou tard. Un vrai fatal picard… Cet « homme du Nord », né à Beauvais, a grandi dans les cités ouvrières de l’Oise, puis de Seine-Saint-Denis, ballotté entre des parents séparés, son père à Paris, sa mère à Pantin, puis Saint-Denis.

Raymond Barre, démission

Élevé dans une banlieue rouge et une famille communiste, il fréquente chaque année la fête de l’Huma et s’engage en politique à… 8 ans :

« J’ai fait mon premier journal politique en CE2, avec un édito contre Raymond Barre, j’ai toujours été délégué de classe, j’ai lancé une pétition en CE1 contre le favoritisme d’un élève », racontait-il récemment.

Dans son livre, il se décrit comme « un enfant turbulent, débrouillard et revendicatif ». Ado « tourmenté », « largement livré à lui-même », il enchaîne les petits boulots. Sur le point de décrocher des études, bien que lecteur acharné, il obtient son bac à l’arrache, et intègre dans la foulée une prépa, puis HEC.

B – Le président de la Communauté urbaine de Bordeaux n’a jamais été spécialiste des fonds souverains russe et saoudien à CDC International Capital

Malgré son diplôme d’HEC, le jeune Feltesse n’a pas la bosse du commerce. C’est l’Histoire qui l’intéresse. Petit fils de grand bourgeois réactionnaire, mais engagé dans la Résistance pour la France, d’un côté, arrière petit-fils de révolutionnaires juifs russes émigrés en 1905, de l’autre, le vécu familial fait en effet écho aux évènements du siècle.

Parallèlement à HEC, il fait un DEA d’Histoire à la Sorbonne, et entame une thèse sur le journal de guerre Le crapouillot. Puis il fait en 1993 sa coopération comme enseignant en histoire-géo au Vanuatu, dans l’océan Pacifique. Une expérience qui répond à son goût des voyages : il aurait ainsi visité depuis une bonne partie des pays du globe, et dit s’être déjà rendu six fois au Japon, son pays préféré.

A son retour en France, il accepte une commande « incongrue » : rédiger un volume des mémoires du « para » Bigeard, récit de sa reconversion en politique (et non celui des années sombres des guerres de décolonisation).

En revanche, s’il travaille bien un temps à la Caisse des dépôts et consignation (CDC), en 1992, il n’intègre pas cette entreprise publique (dont la filiale CDC International Capital vient seulement d’être créée). Et il aurait pu faire fortune dans le privé, assène Gilles Savary, député PS de Gironde :

« Vincent Feltesse est d’une génération politique qui compte peu de grands talents, car ceux qui en ont préfèrent s’investir dans la banque ou la finance. On ne peut pas se passer de lui, à Bordeaux comme à Paris, et l’enjeu de cette campagne, c’est qu’il reste président de la CUB. »

Ah bon ? Mais tout le monde dit que Bordeaux restera à droite et la CUB à gauche ?

C – Vincent Feltesse découvre Bordeaux en 1994, séduit par les quartiers populaires et cosmopolites de Saint-Pierre et Saint-Michel

Toujours dans son « récit amoureux de Bordeaux », l’auteur affirme non sans lyrisme avoir « une révélation » lorsqu’il découvre la ville de pierre, étape sur la route de la Corrèze, en 1994. Ses préjugés – « une ville bourgeoise » – sont balayés : malgré « les grilles qui condamnaient alors l’accès au fleuve, les rues encombrées de voitures, les façades noires », le charme opère. « La beauté et l’unité architecturales sautaient aux yeux ».

En descendant vers le Sud, il est séduit par « le Bordeaux plus populaire, authentique, cosmopolite et haut en couleur ». Il adore se perdre dans les rues médiévales de Saint-Pierre, ou celles de Saint-Michel « inattendu coin d’Orient et de Méditerranée ».

Vincent Feltesse découvre aussi les « grands laissés pour compte du renouvellement urbain des années 2000 : Bacalan, Les Aubiers, Le Grand Parc, la Benauge… » et se dit alors frappé par « l’extraordinaire potentiel de cette ville ».

Libre machine

« Sans hésitation », il accepte donc quelques mois plus tard un poste de conseiller technique au conseil général de la Gironde, déjà présidé par Philippe Madrelle.

