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Hamid Ben Mahi refait le printemps arabe à Novart
Culture 

Hamid Ben Mahi refait le printemps arabe à Novart

par Walid Salem.
Publié le 20 novembre 2014.
Imprimé le 07 décembre 2021 à 13:44
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Hamid Ben Mahi de la compagnie Hors Série (©Pierre Planchenault)

Hamid Ben Mahi de la compagnie Hors Série (©Pierre Planchenault)

Chorégraphe et danseur bordelais, Hamid Ben Mahi présente au TnBA sa nouvelle création du 21 au 29 novembre, dans le cadre de Novart. « La Hogra », co-écrite avec Hedi Tillette de Clermont Tonnerre, est une tranche de vie qui dénonce l’humiliation et l’oppression subies par des populations dans certains pays arabes. Entretien.

C’est l’histoire d’une famille où la violence est nourrie par le mépris, par « La Hogra ». Il suffit d’une étincelle pour que les vexations quotidiennes dans les relations fils-père, frère-sœur, ainé-cadet… explosent et conduisent à une violence destructrice. Dans ces relations intimes mêlées à l’oppression se dessinent les rapports entre les puissants et leurs peuples dans le monde arabe. Hamid Ben Mahi explore ainsi une nouvelle fois ses origines.

De quelles douleurs a surgi le printemps arabe ? A quel point la soumission bascule vers la révolte ? Quel sens prend cette dernière lorsqu’elle conduit à des déceptions inéluctables ? La création de Hamid Ben Mahi, co-écrite avec Hedi Tillette de Clermont Tonnerre, tente de répondre à travers une écriture où la danse se mêle au théâtre et à la musique pour libérer le corps de ses limites.

Hamid Ben Mahi est né à Bordeaux. Il découvre tardivement l’Algérie, pays d’origine de ses parents. Il vient à la danse par la culture hip-hop et entre au Conservatoire national de région de Bordeaux pour faire du jazz. Il fréquente ensuite l’école de danse Rosella Hightower pour découvrir la danse classique puis, en 1998, prend des cours au sein de l’école de Alvin Ailey à New York.

Après avoir travaillé avec des chorégraphes de renom, il crée la compagnie Hors Série en 2000. Ses créations dénoncent la ségrégation, les conditions des sans-papiers en Europe et l’histoire franco-algérienne. Sur ce dernier thème, il avait eu carte blanche pour un spectacle au Rocher de Palmer lors de l’édition précédente de Novart, dont il fut l’artiste associé.

Rue89 Bordeaux : Vous avez toujours associé d’autres disciplines à la danse dans vos créations. Pour « La Hogra », qu’avez vous envisagé ?

Hamid Ben Mahi : J’aime bien provoquer un débat artistique autour d’une thématique, constituer une tribu pour réfléchir. C’est un processus de création. Pour « La Hogra », j’ai réuni une communauté d’artistes pluridisciplinaires, des artistes venant de la musique, du cirque, du théâtre et de la vidéo.

Il y a d’abord eu cette volonté de partager l’écriture avec un dramaturge, Hedi Tillette de Clermont Tonnerre. Il a apporté une dimension théâtrale, portée également par la collaboration avec Kheireddine Lardjam, metteur en scène algérien, qui travaille déjà sur le rapport au corps. Il me nourrit de son histoire puisqu’il vient d’Algérie et apporte aussi sa manière de chercher et d’inventer des personnages.

J’avais besoin d’avoir des gens qui viennent avec leur univers, et de travailler avec des corps qui ne sont pas forcément ceux de danseurs. Avec la présence de Camel Zekri, un autre savoir-faire permet de donner une nouvelle expression à l’univers de la danse. Tous ces intervenants constituent une passerelle qui apporte énormément à l’équipe.

« J’ai une histoire à rattraper »

Vous êtes né en France de parents algériens et vous vivez en France. Quel est votre rapport à l’Algérie ?

