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A Bordeaux, l’image des banques noircie par le charbon
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A Bordeaux, l’image des banques noircie par le charbon

par Walid Salem.
Publié le 18 mai 2015.
Imprimé le 08 août 2022 à 03:11
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"Ta banque détruit le climat, change de banque", banderole devant l'agence de la banque BNP Paribas 'WS/Rue89 Bordeaux)

« Ta banque détruit le climat, change de banque », banderole devant l’agence de la banque BNP Paribas (WS/Rue89 Bordeaux)

Ce lundi, des militants des Amis de la Terre Gironde et d’Oxfam Bordeaux ont mené une action devant une agence BNP Paribas du centre ville. Dans une mise en scène théâtrale, ils ont dénoncé les investissements des banques françaises dans des projets jugés irresponsables de l’industrie du charbon dans le monde.

Dans le cadre d’une grande journée de mobilisation et d’information à Bordeaux, les Amis de la Terre Gironde et le groupe local d’Oxfam France ont mené ce lundi une action devant l’agence BNP Paribas, allées de Tourny à Bordeaux. Une banderole a été déroulée où l’on pouvait lire :

« Ta banque détruit le climat, change de banque ! ».

Plusieurs militants habillés en mineurs ont joué une saynète d’extraction de charbon sous les yeux d’autres militants habillés en hommes d’affaires. Le message est clair : l’exploitation du charbon est une affaire juteuse.

« BNP Paribas représente plus de la moitié des investissements français dans le charbon »

La scène se déroule devant une banque accusée par les militants, au même titre que d’autres banques françaises et étrangères, de soutenir une industrie irresponsable mettant gravement en danger les populations, le climat et les ressources naturelles :

« Nous sommes le premier jour de la semaine pour le climat, la climate week (qui a lieu du 18 au 24 mai, NDLR), déclare Lucie Pinson, chargée de la Campagne finance responsable aux Amis de la Terre France. C’est la grande semaine de mobilisation au cours de laquelle les dirigeants des entreprises privées et publiques vont parler de la lutte contre les changements climatiques. C’est une semaine cruciale avant la Cop21, on attend des dirigeants d’entreprises des signes forts et des engagements concrets. »

En décembre 2015, Paris accueillera la 21e conférence des Nations-Unies sur le changement climatique. Lors de cette conférence, la communauté internationale, avec ses dirigeants et décideurs, politiques et économiques, va s’engager à maintenir la hausse de la température de la terre en-dessous de 2 °C, niveau jugé critique pour éviter la catastrophe climatique.

Les banques, au même titre que des grandes sociétés industrielles, devront s’engager à soutenir la lutte contre le réchauffement de la planète et encourager le développement des énergies renouvelables :

« Quand on parle du changement climatique, on ne pense pas aux banques, poursuit Lucie Pinson. Or les banques, via les activités qu’elles financent, polluent plus que certaines entreprises dans le secteur des énergies fossiles ou des industries lourdes. BNP Paribas représente à elle seule plus de la moitié des investissement de la France à l’étranger dans l’industrie du charbon, l’une des énergies fossiles les plus nocives pour notre environnement et pour le quotidien de millions de personnes. »

« Il faut pousser la banque à aller plus loin »

Selon Banktrack, un réseau d’ONG, BNP Paribas a mis fin à ses soutiens aux principaux producteurs de charbon MTR, extraction minière du charbon à coup d’explosifs répandue dans les Appalaches aux Etats-Unis. En 2015 BNP Paribas a annoncé qu’elle ne soutiendra pas le financements des projets de mines de charbon situées dans le bassin de Galilée en Australie, ni leur infrastructures associées qui auraient de lourds impacts sur le climat de la grande barrière de corail. Cependant, les Amis de la Terre et d’autres organisations, en attendent plus.