En charge des Affaires sociales, il doit traiter, en pleine campagne présidentielle de 1995, l’installation de dizaines de tentes de SDF devant l’Hôtel de ville. Et Vincent Feltesse fait à cette occasion la connaissance de Catherine Vignerte, alors étudiante en sociologie, et aujourd’hui sa directrice adjointe de cabinet à la CUB :

« C’est quelqu’un de profondément humain, même si ça ne se voit pas forcément au premier abord parce qu’il a la tête dans les nuages, et que c’est une machine intellectuelle. Ainsi, avant de reloger ces sans-domicile de Pey-Berland, il a d’abord fait prendre la décision d’ouvrir des bâtiments désaffectés pour les héberger, même si ça n’était pas de la compétence du département. Cela montre une certaine audace chez lui, il ne se laisse pas enfermer dans les structures institutionnelles. »

Après la dissolution ratée de 1997, Alain Juppé et Vincent Feltesse se croisent : le Premier ministre, battu, rentre à Bordeaux. Son futur challenger rejoint le cabinet d’un nouveau ministre socialiste, Daniel Vaillant. Mais il retrouve vite la Gironde, appelé par Alain Rousset pour être son chef de cabinet à la région Aquitaine, que la gauche vient de remporter.

D – En 2001, à 33 ans, il est sollicité pour être candidat aux municipales à Blanquefort, à la demande de Jean-Pierre Segurel, leader de l’opposition municipale

Un an avant d’être élu maire de Blanquefort, Vincent Feltesse n’avait pas encore mis les pieds dans cette commune au nord de Bordeaux. Et malgré son expérience auprès du général Bigeard (lire la question B), l’apparatchik du PS n’y a pas été vraiment parachuté : les 11 militants locaux sont venus le chercher à la Région, dont le leader de l’opposition locale, Jean-Pierre Segurel.

« Personne ne donne à Feltesse une seule chance, sauf lui même, souligne le politologue Jean Petaux dans ses Visages et portraits politiques de Gironde. Une jeune pousse en pince pour le paletot de maire ? Il est traité comme dans une étape du Tour de France : on lui laisse tenter sa chance et il sera bien repris dans les vingt derniers kilomètres. Mais il arrive parfois que l’échappée aille au bout. C’est ce qui s’est passé pour Vincent Feltesse qui devient le seul candidat tête de liste en 2001 à faire passer une des vingt-sept villes de la CUB, d’une couleur politique à une autre. »

Le nouveau maire apprend son métier sur le tas. Ses chantiers ? Rénovation du centre-ville, parité, tarification sociale des services publics, hot-spots wifi. Puis lors de son deuxième mandat, le conflit social dans l’usine de boîte de vitesse de Ford, menacée de fermeture. Il fait alors la connaissance du leader CGT, Philippe Poutou, avec lequel il envahit deux fois le salon de l’auto, à Paris.

« Feltesse nous a vraiment aidé dans la lutte, estime le futur candidat (NPA) à la présidentielle et à la mairie de Bordeaux. Il est atypique, et il a un côté sincère pas du tout déplaisant. Après, il y a un problème de logique quand les élus locaux PS accordent sans contrepartie des millions de subventions aux entreprises. »

Les salariés et les collectivités obtiendront le retour de Ford à Blanquefort. Et pour sa ville, Vincent Feltesse trouvera des nouveaux leviers d’action à la CUB, en poussant notamment en faveur du tram-train du Médoc.

E – Depuis son élection à la présidence de la CUB, en 2007, il a lancé le VCub, la BlueCub, les BatCub et le pont Chaban-Delmas

Avec éventuellement les BatCub, les vélos et les voitures en libre-service sont les symboles les plus visibles dans l’espace public des pouvoirs croissants de la CUB, dont le budget de 1,4 milliard d’euros est près de trois fois plus important que celui de la ville centre.

Ces nouveaux modes de transports découlent d’une décision forte de la nouvelle équipe, en 2009 : le retrait à Veolia de la délégation de service public, et la refonte totale du réseau (notamment la fusion des lignes de tram et de bus), sous l’égide de Keolis, le nouvel opérateur de la TBC.

Mais dans son ménage co-gestionnaire avec Alain Juppé, Vincent Feltesse tient à tirer la couverture à lui à propos de certains projets. Il rappelle notamment qu’il a relancé le pont Baba (pardon, Chaban-Delmas), majoritairement financé par la CUB, d’où la guéguerre symbolique entre les deux hommes à l’occasion de son inauguration l’an dernier.

Journée "on a marché sur le pont", peu avant son inauguration (photo Paul Robin/CUB/DR)

Journée « on a marché sur le pont », peu avant son inauguration (photo Paul Robin/CUB/DR)

Il se fait en revanche plus discret sur le Grand Stade, auquel contribue la communauté urbaine malgré l’hostilité d’une bonne partie de la gauche…

« Il y a désaccord avec lui sur ce sujet, reconnaît Clément Rossignol, vice-président (EELV) de la CUB en charge des transports. Mais deux de ses chantiers emblématiques sont des projets écolos, les 50000 logements autour des axes de transports en commun, et les 55000 hectares de nature. On a aussi trouvé un compromis sur la troisième voie de la rocade, qu’on espère réserver aux transports collectifs et au covoiturage. Avec Vincent Feltesse, on sait que les accords sont respectés ».

