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Poules, puces, polémique : poubelle la vie à Podensac
Société 

Poules, puces, polémique : poubelle la vie à Podensac

par Aline Chambras.
Publié le 27 novembre 2014.
Imprimé le 30 novembre 2021 à 03:33
9 290 visites. 1 commentaire.
La communauté de communes de Podensac milite pour la réduction des déchets (Aline Chambras/Rue89 Bordeaux))

La communauté de communes de Podensac milite pour la réduction des déchets (Aline Chambras/Rue89 Bordeaux))

A l’occasion de la Semaine de réduction des déchets, Rue89 Bordeaux fait un tour à Podensac, collectivité pionnière sur ce sujet. La communauté de communes a mis en place, dès 2011, la tarification incitative – les habitants paient l’enlèvement des ordures au poids. Coûteux et contesté, mais efficace.

Dans les rues de Podensac, bourgade girondine située entre Bordeaux et Langon, parler ordures ménagères et redevance incitative ne met pas grand monde de bonne humeur.

« Ah, bien oui, parlons-en, c’est n’importe quoi ! Quand les éboueurs ne vident pas les poubelles complètement, on paie deux fois, râle Éliane. Et puis, allez faire un tour dans les bois, vous verrez, les gens jettent leur poubelles n’importe où pour ne pas payer. »

Dotés de puces, les bacs rouges destinés aux ordures ménagères non recyclables sont en effet désormais facturés aux habitants de la communauté de commune en fonction de leur poids. Cette tarification dite incitative, car elle pousse les usagers à réduire leurs déchets, était vivement recommandée par le Grenelle de l’environnement. Elle est désormais appliquée par 190 collectivités en France (dont Besançon), représentant 4,8 millions d’habitants.

Mais cela peut nécessiter quelques ajustements, comme en témoigne l’histoire de ce couple de personnes âgées vivant à Podensac : utilisant tous les deux des couches culottes, ils ont vu leur facture d’ordures ménagères, auparavant calculée en fonction de la surface à terre de foncier bâti (sur le principe de la taxe d’habitation), grimper en flèche. Une intervention des services sociaux a toutefois permis de régler le problème et d’obtenir une réduction.

Le juste prix ?

« Calculer la taxe des ordures ménagères en fonction de la surface foncière comme c’est le cas dans de nombreuses communes n’est pas plus équitable, souligne Alain Blanc du Collectif déchets girondins, qui milite depuis dix ans pour la mise en place de la redevance incitative. Prenez le cas des “mamies de Cardan” dans la Communauté de Communes de Val d’Artolie qui se sont elles-mêmes surnommées les “mamies poubelles” : ces femmes vivaient seules dans de très grandes fermes, elles payaient donc des factures très élevées alors même qu’elles consommaient très peu et ne jetaient quasiment rien. »

Sur la place du marché de Podensac, les bennes de la commune ont été retirées par la mairie et ne sont désormais sorties que les jours de marché : elles étaient tout le temps remplies par des personnes soucieuses de faire baisser leur facture.

« Il y a toujours des gens qui ne jouent pas le jeu, tempère Alain Blanc. Mais petit à petit ce genre d’incivilités se tasse. »

« La présence d’ordures déposées dans les bois est un phénomène qui a toujours existé, souligne Bernard Mateille, maire de Podensac (divers gauche) et président de la communauté de communes, même si effectivement on en a eu un peu plus au début juste après la mise en place de la redevance incitative. Le gros problème, c’est davantage les incinérations sauvages, ça c’est nouveau. »

Trier n’est pas jeter

Une autre difficulté est de faire comprendre aux usagers que remplir d’ordures leurs poubelles vertes, dédiée aux déchets recyclables, pour faire baisser leur facture, n’est pas une bonne idée : ces déchets non conformes sont ensuite refusés au centre de tri et donc renvoyés au centre d’enfouissement, ce qui coûte à la collectivité un transport et un traitement de plus, soit près de 300 euros supplémentaires pour une tonne de déchets.

« Au niveau national le refus de tri dans les poubelles de recyclages est de l’ordre de 15%, explique Alain Blanc. A Podensac, il était de 40% la première année après la mise en place de la redevance incitative, aujourd’hui on est passé à 25%. »

« Situation critique »

« D’un système vertueux, le risque est de passer à un système dévoyé », craint au contraire Bernard Mateille.

