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Dans les coulisses de Vinexpo
Economie  Société 

Dans les coulisses de Vinexpo

par Margaux Lacroux.
Publié le 16 juin 2015.
Imprimé le 06 décembre 2021 à 21:44
9 764 visites. Aucun commentaire pour l'instant.
Une passerelle flottante a été installée entre le Palais des Congrès et le Parc des Expositions. (ML/Rue89 Bordeaux)

Une passerelle flottante a été installée entre le Palais des Congrès et le Parc des Expositions. (ML/Rue89 Bordeaux)

Vinexpo, vitrine des vins et des spiritueux du monde entier, reçoit 2400 exposants pour sa 18e édition. Mais le succès du salon tient aussi à ses petites mains : personnel de nettoyage, hôtesses, concierges… Plus de 1500 personnes sont mobilisées autour de l’événement. Rue89 Bordeaux est passé derrière le rideau.

Le salon impressionne par sa démesure. Pour se rendre d’un côté à l’autre du parc des expositions, un bon quart d’heure de marche est nécessaire. Pas de quoi intimider les 50000 visiteurs venant de 150 pays différents. Vinexpo fourmille de producteurs, négociants, fournisseurs, restaurateurs… Mais son fonctionnement repose sur un personnel conséquent s’activant en coulisses. Sans lui, pas de stands, pas d’allées propres ni de renseignements.

Logistique de rigueur

Les 38000 m² de stands de Vinexpo ne poussent pas comme des champignons sur les 13,3 hectares d’exposition à Bordeaux-Lac. Le salon des vins et des spiritueux, parmi les plus prestigieux au monde, est monté et démonté en six semaines par 800 personnes. Dans une tente à l’extérieur, le personnel gère le bal des véhicules venant livrer les stands et la décoration quelques jours avant le coup d’envoi.

« Je dois vérifier sur une liste d’une soixantaine de feuilles où sont les noms des châteaux, le nom du standiste, le hall, le numéro du stand et s’ils sont autorisés ou pas à venir ce jour-là », explique une employée.

Le salon demande une logistique ambitieuse et consciencieuse. Les règles sont précises et tout est chronométré :

« On demande 100 euros de caution par véhicule pour être sûrs qu’au bout d’une heure de déchargement, les gens reviennent nous voir et partent. »

« Je ne suis pas n’importe qui »

La pilule a parfois du mal à passer pour les exposants, pas toujours au courant des règles de fonctionnement. Le personnel doit faire preuve de flegme, surtout face à des clients influents.

« Il y a l’histoire de Monsieur “je ne suis pas n’importe qui”. Il devait payer une dérogation pour pouvoir passer. Il me dit que non, je rétorque que tout le monde fait ça. Il me répond : “Mais je ne suis pas tout le monde”. J’appelle un supérieur qui me dit qu’il peut rentrer sans problème. Et après, quand l’ouvrier demande quelque chose on me dit non », regrette Maria (dont nous avons changé le prénom), membre du personnel.

Samedi, à la veille du lancement de l’événement, les camions continuent d’affluer tandis que le personnel s’active pour régler petits et gros détails. Une hôtesse, sur place pour une réunion de préparation se souvient :

« Quand on est venus faire le briefing, tout était encore sous plastiques. On aurait dit que le salon n’allait jamais être prêt à temps. »

Vinexpo stands

Dimanche matin, les visiteurs ont investi les stands de bonne heure. (ML/Rue89 Bordeaux)


Un accueil à la mesure du prestige

Dimanche matin, 150 hôtes et hôtesses sont à pied d’œuvre. Costard cravate pour les hommes, robe noire, talons et petit foulard orange noué autour du coup pour les femmes.

« Le premier jour pour l’inauguration, c’est stressant à cause de la venue du Président. Le habitués râlent parce que le salon est organisé différemment cette année. Le hall 2 est plus petit, et la grande majorité des stands est dans le hall 1 », raconte un étudiant bordelais employé comme hôte.

L’accueil, assuré par des agences sous-traitantes, doit se conformer au standing du salon. Le personnel, en majorité des étudiants et des intérimaires, parle d’un « autre monde ».

« Quand on est arrivés et qu’on nous a briefés, on nous a dit que nos chaussures devaient toujours être cirées, il faut être parfaits. On a un métier ingrat, on est debout toute la journée avec un heure de pause mais l’ambiance rattrape tout, c’est vraiment prestigieux », se réjouit l’étudiant intérimaire.

Plante verte

Une expérience enrichissante par la diversité du public rencontré, même si l’interaction est souvent limitée.

« C’est génial, il y a beaucoup de nationalités différentes. Sur trois personnes que je renseigne, deux sont étrangères. Après, je fais un peu la plante verte. La principale chose qu’on me demande, c’est “Où sont les toilettes ?” », ironise l’hôte.