J’ai tout à découvrir. Je suis issu d’une génération qu’on a montré du doigt. On sentait en grandissant qu’on avait un problème ; un problème avec le pays où on vit, un problème avec l’histoire coloniale. A un certain âge, j’ai eu besoin de comprendre. J’ai eu besoin de retourner en Algérie, 27 ans après mon premier voyage à l’âge de 5 ans. C’est important pour moi de découvrir et connaître le monde arabe. Avec mes tournées, j’ai aussi pu connaître l’Égypte, le Liban, la Jordanie, la Palestine… J’ai une histoire à rattraper, à connaître et à comprendre.

Je suis à la fois Français et Arabe. Je défends à la fois ma culture française et mon arabité. Je suis riche des deux. J’ai une double nationalité dans tous les sens du terme.

Entre ces deux cultures, j’ai découvert des liens ambigües. Par la danse, j’ai eu besoin alors de m’interroger sur le colonialisme et sur l’histoire des mes parents.

Ces dernières années, j’ai été touché par le printemps arabe où on montrait les gens qui manifestaient sans jamais expliquer qui ils étaient. Avec « La Hogra », j’ai voulu raconter l’avant des soulèvement, c’est-à-dire l’oppression, l’humiliation… J’ai fait un focus sur une famille. J’ai pu développer toutes les questions sociales : la place de la femme, la place du religieux, la place du jeune qui veut quitter son pays, la place de l’homosexualité… Tous ces thèmes difficiles quand on est prisonnier d’un système.

Que pensez-vous alors de l’après printemps arabe ?

Dans les soulèvements des peuples, il y avait une jeunesse qui avait envie de s’émanciper, qui avait soif de changement et qui a montré qu’elle pouvait le faire. Le printemps arabe est passé comme s’il n’avait pas été compris. Il n’était pas prévu, on est vite passé à autre chose. Le monde arabe est toujours aussi méconnu. Dans l’actualité, on est passé depuis à un islam extrémiste et on est de nouveau montré du doigt.

Je ne suis pas un spécialiste du monde arabe, j’aborde ces questions d’un point de vue artistique. Je creuse là-dedans parce que j’ai besoin de connaître cette histoire, j’ai besoin de mieux comprendre ma place. En tant que chorégraphe, j’ai aussi besoin d’emmener du sens à mon travail sur scène.

« S’il n’y a avait pas de sens, je ne ferai pas de la danse »

Vous avez aussi instauré, à travers le hip-hop, des échanges dans les quartiers à Floirac où vous étiez installé avec votre compagnie. Pouvez-vous nous en parler ?

Je viens d’un milieu difficile. Même quand je travaille avec des milieux difficiles, c’est pour rencontrer du monde. Je ne fais pas du social, j’essaie d’emmener l’art grâce à la danse et les spectacles. Je crée un échange. Créer tout seul, ça n’a aucun sens.

J’ai connu le hip-hop comme un effet de mode. Mais, aujourd’hui le hip-hop est rentré dans les grandes salles, comme à Paris ou à Avignon. Je suis marqué par le hip-hop et je n’oublie pas d’où je viens. Depuis, je suis ouvert à toutes les formes d’expression.

Est ce que vous vous inspirez de danseurs qui ont eu un travail artistique et politique contre les inégalités ? Bill T. Jones, par exemple, est une grande figure engagée contre les injustices envers les noirs américains, les homosexuels…

Bien sûr, Bill T. Jones est un danseur qui m’a marqué. Je retrouve des artistes importants dans beaucoup d’autres disciplines ; dans le théâtre où on a parfois bousculé l’art et les questions sociales. S’il n’y a avait pas cette question de sens, je ne ferai pas de la danse.

J’ai travaillé avec Michel Schweizer sur « Chronic(s) » (voir extrait ci-dessous) où il y a eu une parole sur la scène. Là j’ai compris l’importance du verbe, je me suis dit que les mots, et même l’image, pouvait accélérer le sens de la danse.

Y aller

« La Hogra », création dans le cadre de Novart
Du 21 au 29 novembre – salle Jean-Vauthier au Tnba à Bordeaux

Article actualisé le 20/11/2014 à 17h49
L'AUTEUR
Walid Salem
Walid Salem
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