Terrain miné

Adjointe (Modem) d’Alain Juppé et vice-présidente de la CUB en charge de l’habitat, Véronique Fayet travaille aussi en bonne intelligence avec lui :

« Nous avons la même volonté de développer le logement social, indispensable étant donné la précarisation de la population de la CUB, tout en prouvant que ces bâtiments pouvaient être d’une grande qualité architecturale. Vincent Feltesse a porté ce dossier de façon très volontariste, et c’était pour moi très agréable de travailler avec lui. »

Future retraitée de la vie politique après les élections, Véronique Fayet a un mot pour décrire le bonhomme :

« C’est un intellectuel, il aime lire et se référer à des penseurs. Il prend beaucoup de temps pour réfléchir et consulter, et a peut-être plus de mal à passer à l’action et à trancher dans le vif qu’Alain Juppé. »

La critique est récurrente chez Alain Jupppé et l’opposition de droite à la CUB, qui dénonce le « ministère de la parole » de son président. Mais ce dernier revendique sa méthode, et récuse les allégations sur ses problèmes à déléguer : il s’est entouré à la CUB d’une « Copol », aréopage d’élus proches de leur président, où selon lui « toutes les décisions sont collégiales ».

« Vincent Feltesse a une vraie culture de la concertation, qui s’est manifestée notamment avec le Grenelle des mobilités, juge le président de la région Alain Rousset. Cela peut parfois retarder les décisions. Mais c’est une petite révolution inéluctable dans nos villes : si on ne co-construit pas les projets, on ne réussit pas ».

Pour l’élue Modem de Bordeaux, la lenteur est aussi due à la cogestion de la CUB, qui n’a selon elle guère changée sous l’ère Feltesse :

« La communauté urbaine, c’est terrain miné, il faut beaucoup consulter et s’assurer du soutien de chaque maire, qui veut garder tout son pouvoir. Ils peuvent défendre une position à la CUB, et une autre dans leur ville. On l’a vu sur la question de l’hébergement d’urgence, que nous souhaitions mieux répartir entre les communes. A la CUB, tout le monde était d’accord, mais sur le terrain il ne se passe rien… La CUB va aussi prendre la compétence pour les aires de gens du voyage, je suis curieuse de voir comment cela va évoluer. »

Traduction Français-Feltesse

Pour Jean Peteaux dans ses « Portraits politiques », le bilan de Vincent Feltesse à la CUB parle pour lui :

« Il innove, transforme, manage, invente et fabrique la métropole de 2030. Certains de ses détracteurs disent qu’il “fait le buzz” (…). En fait il s’attelle à tous les dossiers : délégations de service public (transports, eau, assainissement), réorganisation opérationnelle de la CUB en grandes directions géographiques, construction d’une ARENA, franchissement de la Garonne, ligne D du tram, quartier Euratlantique… »

Avis logiquement partagé par Clément Rossignol :

« Vincent Feltesse a une vraie vision de l’agglo, il l’a faite avancer et sortir de l’anonymat dans l’esprit de nos concitoyens. Et j’aime son côté prospectif. Il lance beaucoup de dossiers, il faut suivre… »

A tous les sens du terme, note Catherine Vignerte, sa directrice adjointe de cabinet à la CUB :

« Parfois, on me demande de traduire le Feltesse ! Je lui demande en effet de temps en temps de repréciser ses propos, car il n’explique pas toujours tout exactement à ses collaborateurs. Comme il va très vite intellectuellement, il pense que les autres suivent. Du coup, il peut être impatient, voire cinglant. »

Cette exigence est rapportée par plusieurs membres de son staff, qui peuvent recevoir des mails de travail à 5h00 du matin, et un premier appel à 7h. Un texto « pas mal » a valeur de compliment élogieux.

Vincent Feltesse en est conscient et dit faire des efforts – « J’ai arrêté de finir les phrases à la place des autres ».

S’il est parfois dur avec ses collaborateurs, ça n’enlève rien à son humanité, tempère Catherine Vignerte :

« Il prend toujours des nouvelles des enfants, par exemple, et déplace les réunions le soir ou le mercredi pour ne pas gêner la vie de famille ».