« Les toilettes, on nous a dit de nous débrouiller pour savoir où c’était. On n’a pas de liste des exposants, pas de plan détaillé à leur donner. C’est dans le catalogue à 35 euros, quand on dit ça aux gens, ça les énerve », poursuit l’une de ses collègues, Chloé (le prénom a été changé), elle aussi étudiante.

L’équipe d’accueil travaille de 8h30 à 18h30, jusqu’ à la fermeture du salon, avec une heure de pause déjeuner. L’hôtesse regrette le manque d’intimité :

« Le matin, les filles doivent se changer sur place, et être en poste à 8h30. On est bien 60 personnes pour un espace vraiment petit. Quand on a débauché, on s’est retrouvés une armada dans le vestiaire, hommes et femmes. »

Le premier jour, l’affluence est au rendez-vous pour la venue de François Hollande. Chaque visiteur doit passer par les bornes de scan pour entrer dans le salon.

« À 9h, il y a un monde fou ! Les gens vont n’importe où. Chaque ordinateur scanne un type de badge, mais les gens ne regardent pas les indications, alors que tout est marqué derrière nous : bloggeur, presse, exposant… Ils vont là où il y a le moins de queue, et doivent refaire la queue après », s’amuse Chloé.

Les hôtes de Vinexpo ont une heure de répit pendant leur pause déjeuner. (ML/Rue89 Bordeaux)

Les hôtes de Vinexpo ont une heure de répit pendant leur pause déjeuner. (ML/Rue89 Bordeaux)

Pas le droit de boire

À l’extérieur, les chauffeurs de voiturettes longent le long parc des expositions. Limités à 10 km/h, ceux-ci conduisent les visiteurs. Un travail à la demi-journée préservé de l’effervescence à l’intérieur du salon.

« En général les gens sont sympas et contents qu’on les emmène. J’ai juste eu des vietnamiens qui voulaient monter à six alors qu’il n’y avait pas assez de place. Je suis contente d’être à ce poste, je ne voudrais pas rester pendant huit heures à faire l’accueil », confie une conductrice qui travaille à Vinexpo pour la première fois.

Debout toute la journée, le personnel d’accueil doit faire preuve d’endurance et rester courtois malgré le fatigue et les petits désagréments. Au deuxième jour du salon, des pansements apparaissent sur les talons des hôtesses.

« On a des talons aiguille de 5 centimètre avec aucune stabilité. Au bout, c’est un triangle super fin. J’ai trop mal aux pieds, ils sont tous rouges. Et puis on n’a pas le droit de boire, pas le droit d’aller aux toilettes en-dehors de notre pause, pas le droit de s’accouder, pas le droit d’aller manger en tenue pour qu’on ne soit pas reconnaissables (on enlève notre badge et notre foulard orange) », énumère Chloé.

Le contrat du personnel d’accueil contient même une clause spéciale interdisant de consommer ou d’acheter de l’alcool, et ce pendant et hors des heures de service. La pause peut s’avérer frustrante pour les hôtes passionnés de vin qui peuvent seulement « toucher avec les yeux ».

« Comme on doit se relayer, la pause, tu la prends tout seul. Ce matin, je n’en ai pas pris, parce qu’aller marcher dans le salon alors que j’ai déjà mal aux pieds, bof quoi. Et puis je ne peux pas goûter et je ne fume pas non plus », explique une hôtesse postée à l’extrémité du hall 1, bien loin de l’entrée principale.

Ne pas laisser de trace

La question de la pause est aussi un enjeu pour le personnel qui nettoie les verres sur les stands.

« On me dit que je peux la prendre, mais quand je reviens le travail s’est accumulé. On est trois, deux qui lavent et un qui patrouille pour les verres. Je suis avec un mec qui ne veut pas laver les verres, juste aller les récupérer », peste Juliette (dont nous avons également changé le prénom).

Au milieu d’un stand italien, dans une petite salle contenant cinq machines à laver, Juliette n’est pas souvent au contact du public. Sa mission : nettoyer et essuyer les verres sans laisser une seule trace. À l’aide de son chiffon éponge, celle-ci répète un rituel minutieux.

« Je dois sentir les verres, vérifier qu’il n’y ait pas de trace de gouttes, de doigts… Il faut du temps avant d’avoir le coup de main sans mettre les doigts. À force de regarder à travers le verre vers le néon, je vois de petits point lumineux partout. »

Pour cette tâche, Juliette est payée 9,75 euros brut, soit un peu plus que le SMIC. Le repas lui est offert par son stand, qui a une cuisine et un restaurant à l’étage. Dans son contrat, 13,50 euros par jour sont prévus en plus pour son déjeuner. Malgré la pénibilité du travail, Juliette se réjouit des petits « plus » gourmands.