« Entre 2005 et 2013, les soutiens des banques aux principaux acteurs du secteur du charbon (mines et centrales) ont augmenté de 218 %, rappelle Lucie Pinson. BNP Paribas a soutenu ce secteur à plus de 15 milliards d’euros entre 2005 et 2014. Nous sommes là pour la rappler à ses engagements de grande banque internationale. Le charbon est l’énergie qui émet le plus de dioxyde de carbone, un gaz responsable des changements climatiques. Or, devant ses clients et dans sa communication, BNP Paribas vante ses actions en faveur de la planète ! »

Paul Corbit Brown, membre de Keeper of the Moutains Foundation, est venu spécialement des États-Unis pour témoigner des impacts catastrophiques de l’extraction de charbon dans les Appalaches, financé également par le Crédit agricole :

« La BNP Paribas a arrêté de financer dans les Appalaches le “Moutain top removal” (MTR). Mais elle finance toujours plus le secteur du charbon via d’autres entreprises, en se réfugiant derrière de nouvelles lois. »

D’après Banktrack, ce sont les risques économiques et pour sauvegarder sa réputation, que BNP Paribas, et d’autres banques, a cessé de soutenir le MTR. Mais elle continue à soutenir la production d’électricité à partir de charbon.

En Afrique du Sud et Bangladesh

Thomas Mnguni, venu d’Afrique du Sud, témoigne de ces investissements dans son pays :

« Je viens d’une zone agricole. Un projet de construction d’usine d’extraction de charbon est en cours et menace la population qui sera obligée de quitter ses terres. Ces investissements sont défendus sous prétexte de développement, de production d’électricité dont beaucoup de Sud-africains sont privés. Mais ces travaux vont priver des milliers de personnes de leurs terres. Ils vont non seulement provoquer une grande pauvreté mais aussi des dégâts considérables sur l’agriculture. »

Banktrack rappelle que le secteur énergétique sud-africain est déjà un des plus intensifs en carbone au monde et rend le pays responsable de 40% des émissions totales de l’Afrique.

« Il y a plus de 2000 morts pas an en Afrique du Sud dus au charbon, regrette Lucie Pinson. Pour faire fonctionner une usine, il faut énormément d’eau. Alors que toute la population n’a pas accès à l’eau courante, on construit des énormes pipelines pour acheminer l’eau vers les usines et non pas vers les populations qui en manquent. La construction de l’usine Medupi est en retard de 4 ans. Elle produira de l’électricité un tiers plus chère que l’électricité déjà produite par les énergies renouvelables dans le pays. »

Maha Mirza est également venue du Bangladesh pour témoigner des catastrophes écologiques engendrées par le secteur du charbon :

« Un projet de construction d’une usine est en cours. Rampal sera construite dans la région des Sundarbans où se trouve la plus grande forêt de mangrove du monde, classée patrimoine mondial de l’Unesco et reconnu en tant que site Ramsar. Le gouvernement de Bangladesh et le gouvernement indien ont donné leur feu vert pour cette construction et des banques européennes vont investir dans ce projet. Nous ne savons pas lesquelles et le gouvernement est très opaque sur cette question. Nous sommes en France pour avoir la promesse de BNP Paribas, et d’autres banques françaises, de ne pas investir dans ce projet. »

La réponse attendue de BNP Paribas

Aux passants qui s’arrêtent pour lire la banderole devant l’agence de la BNP Paribas, les problématiques sont compliquées à saisir. Ceux qui prennent un peu de temps pour comprendre la situation, finissent par prendre quelques photos de la scène et repartent légèrement sensibilisés à des catastrophes qui se déroulent à l’autre bout de la planète.

Un porte parole de l’agence dépêché par le directeur de l’agence BNP Paribas s’étonne de l’action. Un peu sonné, il demande aux militants venus l’aborder : « Sommes-nous la seule banque à polluer la planète ? » Il déclare à Rue89 Bordeaux :

« BNP Paribas est très engagée dans la lutte contre le réchauffement climatique et la sauvegarde de la planète dans le cadre de la Responsabilité sociétale des entreprises (RSE). Nous faisons un certain nombre d’actions aussi bien au niveau national qu’international. Je ne peux pas vous en dire plus à mon niveau. Je n’ai pas de réponses précises sur la question des investissements à l’étranger dans le secteur du charbon. C’est un sujet national sur lequel le bureau national de la communication pourra se prononcer. Si vous me donnez vos coordonnées, je lui transmets et il vous contactera pour y répondre. »

Dès que la réponse est connue, Rue89 Bordeaux ne manquera pas de la publier.

L'AUTEUR
Walid Salem
Walid Salem
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