L’élu, qui reconnaît s’être abstenu lors du vote instaurant le passage à la redevance incitative en 2011, estime même que la situation est aujourd’hui critique. D’autant que le coût de ce nouveau système est un poids pour la collectivité :

« Il a fallu équiper les poubelles de puces électroniques, mettre en place des fichiers pour la facturation, tout cela est très lourd : le budget des ordures ménagères est aujourd’hui en déficit de plus de 300 000 euros. »

C’est pourquoi depuis septembre les tarifs de la gestion des déchets ménagers ont augmenté de 5% et la collecte du tri sélectif réduite : depuis septembre les poubelles vertes ne sont en effet levées que tous les 15 jours contre une fois par semaine auparavant. Ce qui n’aide pas à faire passer la pilule.

« Le tri sélectif tous les 15 jours, c’est intenable, tempête Patrice qui tient l’épicerie du centre-ville. Venez voir mes poubelles, regardez elles débordent, je paie plus cher et les prestations sont en baisse, je ne suis vraiment pas content. »

Les poubelles de tri débordent à Podensac (AC/Rue89 Bordeaux)

Les poubelles de tri débordent à Podensac (AC/Rue89 Bordeaux)

Baisse de 40% du tonnage des ordures

Effectivement, devant la réserve de sa boutique, les cartons et autres emballages s’entassent dans des poubelles déjà pleines. Laurence, restauratrice, est du même avis : elle affirme payer trois fois plus cher depuis le passage à la redevance incitative et ne comprend pas la diminution des passages pour le tri.

« Je passe une demi-heure par jour à couper les cartons en petit bout pour qu’ils prennent le moins de place possible », soupire-t-elle.

A la pâtisserie, factures à l’appui, Marie-Laure, la patronne se plaint, elle aussi : « 1520 euros par an, c’est trois fois plus cher qu’avant ». Avant d’ajouter : « Au moins ça nous force à trier ».

En effet, depuis la mise en place de la redevance incitative et du système de pesée embarquée en 2011, le tonnage de déchets recyclables collectés est en nette progression (+24,3% entre 2011 et 2012). Alors que le tonnage des déchets ménagers est, quant à lui, passé de 4937 tonnes en 2010 à 2522 tonnes en 2013, soit une baisse de plus de 40%.

Poules éboueuses

Preuve que, comme le rappelle un habitant, « quand on touche au porte-monnaie, les gens font attention ». Muriel, habitante de Cérons où elle vit avec son mari et ses trois enfants, explique ainsi avoir vu sa facture diminuer de 100 euros par an. Il faut dire qu’elle a acheté un des composteurs vendus 10 euros par la Communauté de communes lors de la mise en place de la redevance, et qui permettent de recycler les déchets verts. Et trois poules :

« Ce ne sont pas les poules vendues un euro symbolique par la communauté de communes pour aider les gens à réduire leurs déchets, précise-t-elle, celles-ci ont toutes été achetées très vite, mais quand j’ai vu le résultat chez ma sœur qui en avait adopté une, je me suis très vite décidée. »

En effet, les volailles éliminent à domicile tous les biodéchets – restes de repas, de pain, os, etc. – qui sont « les déchets les plus polluants car fermentescibles », comme le rappelle Alain Blanc. Au final, Muriel ne jette plus rien d’alimentaire : tout est mangé par les poules ou composté. Elle ne sort sa poubelle qu’une fois par mois. Et ne paie donc pas de surplus puisque l’abonnement comprend 12 levées par an, histoire d’inciter les usagers à ne sortir leur poubelle que lorsque celle-ci est vraiment pleine.

« Dedans, il n’y a que les pots de yaourts et les autres déchets non alimentaires qui ne se recyclent pas. »

Et elle n’achète plus d’œufs, ces trois pondeuses suffisent à fournir le foyer. Seul bémol : selon elle, la grande distribution ne joue pas le jeu en vendant des produits sur-emballés. Car, et c’est peut-être là tout le problème, la question de la réduction des déchets est indissociable des pratiques de consommation.

Aller plus loin

L’enquête de la CLCV sur la tarification incitative des déchets
Le rapport de la Cour des comptes sur la gestion des déchets ménagers
Une comparaison des systèmes de redevance incitative dans trois collectivités françaises, dont la communauté de communes de Podensac

L'AUTEUR
Aline Chambras
Aline Chambras
Journaliste indépendante et réalisatrice sonore.

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