La chaussure made in France reprend pied à Blanquefort
Economie 

La chaussure made in France reprend pied à Blanquefort

actualisé le 10/10/2014 à 11h06

A l'Atelier du Chalet Aquitain, 7 salariés travaillent entre la boutique et l'atelier (Photo SB/Rue89 Bordeaux)

A l’Atelier du Chalet Aquitain, 7 salariés travaillent entre la boutique et l’atelier (Photo SB/Rue89 Bordeaux)

Suite au départ de Mod’8 de Blanquefort, près de Bordeaux, des anciens salariés tentent de relancer la production de chaussures pour enfants. Leur nouvelle marque, L’Atelier du Chalet Aquitain, est l’une des deux dernières fabriquant en France. Mais le pari est délicat à relever.

Il y a un an, 94 salariés travaillaient encore chez Mod’8/Aster, dans l’atelier de chaussures et le magasin d’usine de Blanquefort. Aujourd’hui, ils ne sont plus que 7 à pied d’œuvre, au four et au moulin, de la conception des nouveaux modèles à la vente aux clients. Et ces derniers sont nombreux à venir voir la résurrection de la boutique, référence girondine de la chaussure pour enfant.

« C’est le pied ! Ça nous ravit que vous soyez toujours en vie ! », lâche en souriant une fidèle de Mod’8.

C’est en effet déjà un petit miracle. Car le groupe Royer, également propriétaire de Kickers, voulait liquider ce site : leader européen de la godasse écoulée en grande distribution, il avait racheté 4 ans plus tôt Mod’8, une griffe de luxe fondée à Bordeaux en 1936.

Malgré le licenciement de 80 personnes, des salariés se sont battus pour le maintien de l’activité à Blanquefort – des quadras et cinquantenaires qui auraient eu quelques difficultés à retrouver un emploi où à partir en reclassement à Cholet, un autre site de Royer. Et garder ainsi la fabrication de chaussures pour enfants en France, où seule la marque Bellamy produit encore.

Garder le savoir-faire

Sous un nouveau nom, l’Atelier du Chalet Aquitain, la fabrication et la vente de chaussures est finalement reprise par deux cadres de Mod’8 : Marli Marchyllie, ancienne directrice commerciale (et déléguée syndicale CFE CGC) et Dominique Laboureau, son ancien directeur technique.

« Tout le monde s’est mobilisé pour ne pas laisser partir ce savoir-faire », rappelle la copropriétaire du Chalet.

Elle salue notamment l’intervention des collectivités locales – mairie de Blanquefort, Conseil général –, mais aussi le Conseil régional, qui a accordé une aide de 100000 euros. Un soutien important dans une ville dont l’usine Ford vit également avec une épée de Damoclès sur la tête.

En fait de savoir-faire, les Mod’8 à Blanquefort ne fabriquaient plus que des échantillons, des prototypes et des petites séries. La production de masse avait été délocalisée au Maroc et en Inde.

L’impossible 100% français

Aujourd’hui, le Chalet sous-traite toujours la tige (dessus de la chaussure), et l’assemblage, mais plus près – Maroc, Portugal et Espagne –, pour contrôler la qualité, l’hygiène et les conditions de travail des salariés. Cela permet aussi de maintenir un prix correct – autour de 65 euros la paire pour ses nouveaux modèles d’hiver, et des prix démarrant à 20 euros pour les fins de série.

« Entre une sous-traitance en Europe et une fabrication 100% made in France, les prix vont du simple au double, et du simple au triple par rapport au Maghreb », estime Dominique Laboureau, qui préfère ne pas comparer avec l’Asie, « c’est impossible car on doit négocier là-bas tous les composants. Et puis nos volumes – une trentaine de paires par couleur –, sont ingérables en Chine ou en Inde. Mais il y a beaucoup de choses à faire avant d »économiser sur la main d’œuvre : trouver des fournisseurs qui font de meilleurs prix sur les matières premières, notamment les cuirs, très chers ; utiliser les emporte-pièces sur plusieurs modèles… »

Officiellement, l’objectif est de rapatrier toute la production. Mais ce ne sera jamais du 100% français, poursuit Dominique Laboureau :

« Il n’y a plus de tanneries en France. Le cuir, et même les semelles, sont italiennes et espagnoles ; et on importe des pays de l’Est la croute de porc pour la doublure. »

Objectif : 15 salariés

L’Atelier du Chalet Aquitain ne compte pas recréer toute une filière, mais se satisfera de maintenir les compétences de la fabrication de chaussure à Blanquefort, où la société envisage d’animer un centre de formation en apprentissage. Dans un premier temps, l’Atelier serait déjà satisfait de redonner du travail à 15 salariés, tous ex de Mod’8, son objectif affiché.

L’enthousiasme des clients pour ses chaussures, écoulées en vente directe sur place, peut lui donner quelques espoirs.

« C’est aussi bien qu’avant, et ils ont renouvelé les couleurs et modernisé les modèles, se réjouit Cécile, 32 ans, venue de l’Entre-Deux-Mers. 65 euros la paire soldée, cela reste cher, mais on est sûr d’avoir de la qualité, et c’est important que les enfants soient bien chaussés. En plus avec une chaussure française ! »

Martine, habitante de Blanquefort, est passée trois fois depuis le 18 mars dans la boutique :

« Une entreprise qui arrive à redémarrer ici, il faut la soutenir ! J’espère qu’elle pourra survivre. »

Après avoir réalisé 36 modèles en cuir cet été, l’Atelier va prochainement en recevoir une quarantaine pour l’hiver. Objectif : bien négocier un moment capital dans la chaussure pour enfants, la rentrée des classes.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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