Georges Rousse : « La Base sous-marine est une cathédrale »
Culture 

Georges Rousse : « La Base sous-marine est une cathédrale »

actualisé le 17/01/2015 à 16h10

Georges Rousse à la Base sous marine (WS/Rue89 Bordeaux)

Georges Rousse à la Base sous marine (WS/Rue89 Bordeaux)

À partir d’aujourd’hui samedi 13 septembre et jusqu’au dimanche 14 décembre, la Base sous-marine accueille un grand nom de la photographie : Georges Rousse. L’artiste a retrouvé dans ce vestige imposant de la Seconde Guerre mondiale ce qui l’a mené sur le chemin de l’art. Entretien.

Georges Rousse est un artiste que l’on ne présente plus. Il a marqué la création contemporaine française dès les années 1980 et a connu rapidement les plus grands musées dont le CAPC à Bordeaux en 1983. Ses interventions sur l’architecture en ruine où se mêlent l’espace et le temps ont posé les jalons d’un land art urbain. Son art a inspiré toute une génération et son outil, l’anamorphose, s’est associé à ses créations avec une dextérité déroutante.

D’abord étudiant en médecine, Georges Rousse délaisse ses études pour créer son studio de photographie d’architecture. « J’ai voulu être photographe depuis mon plus jeune âge », dit-il avec une évidence indiscutable. Sa passion le conduit sur les traces des grands maîtres américains de la photo de paysage et d’architecture.

Pour son exposition à la Base sous-marine de Bordeaux, et peu avant le vernissage en présence d’Alain Juppé, Georges Rousse dévoile son rapport avec le lieu, discrètement entamé dix ans plus tôt.

Rue89 Bordeaux : À quelques exceptions près, vous travaillez essentiellement dans les lieux abandonnés. On ajoute à cela que vous avez grandi avec les traces de la Seconde Guerre mondiale, il paraît alors évident que la Base sous-marine est un lieu idéal pour vous.

Georges Rousse : C’est exact. J’ajouterai même que, mon père ayant été militaire, nous avons toujours vécu dans des villes de garnisons. Après ma naissance à Paris, après-guerre, mon père a été muté en Allemagne où on a vécu dans un pays en reconstruction, avec des stigmates de la guerre.

Un autre événement est venu marquer mon enfance : en face de chez nous, un bâtiment a pris feu et j’ai assisté à ce brasier qui m’a littéralement fasciné. Jeune, j’ai acheté un appareil photo et je me suis mis à photographier des lieux marqués par la guerre et la ruine, avec des impacts de balles et des graffitis.

J’ai connu la Base sous-marine comme un centre d’art il y a dix ans. Lors de mon premier passage à Bordeaux en 1983 pour une exposition au CAPC, personne ne m’en a parlé. Alors quand je l’ai découverte, j’ai pensé au livre de Paul Virilio, « Bunker archéologie » et j’ai visualisé ce que j’ai lu. La Base sous-marine est apparue comme une cathédrale, une cathédrale d’un autre type.

Comment vous êtes-vous projeté dans ce lieu ? Comment avez-vous pensé vos installations, par exemple ?

J’ai été impressionné par les dimensions de l’espace, avec des murs qui font 11 mètres de haut. C’est un problème pour mon travail. C’est gigantesque !

J’ai été invité récemment par le Musée d’Art Contemporain (MAC) de Santiago au Chili pour faire une installation. Or, beaucoup plus tôt, avant le départ de Pinochet, j’ai eu l’occasion de visiter ce pays où j’avais rencontré un artiste qui m’a proposé d’aller à Valparaiso pour découvrir un groupe d’architectes qui avaient acheté une dune et expérimenté un concept, poésie et architecture, avec des éléments de récupération sur la plage. Il se trouve que ces gens habitaient là pour échapper au système policier.

Pour cette invitation au MAC, et avant de découvrir l’intérieur du musée, j’ai voulu retourner à Valparaiso et revoir cet endroit. Arrivé sur place, j’ai éprouvé une émotion terrible : au lieu des cinq maisons de l’époque, il y en avait quatorze. Les fondateurs de la communauté étaient morts et étaient enterrés derrière dans un cimetière créé dans la nature.

Le lendemain, quand je suis arrivé au MAC, j’ai découvert un lieu gigantesque, avec un style néoclassique et 30 mètres sous verrière. Je me suis retrouvé paralysé par tant d’espace. J’ai alors proposé de construire une maison de Valparaiso à l’identique, une maison de style post constructiviste,  une construction éphémère dans laquelle j’ai pu installer mon travail. L’idée était de réduire l’espace et surtout de rendre hommage à cette communauté.

Entre Bordeaux et Valparaiso, j’ai découvert des similitudes, les deux villes sont ouvertes sur le monde. J’ai alors proposé cette baraque, l’emmener ici, dans la Base sous-marine, un peu comme un souvenir de voyage. Mais hélas, il n’y avait pas les moyens et on s’est contenté de la projection du film dans une des salles à l’étage.

Mais, dans le même esprit, un travail a été réalisé d’une autre manière : j’ai fait une installation avec la reconstruction d’un bunker de la façade atlantique. Sa visite est accompagnée d’une bande-son réalisée par ma fille qui mélange les bruits de la mer et des messages de l’époque de la guerre.

Vous travaillez vos œuvres avec la technique de l’anamorphose que vous rejetez aussitôt en prenant votre installation en photo dans l’axe. L’anamorphose disparaît. Vous avez déclaré qu’elle n’est rien d’autre qu’un simple outil visuel. Pourquoi avez-vous voulu, en plus de l’exposition de vos photographies, réaliser ces trois installations ?

J’ai rejeté le mot anamorphose pendant longtemps. Ça suppose un mouvement dans l’espace. Or, pendant 15 ans, j’ai travaillé tout seul dans les lieux abandonnés. Les spectateurs ne pouvaient pas y accéder ! Donc je rapportais des photographies et leur lecture était parfaitement juste. Jusqu’à 1990, les gens comprenaient qu’il s’agissait de la transformation de l’espace.

Après, il y a le choc de l’informatique. Certains imaginaient que c’était un simple travail réalisé grâce à un logiciel comme Photoshop. Je voulais certes transformer l’espace mais pas l’image de l’espace. Cette mauvaise lecture de mon travail m’a perturbé. J’ai alors associé mes dessins préparatoires à mes expositions et après j’ai fait des installations in situ pour gommer l’idée d’une manipulation.

Cet apport est purement didactique. Tout d’un coup j’ai découvert un public à qui il faut rendre des comptes !

L'AUTEUR
Walid Salem
Walid Salem
Co-fondateur de Rue89 Bordeaux et directeur de la publication

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