F – Soutien du candidat François Hollande dès la primaire socialiste, Vincent Feltesse a mené sa campagne numérique et déployé son dispositif de porte-à-porte

Vincent Feltesse au meeting du Bourget, pendant la campagne présidentielle de François Hollande (Photo Mathieu Delmestre/flickr/CC)

Vincent Feltesse au meeting du Bourget, pendant la campagne présidentielle de François Hollande (Photo Mathieu Delmestre/flickr/CC)

« Je n’ai rien connu de plus prenant que la campagne présidentielle numérique, qui a duré 15 mois avec 55 personnes sous mes ordres », juge Vincent Feltesse.

Il était secrétaire national adjoint du Parti socialiste aux nouvelles technologies, lorsque François Hollande en était le Premier secrétaire. Quand ce dernier se lance dans la bataille des primaires, Feltesse le suit, comme il le raconte dans « Tomorrow is today » (oups, « Demain est aujourd’hui ») :

« J’appréciais l’homme, avec lequel j’avais une réelle connivence. Il me semblait le plus à même de rassembler des Français que le quinquennat ravageur de Nicolas Sarkozy laissait exsangues (…). Comme lui je préférais aux postures idéologiques les vertus du dialogue social et du partenariat ».

Si dans son livre il en parle au passé, le président de la CUB assure être toujours proche du chef de l’État, qu’il voit régulièrement. Mais il préfère rester discret sur cette relation. Est-ce pour ne pas être atteint par l’impopularité de François Hollande ? Pour ne pas apparaître comme un courtisan en quête de portefeuille ? Mystère.

Smartphone dès potron-minet

Et les nouvelles technologies, me direz-vous ? Le numérique est au cœur du projet du candidat Feltesse. Un peu too much aux yeux de Vincent Maurin, son concurrent du Front de gauche, selon lequel les propositions économiques du PS comme d’Alain Juppé sont trop « darwiniennes » et similaires.

Ce n’est un secret pour personne que Vincent Feltesse est toqué de TIC (technologies de l’information et de la communication). Lors de sa campagne à Blanquefort, il voulait déjà ouvrir son site internet, raconte-t-il dans son récit autobiographique :

« Pour vaincre le scepticisme de mon équipe, je parlais de Google, créé peu de temps auparavant. Personne n’en connaissait l’existence. »

Aujourd’hui, Vincent Feltesse est fan de twitter, et accro aux mails qu’il consulte et envoie depuis son smartphone, dès potron-minet. Un peu trop au goût de son staff…

« Oui, on nous dit souvent qu’il est le nez dans son portable, qu’il ne dit pas bonjour aux gens, signale Matthieu Rouveyre, son porte-parole de campagne. Ils considèrent à tort que c’est un comportement hautain. En réalité, c’est un grand timide, parfois un peu gauche, mais qui a une grande capacité à apprendre et à se remettre en cause. »

Véronique Fayet abonde dans ce sens :

« C’est un point commun avec Alain Juppé, et chacun cache sa timidité comme il peut. En privé, ils sont très à l’aise et accessibles, mais on sent que c’est plus compliqué en terres et groupes inconnus ».

Porte à porte droit dans ses bottes

Son de cloche de Vincent Feltesse :

« Je ne crois pas être froid et distant, comme j’ai pu lire, je pense au contraire avoir de l’empathie pour les gens. Mais j’ai aussi théorisé que pendant une campagne de porte-à-porte, pour être efficace, on ne doit pas passer plus d’un quart d’heure avec quelqu’un. »

Un lecteur de Rue89 Bordeaux, qui a rencontré Vincent Feltesse lors d’un porte à porte, a été surpris de sa visite :

« Elle a duré en tout et pour tout 3 minutes, avec des échanges froids et sans intérêt. Je me suis demandé s’il ne fallait que je l’invite à rentrer pour que cette visite soit plus riche. Car j’ai eu l’impression, malgré son allure détendue plutôt sport chic, qu’il n’y croyait pas, qu’il s’avouait déjà vaincu, que le fait de tomber sur un petit entrepreneur était forcément un vote pour la droite. Ce qui, pour moi, n’est absolument pas le cas. Je me suis enfin dit que Juppé était forcément meilleur à cet exercice après avoir refermé la porte derrière moi. »

A en croire Vincent Feltesse, il n’y a point chez lui de syndrome Juppé cuvée 1995 « droit dans ses bottes », ni d’austérité à la sauce Jospin : « L’armure, je l’ai fendu il y a longtemps, en 2000-2001 pour ma campagne à Blanquefort ». Certains cuirasses mettent parfois du temps à céder.

