Bordeaux, capitale du partage ? SamBoat lève les voiles (1/4)
Economie 

Bordeaux, capitale du partage ? SamBoat lève les voiles (1/4)

Nicolas Cargou et Laurent Calando, cofondateurs de Samboat (DR)

Nicolas Cargou et Laurent Calando, cofondateurs de Samboat (DR)

Depuis le printemps dernier, un site de location de bateaux entre particuliers est en ligne : SamBoat.fr. Ses deux créateurs sont Bordelais et viennent de recevoir le prix Wizbii dans la catégorie Espoir. Rencontres avec des utilisateurs du site, entre qui le courant a l’air de bien passer.

Partager peut rapporter. Dans la roue de BlaBlaCar (covoiturage), de Drivy ou Citiz (autopartage) ou AirBnB (location de logements), une myriade de sociétés surfent sur les échanges entre particuliers. Or bon nombre de ces jeunes pousses ont éclos à Bordeaux, pour beaucoup dans le giron d’une même pépinière, l’Auberge Numérique.

C’est le cas de Switcharound (échange et sous-location de logements étudiants), Jelouemoncampingcar (devinez de quoi il s’agit), Jestocke (garde meuble), ou de la dernière née, SamBoat (bateaux). Tour d’horizon de ces services, que leurs utilisateurs jugent souvent moins cher, plus pratiques et plus conviviaux que ceux de professionnels. Mais qui sont encore à la recherche de leur équilibre économique… Aujourd’hui, SamBoat.

Le prix Wizbii

Le réseau social professionnel pour les étudiants et les jeunes diplômés Wizbii s’est associé avec le fonds de dotation étudiant Jeunes Pousses pour lancé le Prix Wizbii et aider les entrepreneurs dans la réalisation de leurs projets. Le critère de sélection est la réponse à la question : 3000 euros, j’en ferais quoi ?

La jeune entreprise bordelaise, SamBoat, a remporté le Prix Espoir, doté de 1000 euros. Voici comment…

La consommation collaborative : un nouvel état d’esprit

Mise à l’eau en avril, la plateforme de SamBoat accueille déjà près de 300 bateaux, que leurs propriétaires louent entre 70 euros et 4000 euros la journée…

« 4000, c’est pour un yacht de 31 mètres avec son équipage, sourit Laurent Calando, cofondateur de SamBoat. En moyenne, on est plutôt entre 100 et 200 euros par jour pour des zodiacs, ce qui revient 30% moins cher qu’une location chez un professionnel. Mais cela plaît à des gens qui ne sont pas forcément dans le besoin, et mêmes aux plus conservateurs des plaisanciers. Avec la crise, la consommation collaborative prend de l’ampleur, mais ce n’est pas une mode, c’est un changement d’état d’esprit. »

Un point de vue conforté par quelques utilisateurs de SamBoat, dont le tiers se trouvent sur le Bassin d’Arcachon :

« Je me posais des questions par rapport à mon bateau, et l’idée de partager quelque chose qu’on utilise très peu m’a beaucoup plu, souligne Philippe, un bordelais de 55 ans. C’est sécurisant, car le paiement et la caution se font en ligne, et les assurances sont comprises dans la transaction. Ils proposent de relayer le propriétaire s’il ne peut être présent au départ et à l’arrivée du bateau. Et c’est financièrement intéressant – j’ai fait 6 ou 7 locations cet été, à 200 euros par jour. Si ce n’est pas une source de profits, cela couvre les charges de mon bateau, c’est déjà pas mal. Et puis on rencontre des gens avec qui c’est vachement sympa de discuter. »

Beacher, lors de la sortie sur le bassin d'Arcachon organisée par SamBoat (DR)

Un beacher, lors de la sortie sur le bassin d’Arcachon organisée par SamBoat (DR)

Un contact sûr et convivial entre les particuliers

Entre la place au port, l’assurance, l’entretien… le coût annuel moyen s’élève à 3000 euros pour un bateau inutilisé 97% du temps. Mais il est vrai que les plaisanciers ne sont pas les plus dans le besoin.

« Moi c’est partager une expérience avec les gens qui me plaît, renchérit Pierre, 66 ans, propriétaire d’un beacher sur le Bassin. C’est toujours enrichissant de les accueillir, et de les revoir le soir, ravis de leur journée. Lors de la mise en contact par le site, on a le téléphone du futur locataire, et on peut échanger tout de suite. On peut ainsi juger la maturité de la personne, si elle a déjà navigué, si elle connaît les lieux. Cela permet de prendre confiance, car c’est toujours délicat de louer son bateau, on n’a pas envie qu’il rentre dans un parc à huîtres ! Si le courant ne passe pas, je dis non, je ne suis pas un loueur professionnel. »

Pierre a ainsi refusé 6 fois de louer son beacher – ce bateau fabriqué sur et pour le Bassin d’Arcachon – pour un échange conclu avec Philippe, un Lyonnais de 51 ans, qui passe tous ses étés sur le Bassin. Lui aussi se dit conquis :

« Pour attendre que la météo soit bonne, on réservait d’habitude notre bateau à la dernière minute. Mais du coup il n’y avait rien qui me convenait chez un professionnel. On est tombé sur le site de Samboat, et ça s’est passé de façon très conviviale avec le propriétaire. C’est un petit peu moins cher qu’un loueur privé – on aurait payé 500 euros, contre 423 via SamBoat – mais surtout cela élargit le champ des possibles, car l’offre est limitée à Arcachon et au Cap Ferret. Je trouve juste que l’organisation du site web pour les réservations n’est pas très intuitive. »

SamBoat cherche son rythme de croisière

Depuis son lancement, SamBoat a enregistré une centaine de transactions. 15% sont prélevés sur chacune d’entre elle, répartis entre le propriétaire (3%) et le locataire (12%). Il faudra un volume plus conséquent pour rester à flot, or le site bordelais ne navigue pas en solitaire. Deux autres sociétés françaises, SailSharing et Boaterfly, se sont lancées récemment sur un marché dominé par les américains MyDayBoat ou GetMyBoat.

Mais les Girondins sont confiants, car il y a des places à prendre au soleil. En France, il y a d’un côté 800 000 propriétaires, dont seulement 500 000 naviguent, et de l’autre des amateurs qui n’ont pas l’envie ou les moyens d’acheter un esquif, puis de trouver un port d’attache.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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