« Cela a été très compliqué pour des raisons techniques : ce pont de chemin de fer est d’abord un ouvrage d’art ; pour poser la pièce il a fallu arrêter des TGV… Si vous regardez bien, il y a très peu de pièces d’art contemporain sur des ponts : ce sont des lieux très sensibles ».
15ème artiste sélectionné par Bordeaux Métropole pour populariser l’art contemporain et conceptuel auprès des usagers du tram, le plasticien –né en 1957- Pascal Convert justifie ainsi les quatre ans nécessaires à l’aboutissement de sa dernière création : une phrase lumineuse de Roland Barthes – critique littéraire et sémiologue disparu en 1980 – et visible depuis jeudi sur une des rampes du pont de Birambits, avenue Lénine à Bègles.
Longueurs d’onde
L’auteur avance une autre raison à ce retard : la complexité technique du procédé choisi pour mettre en lumière cette sérigraphie à la symbolique multiple. « Il s’agit de diodes dans des tranches de verre ; elles « tapent » sur la sérigraphie qui elle-même est incluse dans le verre. L’aplat de couleur, bleu-gris, change en fonction de l’heure de la journée : Saint-Gobain a spécialement mis ce procédé au point pour cette pièce-là ». Les longueurs d’ondes de la lumière captée par les diodes se difractent sur la sérigraphie et l’éclairent. « Ce qui donne cet effet visuel ». Celui d’une enseigne lumineuse dont l’intensité augmente avec le crépuscule.
L’énigme technique levée, reste à éclairer le profane sur le sens de cette phrase empruntée à celui qui décréta un jour la « mort de l’auteur » : « Commence alors la grande lumière du Sud-Ouest ».
« Ce qui frappe quand on vit ici en Aquitaine, c’est cette lumière constamment agitée entre dépression anticyclonique et soleil, confie Pascal Convert. C’est une lumière humide, très particulière. Quand on arrive dans la région, on la sent : c’est comme une annonce, un renvoi en littérature ».
Niveaux de lecture
Œuvre conceptuelle, la création de Pascal Convert, artiste de la mémoire et de l’oubli, doit se lire sur différents niveaux. « C’est un hommage à plusieurs choses, confie l’auteur : à la lumière du Sud-Ouest, au passé ouvrier de cette ville, Bègles, à l’action des cheminots dans la résistance, un hommage aux résistants eux-mêmes… »
Et à Roland Barthes bien sûr :
« « Commence alors la grande lumière du Sud-Ouest » est une phrase poétique, ouverte. Je suis très attaché à l’histoire ouvrière de cette ville ; vous savez, on oublie de dire que 30 % de la population française est constituée d’ouvriers ! Ces gens existent, voilà : ils sont aussi notre grain de lumière… »
Un artiste de la mémoire et de l’oubli
Né en 1957, Pascal Convert est plasticien et auteur de films documentaires. Pensionnaire de la villa Médicis en 1989, il place la question de la mémoire et de l’oubli au cœur de son travail. En 2002, répondant à une commande publique, il réalise le monument à la mémoire des otages et résistants fusillés au mont Valérien entre 1941 et 1944. Il poursuit ce travail par le documentaire « Mont Valérien, aux noms des fusillés », qui a été diffusé sur Arte-Histoire. Côté sculpture, il s’inspire de trois photographies de presse, la Pietà du Kosovo (de Georges Mérillon), la Madone de benthala (d’Hocine Zaourar) et la mort de Mohamed Al Dura à Gaza (AFP) pour concevoir un triptyque qui sera exposé en France et à l’étranger, notamment au siège de l’ONU à New York et à Montréal (Canada). En 2009 son travail artistique est présenté à Paris au Grand Palais dans le cadre de l’expo La force de l’art. En 2010 il réalise un documentaire –pour France télévisions- et un livre sur la vie de Raymond Aubrac.
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