A Marmande, la tomate fait la belle en été
Economie 

A Marmande, la tomate fait la belle en été

actualisé le 03/09/2015 à 16h57

Les Chevaliers de la confrérie de la Pomme d'amour à Marmande (Pierre Lavergne/Mairie de Marmande)

Les Chevaliers de la confrérie de la Pomme d’amour à Marmande (Pierre Lavergne/Mairie de Marmande)

Les 9 et 10 août, la tomate est à l’honneur à Marmande. « La tomate à la Belle Époque » fête le fruit qui a fait les beaux jours de la cité lot-et-garonnaise. L’occasion de faire connaissance avec la diva de l’été.

A Marmande, la tomate est une star. Elle a sa fête, sa légende et sa statue dans le jardin de l’Hôtel de Ville.

« La tomate à la Belle Époque » est une fête née après la fusion de celle autrefois appelée « Tomato fiesta » et une autre appelée « Marmande à la Belle Époque ». Elle est organisée par la Ville de Marmande, l’association l’Etoile d’Argent et le Cyclo Club Marmandais.

Jusqu’en 2000, cette manifestation était organisée par les producteurs. Après des crises successives, bon nombre d’entre eux ont disparu. Mais à la mairie de Marmande, la fête de la tomate est une fête majeure pour la ville qui veut défendre son statut de « capitale de la tomate ». Sylvie de Lamarlière, l’adjointe du maire à l’animation, reprend en charge la coordination de l’événement :

« La tomate fait partie de notre histoire. Lui rendre hommage est tout d’abord l’occasion d’offrir à celle qui a fait les beaux jours de Marmande un événement festif. 5000 personnes sont au rendez-vous chaque année, nos commerçants sont enchantés et la ville offre à tous les producteurs l’occasion de faire connaître, non seulement la tomate, mais tous les fruits et légumes de la région. »

En effet, le réseau de vente « Les Fermes de Garonne » s’occupera des repas proposés durant le week end et faits avec les produits locaux. Parallèlement, et au regard de la tradition cycliste de la ville, est organisée le 62e Grand prix cycliste de la… tomate.

Mais bien avant d’avoir sa fête et sa course, la tomate doit son succès à Marmande à une bonne et une mauvaise nouvelle.

Au lendemain des ravages de la vigne et de l’arrivée du train

Un peu après l’arrivée du train dans la deuxième moitié du XIXe siècle, arrive en effet de son côté le phylloxera, en 1863. Il ravage une économie locale qui repose sur le vin et signe un des plus grands désastres qu’a connu le vignoble.

Suite à cette crise et à la faveur des premiers comices agricoles, les puissants mandataires de Bordeaux encouragent la culture de la « pomme d’amour » – appelée aussi la « pomme d’or » – pour fournir les halles de Paris ou de Londres. La tomate se développe alors dans la riche plaine de la Garonne, du côté de Tonneins et de Marmande.

Le succès est immédiat. Marmande et les alentours se couvrent de pieds de tomates « Merveille des Marchés » ou « Pondorosa ». Selon les travaux du chercheur local André Silvestro, c’est un horticulteur marmandais, Pierre Gautriaud, qui a l’idée de percher les pieds tomates sur un tuteur. On abandonne ainsi la culture rampante. La production s’en trouve plus abondante et la tomate de qualité supérieure. La main d’œuvre étrangère afflue d’Espagne et d’Italie. Le fruit s’impose comme le meilleur des légumes…

Le 9 et le 10 août, c'est la fête de toutes les tomates à Marmande (Pierre Lavergne/Mairie de Marmande)

Le 9 et le 10 août, c’est la fête de toutes les tomates à Marmande (Pierre Lavergne/Mairie de Marmande)

Ne pas confondre la tomate de Marmande et la variété Marmande

A Marmande, on cultive toutes les tomates : les jaunes, les rouges, les noires, les rondes, les allongées, les plates… tout comme on cultive bien d’autres légumes.

Ce fruit qui vient tout droit d’Amérique du Sud a trouvé ici une terre d’accueil avant de donner naissance à une variété, la Marmande, obtenue par un croisement de trois autres : la Merveille des Marchés, la Pondorosa et la Mikado écarlate. Elle est vigoureuse, de taille moyenne, plate et côtelée. Sa chair est consistante et très parfumée avec des notes sucrées.

Comme toutes les tomates, elle doit être conservée à température ambiante. Un séjour au réfrigérateur lui « casse » son travail de maturité.

Une légende montée de toute pièce

A Marmande, il fallait bien une histoire pour donner à la tomate une dimension mythique. C’est un ancien secrétaire de mairie qui s’y colle : Jean Condou trouve le conte parfait, fait d’une histoire d’amour, de voyages, et d’un héros modeste épris d’une jeune femme bourgeoise.

Ferline et la pomme d'amour ont une statue en bronze dans le jardin de l'Hôtel de Ville (DR).

Ferline et la pomme d’amour ont une statue en bronze dans le jardin de l’Hôtel de Ville (DR).

Il était donc une fois, une jeune et riche marmandaise, Ferline Giraudeau, dont la beauté était telle qu’une foule de prétendants se pressaient à ses pieds. Mais la belle ne trouvait jamais son homme au grand désespoir de son père.

