Des nappes en papier pour arrêter de « se faire empuber »
Société 

Des nappes en papier pour arrêter de « se faire empuber »

actualisé le 09/02/2015 à 15h08

Les membres de l'association RAP recouvrent les publicités en villes (WS/Rue89 Bordeaux)

Les membres de l’association RAP recouvrent les publicités (WS/Rue89 Bordeaux)

[+Sondage] Ce dimanche, un groupe de jeunes s’en est pris aux sucettes et panneaux de publicité sur les quais de Bordeaux. Ce n’était pas du vandalisme, mais une action de l’association RAP, Résistance à l’agression publicitaire.

« Voulons-nous préserver le système publicitaire ou notre environnement ? » C’est la question que pose l’association Résistance à l’agression publicitaire (RAP) à Bordeaux et au nom de laquelle ses membres ont mené leur deuxième action pour masquer les pubs sur les quais de la ville ce dimanche ; une opération de recouvrement sans aucune dégradation du mobilier urbain.

« Des arbres et pas des pubs », « Sous les panneaux, le paysage », « L’espace public est à nous pas à la pub »… ce sont quelques-uns des slogans qui ont remplacé les slogans vantant les produits de consommation. Ils étaient une dizaine à les placarder, des Bordelais qui luttent contre cette « pollution visuelle et mentale qui dégrade et corrompt les imaginaires ».

Rendez-vous quais des marques

Le rendez-vous est donné quais des marques : un clin d’œil ou une provocation en duel ? On s’attend alors à retrouver les éternels rebelles et les militants habitués qui ont encore dans la bouche le goût de Mai 68. Rien de tout ça, il s’agit d’une génération bien plus jeune qui prend le relais avec autant de conviction.

Moyenne d’âge : 25 ans. Leurs armes : nappes en papier de toutes les couleurs, rouleaux kraft, gros scotch et feutres, messages écrits à la main au dos de feuilles recyclées, et des post-it sur lesquels les badauds sont invités à consulter leur site griffonné au crayon. Leur but : interpeler les élus à la veille de la modification du Règlement local de publicité intercommunale (RLPI) :

« C’est l’occasion pour exiger le démontage de l’ensemble des panneaux des villes où nous vivons et libérer l’espace public de l’emprise du marché, des marques et du marketing », déclarent les membres de RAP.

Voulant se libérer du joug de la consommation, le mouvement lutte également contre le gaspillage inconséquent de ressources énergétiques et matérielles : panneaux lumineux, affichage numérique, mobiliers urbains éclairés…

L’exemple de Grenoble en tête

Bien évidemment, flotte dans les esprits l’exemple de la ville de Grenoble. La décision de la capitale de l’Isère de supprimer la publicité de son paysage urbain fait aujourd’hui des émules. Les jeunes Bordelais de RAP rêvent de voir leur maire prendre exemple sur son homologue grenoblois, Eric Piolle, qui n’a pas renouvelé le contrat avec JCDecaux arrivé à son terme le 31 décembre 2014.

Les militants anti-pub comptent bien évidemment sur les élus EELV pour appuyer leur démarche. Lors du Conseil municipal du 26 janvier 2015, l’élue Delphine Jamet était intervenue au sujet de la publicité dans la ville de Bordeaux. Elle avait proposé de réduire de façon drastique l’affichage publicitaire, d’interdire celui-ci dans les abris-bus et aux abords des écoles (minimum 200 m), bannir les enseignes numériques énergivores et animées, et opter pour des formats publicitaires de 2 m2 maximum comme l’a fait la ville de Paris.

Ce à quoi Alain Juppé avait répondu que la publicité en ville remplissait un rôle esthétique : « Pas de publicité de tout, c’est très triste. Ça me rappelle Berlin avant le chute du mur. » Un argument qui a irrité un jeune militant de RAP :

« Il faudrait que notre maire m’explique en quoi des affiches avec des rôtis de porc géants à 3€ le kilo embellissent l’entrée de la ville ? »

(Photos WS/Rue89 Bordeaux)

Répondez au sondage réalisé avec notre partenaire Multivote

L'AUTEUR
Walid Salem
Walid Salem
Co-fondateur de Rue89 Bordeaux et directeur de la publication

En BREF

Foodora quitte la course et cherche un repreneur

par Walid Salem. 1 198 visites. 1 commentaire.

Des axolotls, « monstres d’eau », aperçus au Jardin botanique de Bordeaux

par Walid Salem. 7 818 visites. Aucun commentaire pour l'instant.

Les locomotives diesel BB 67400 quittent Bordeaux pour un aller simple

par Walid Salem. 2 527 visites. Aucun commentaire pour l'instant.