« Sur mon stand, il y a plein de petits pains et fromages italiens. Dimanche, ils nous ont donné ce qu’il restait, en quelques minutes, il n’y avait plus rien. Si j’ai besoin d’un café je peux aussi. Par contre quand le responsable vide les bouteilles entamées dans l’évier, c’est difficile de ne pas montrer que ça me sidère. »

400 kilos de matériel pour palier les petits problèmes des visiteurs (ML/Rue89 Bordeaux)

400 kilos de matériel pour palier les petits problèmes des visiteurs (ML/Rue89 Bordeaux)

 Taches de vin et chemises de rechange

Le salon accueille cette année une nouveauté qui ravit les visiteurs. Les zones Tasting Flights sont consacrées à la dégustation en autonomie. Au pôle vin blanc, 32 vins sont en libre-service.

« Il y en a un autre avec du champagne et le troisième c’est du rosé. Le matin à l’ouverture c’est assez calme, et vers midi-une heure on a pas mal de monde, vers 16h aussi. On scanne les badges pour savoir si ça fonctionne. Le champagne marche très bien, mais il n’y a pas eu d’abus pour le moment », relève un membre du personnel du stand vin blanc.

Gare toutefois aux tâches de vin. Mais le salon a tout prévu : les concierges de Vinexpo sont là pour parer à toute urgence.

« Ce matin, un monsieur est venu nous voir avec une tache de vin rouge, il disait qu’il ne pouvait pas faire sa conférence comme ça. Heureusement, nous avons des chemises de rechange et des détachants de toute sorte. Entre hier et aujourd’hui, on a dû faire 600 à 700 euros de pressing », calcule Pierre-Paul Monnet, le chef concierge.

Du lait de chamelle à Vinexpo

Son équipe vêtue de queues de pie arpente le salon à trottinette pour répondre dans les plus brefs délais aux demandes plus ou moins réalisables des visiteurs de Vinexpo.

« Le métier de concierge c’est avant tout savoir chercher. Dimanche, on a dû trouver un expert pour la découpe de Pata Negra, on nous a demandé 800 verres aussi. Un salon c’est un lieu hostile, les gens viennent du monde entier. Encore on serait à Paris… mais là, à Bordeaux, les magasins ferment tôt. Il faut supplier les gens, leur offrir des petits cadeaux pour qu’ils restent ouverts. »

Pour l’aider, Pierre-Paul Monnet a une liste de collaborateurs de longue date sur qui il peut compter. Dans un petit local, 400 kilos de matériel en tout genre sont stockés en prévision. Chapeaux, crayons, balles de golf, corans, bibles, entre autres, se côtoient dans une grande malle noire.

« Hier, on a dû trouver un dentiste en urgence, un dimanche, pour une suédoise qui était en train de perdre son bridge. Je me souviens aussi d’un ambassadeur d’Arabie saoudite qui voulait boire du lait de chamelle, qui est interdit en France, on est passés par une ambassade et on en a trouvé, c’était il y a quelques années » plaisante un autre concierge.

Les bouteilles vides du Tasting Flights attendent le personnel de nettoyage. (ML/Rue89 Bordeaux)

Les bouteilles vides du Tasting Flights attendent le personnel de nettoyage. (ML/Rue89 Bordeaux)

Vinexpo by night

À 19h30, le personnel qui embauche pour la nuit croise les derniers exposants. Des dizaines de bouteilles vides attendent par terre, devant les stands désertés. La moquette est jonchée de petits déchets. Leurs charriots de ménage prêts, les 200 agents de nettoyage remontent les allées du salon.

« J’arrive avec mon gilet et mes chaussures de sécurité et je croise des gens en tailleur. Je me retrouve derrière le comptoir de stands, je fais la poussière entre des bouteilles de grands crus, je vois les coulisses de vraiment près », remarque un agent d’entretien.

Une façon de goûter au prestige de l’événement autrement, même si, la nuit tombée, le salon change de visage.

« On voit le coucher de soleil sur le lac, ça c’est joli, mais l’ambiance est un peu glauque la nuit, sans personne. Enfin si, il y a des gardiens, des pompiers, les gens qui prennent les poubelles, et les chefs. »

Pendant ce temps, dimanche soir, Vinexpo organisait sa soirée « The Blend » au Hangar 14. Au menu, 60 vins différents, un bar à champagne et un à cocktails. Quelques hôtes ont pu dénicher des invitations, l’occasion de s’intégrer un peu plus dans l’ambiance du salon et peut-être de faire quelques rencontres.

« On avait l’impression de ne pas être nombreux, mais on était bien trois à quatre cents personnes. Vers minuit, tout le monde s’est mis à danser, c’était sympa. Les gens sont ouverts mais tu sens que c’est quand même un salon pro où tout le monde se connait. »

Article actualisé le 16/06/2015 à 17h22
L'AUTEUR
Margaux Lacroux
Margaux Lacroux
Journaliste en devenir à l'ISIC de Bordeaux

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