Issu d’une famille modeste, Peyrot Bory, est trop timide pour avouer son amour. Il embarqua à Bordeaux sur un navire partant pour les îles, les Antilles et la Nouvelle Grenade. Ses voyages n’entamèrent nullement son amour et ne lui firent jamais oublier la belle Ferline.

De retour au bercail, il emporta des graines plates qu’il s’empressa de semer dans son jardin. L’été venu, apparurent de gros et ronds fruits rouges. Peyrot en déposa régulièrement à la fenêtre de la belle Ferline sans jamais se faire connaître… Jusqu’au jour où elle le surprit et lui demanda :

« Dis-moi, ami, comment s’appelle donc ce fruit délicieux que tu m’apportes chaque jour ? ». Peyrot répondit : « Lorsque j’étais aux Amériques, les Indiens l’appelaient la “tomate”, mais moi je l’appelle “Ferline” en souvenir de toi, tant elle est belle ! ». « Eh bien, lui dit-elle en se jetant dans ses bras, à partir d’aujourd’hui, nous l’appellerons “la pomme d’amour” ».

José Bové et la tomate marocaine

Il y a deux ans, le député européen José Bové était le rapporteur de l’accord de libre-échange entre l’UE et le Maroc. Cet accord régissait les prix et les volumes de fruits et légumes importés, notamment la tomate. Depuis, il a rédigé (avec un autre député européen UMP Michel Dantin) les actes délégués de la nouvelle politique agricole de l’Union Européenne qui a été entériné au Parlement en avril dernier.

Ces actes remettent en cause les accords passés entre l’UE et le Maroc. Ils n’ont pas manqué de déclencher une polémique sur les importations de tomates du Maroc :

« 75 % des tomates marocaines, à savoir les domaines du Roi du Maroc et les sociétés Azura et Ydil, appartient à trois sociétés dont deux ont leur siège en France. Ces entreprises de la tomate industrielle embauchent des ouvriers agricoles marocains payés 5 euros de l’heure. Tout cela au détriment des petits producteurs marocains, il faut le souligner, et des petits producteurs européens. La nouvelle PAC va rééquilibrer ce système en modifiant les prix d’entrée et permettre de développer les productions européennes ».

La tomate prend un coup

Si le beau fruit à la forme symbole de perfection et à la couleur signe de passion a fait rêver toute la plaine de la Garonne, l’économie de la tomate se porte mal. Les années se suivent et les affaires ne s’arrangent pas.

La consommation par habitant de l’Hexagone est de 14 kilos par an. Ce qui fait de la tomate le produit chouchou des Français après la pomme de terre. Les besoins du pays avoisinent ainsi les 900 000 tonnes, pour une production française de 500 000 tonnes.

Comment combler la différence ? Explications de Maxime Laclaverie, de la SAS Rougeline :

« Cela se traduit par des importations en provenance du Maroc et de l’Espagne pour la contre-saison majoritairement (octobre à mars) et de Belgique et Hollande pour la saison. Depuis une dizaine d’années, la période d’importation de tomates en provenance du Maroc et de l’Espagne n’a cessé de s’étendre. Aujourd’hui, les importations ont lieu 12 mois sur 12, notamment en tomates cerises. »

Parmi les tomates qui envahissent les magasins et les supermarchés, la tomate marocaine (voir encadré), et en particulier la tomate cerise, est pointée du doigt :

« Après une année difficile en 2013, 2014 s’annonce compliquée. Depuis quelques jours le marché est déclaré en crise, les prix s’effondrent », constate Maxime Laclaverie.

Les producteurs locaux voient rouge

Rougeline, ou « Les Paysans de Rougeline », est partenaire de La Fête de la tomate à Marmande. La société a son siège social à Marmande et regroupe, parmi les 160 producteurs qu’elle réunit, beaucoup de producteurs marmandais.

« Le bon goût de la tomate dépend du savoir-faire du producteur, des conditions de culture, de la cueillette à maturité et du temps de transport ; d’où l’intérêt de consommer des tomates de productions locales car le transport est moins long. Surtout que la tomate doit être bien conduite avec juste nécessité et cueillie à maturité optimale », précise Maxime Laclaverie.

Rougeline est une structure de commercialisation détenue par ses propres producteurs de fruits et légumes du Sud de la France, et plus précisément d’Aquitaine, de Provence et du Roussillon. Elle défend depuis 20 ans la production locale qui doit répondre à un cahier des charges très stricte. Elle encourage la pratique de la protection biologique intégrée, la consommation d’eau réduite, la fertilisation maîtrisée, la gestion de l’énergie et des déchets… dans le cadre d’une certification GlobalGap.

Sur les étales, ses productions sont reconnaissables avec la mention « C’est d’ici », en réponse à une tomate qui traverse l’Europe en camion dans l’espoir de rougir dans les containers sur la route.

ALLER PLUS LOIN

Le site de Tomates de France

Le programme de la fête de la tomate sur le site de la mairie de Marmande

L'AUTEUR
Walid Salem
Co-fondateur de Rue89 Bordeaux et directeur de la publication

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