G – Vincent Feltesse classé plus grand cumulard de Gironde avec 7 mandats et fonctions

« L’Express » a récemment épinglé les élus de France les plus cumulards, en tête desquels se trouvait Michel Delebarre, sénateur-maire PS de Dunkerque, avec 26 mandats et fonctions.

107ème de ce classement sur 1573 élus, Vincent Feltesse était alors le « mieux » classé de Gironde avec 3 mandats électifs – député de la 2e circonscription de Gironde, conseiller municipal de Blanquefort et président de la CUB – et trois fonctions – président de l’agence d’urbanisme de Bordeaux (a’urba), président de la société publique locale La Fabrique métropolitaine, président de la fédération nationale des agences d’urbanisme.

Depuis, l’ancien maire de Blanquefort est aussi devenu président de l’établissement public d’aménagement (EPA) Bordeaux-Euratlantique.

Interrogé par Rue89 Bordeaux, Vincent Feltesse ne voit là aucune malice :

« La présidence de ces fonctions ne découle que de la décomposition des compétences de la CUB. Et ce sont ses élus qui souhaitent que je les représente à Euratlantique pour défendre les intérêts locaux. De toute façon, j’ai toujours fait 4 ou 5 choses en même temps dans ma vie, notamment enseigner à Sciences Po à côté de mes responsabilités politiques. »

Pas question donc de démissionner de son mandat de député s’il est réélu à la CUB, car cela ferait alors l’objet d’une législative partielle périlleuse pour la gauche. Mais le remaniement, qui devrait intervenir après les élections, pourrait résoudre cela : si Michèle Delaunay n’est plus au gouvernement, elle retrouvera automatiquement son siège à l’Assemblée, et renverra son suppléant, Vincent Feltesse, à des affaires strictement locales. Et familiales…

« Mon seul vrai problème de cumul, c’est de concilier mes activités et ma vie de famille, de consacrer du temps à ma femme et mes trois enfants. »

Et à son chien, que Vincent Feltesse sort tous les matins à 6 heures, avant de réveiller la maisonnée.

H – Le candidat socialiste s’est-il « converti au costume-cravate » en 2013, pour sa déclaration de candidature à la mairie de Bordeaux

Pour s’imposer à Bordeaux, Vincent Feltesse a en effet estimé qu’il fallait mettre un peu d’eau dans son vin côté style, que le politologue Jean Petaux décrit ainsi dans ses portraits politiques de Gironde :

« Son scooter beige, son improbable duffel-coat blanc, ses grosses chaussures, ses raclements de gorge, sa chevelure de professeur Nimbus les doigts dans la prise, son mètre quatre-vingt-quinze, ses petits bibelots rapportés du bout du monde trônant dans sa bibliothèque de président de la CUB, n’ont pas fini d’étonner encore. »

Sur Rue89 Bordeaux, un internaute, Pancho, est plus caustique encore :

« Le problème est que Feltesse ne passe pas la rampe [face à Alain Juppé] : il s’exprime mal, a un look Kaurismaki-Deschiens et la voix de Philippe Saint-André, et il ne sait pas vendre son bilan à la CUB. »

Alain Rousset, qui a été le mentor de Vincent Feltesse au département et à la région, tente la synthèse :

« Vincent a un côté brillant et mystérieux, car il est capable de disserter sur tous les sujets mais sans jamais se dévoiler complètement. Il faut surtout qu’il articule mieux sa stratégie et son discours auprès des habitants, que celui-ci soit plus concret ».

Quoi qu’il advienne ce dimanche, 2014 aura été un beau tour de chauffe. Car Vincent Feltesse l’a d’ores et déjà déclaré : « En 2020, je me représenterai. J’en ai la certitude : je serai maire de Bordeaux ».

Il va gagner un jour, donc. Et vous, c’est quoi votre score au Fel-test ?

Résultats du quizz

Vous avez 8 bonnes réponses
Bravo ! Vous avez gagné un coupe-vent jaune fluo, il vous reste 3 jours pour tracter et faire du porte à porte. Attention à ne pas vous faire agresser par des gens qui vous prendraient pour des éboueurs en grève.

Vous avez plus de 4 bonnes réponses
Pas mal. Vous suivez un minimum la vie et l’œuvre de Vincent Feltesse. Replongez vous toutefois dès que possible dans « Demain est aujourd’hui » (non, Daniel Craig ne joue pas dedans).

Vous avez moins de 4 bonnes réponses
Bof. Votre lecture de l’actualité bordelaise se limite aux unes des hebdomadaires nationaux. Abonnez-vous à Rue89 Bordeaux. Ah non, mince, c’est gratuit.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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