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« L’Hermione, ambassadeur de la grande région Sud Ouest »
Société 

« L’Hermione, ambassadeur de la grande région Sud Ouest »

par Simon Barthélémy.
Publié le 19 août 2015.
Imprimé le 29 novembre 2021 à 02:55
9 643 visites. 2 commentaires.
L'Hermione quittant Bordeaux en octobre dernier (Nerayen/flickr/CC)

L’Hermione quittant Bordeaux en octobre dernier (Nerayen/flickr/CC)

La réplique du navire de La Fayette est ce jeudi de retour à Bordeaux. Après son périple aux Etats-Unis et son escale à Brest, l’Hermione restera une semaine au port de la Lune, avant de rallier Rochefort. Et ensuite ? Il doit naviguer pour représenter la France, estime Benedict Donnelly, président bénévole de l’association Hermione-La Fayette, qui va recevoir la médaille de la ville de Bordeaux.

Rue89 Bordeaux : Pourquoi cette nouvelle escale au port de la Lune, où l’Hermione avait fait étape avant de traverser l’Atlantique ?

Benedict Donnelly (DR)

Benedict Donnelly (DR)

Benedict Donnelly : D’abord pour dire merci aux Bordelais qui nous ont accueilli formidablement en octobre dernier. Après 17 ans de chantier à Rochefort, c’était notre première sortie, et on ne savait pas si on allait susciter le même enthousiasme qu’à Rochefort, où nos 4,5 millions de visiteurs ont permis de financer la construction du navire. Alors voir 100000 personnes sur les quais de la Garonne, c’était magique.

Il y 2 ans, il n’y avait pas tant de monde que ça pour nous aider à financer ce voyage aux Etats-Unis, notamment du coté des grands groupes privés. Les villes de Brest et de Bordeaux y ont au contraire cru très tôt, alors que le bateau n’avait jamais pris la mer. Elles ont compris notre projet associatif, et que même si il était porté par des gens désintéressés, nous avions besoin d’argent, notamment pour payer les 20 marins professionnels de l’équipage.

Les escales préalables au départ ont été essentielles pour contribuer au financement du voyage, en particulier à Bordeaux où la billetterie, mais aussi les partenariats qui y ont été conclus avec des entreprises, ont permis de financer 10% du voyage, dont le budget est de 3 millions d’euros. Et Bordeaux nous accueille avec grand plaisir, alors que les coefficients de marée nous empêchaient de rentrer tout de suite à Rochefort. Cela participe à sa promotion de l’image maritime que recherche Bordeaux.

Les 10000 billets pour visiter l’Hermione ont déjà été écoulés avant même son arrivée, à Bordeaux, où de nombreuses animations sont au programme de l’escale. Comment expliquez-vous cet engouement populaire, ici comme aux Etats-Unis ?

Cela nous fait chaud au cœur, même si il y a beaucoup de déçus. Ils pourront toutefois aller la visiter à Rochefort, ce n’est pas loin. Ce qui séduit, c’est qu’on soit resté fidèles à nos valeurs : nous sommes tous bénévoles, chacun s’est payé le voyage. Notre aventure a changé la donne. L’association souhaitait déléguer la navigation à une entreprise mais n’a trouvé aucune compagnie voulant prendre ce risque. Nous nous sommes donc constitué en compagnie maritime, et avons formé l’équipage à partir de 1000 candidatures reçues. Les voir dans des mats à 45 mètres de haut, même par gros temps, cela fait rêver et suscite le respect. Enfin, l’Hermione donne aussi l’occasion de faire de grosses fiestas, à Brest, à Bordeaux, et bientôt à Rochefort, où nous serons accueillis par deux jours de festivités en costumes du XVIIIe siècle.

Que retenez vous de votre voyage aux Etats-Unis ?

C’est la constitution d’un groupe humain exceptionnel, avec 150 volontaires qui se sont relayés à bord, qui a conquis le cœur des américains par leur joie de vivre et leur simplicité. De les voir chanter à chaque arrivée, grimper dans les haubanages en tenue d’époque, cela a apporté un supplément d’âme. Et puis La Fayatte a traversé l’Atlantique pour aider les insurgés contre l’Angleterre, l’Hermione fait partie de leur Histoire. Nous avons fait la une de tous leurs quotidiens. A Annapolis, ils n’avaient pas vu de tels bateaux depuis des décennies. Partout nous avons reçu un accueil populaire et chaleureux, avec beaucoup de badauds à l’arrivée des escales.

Pourquoi avoir reconstruit ce navire ?

En 1979 s’achève la restauration de la Corderie Royale (bâtiment de 374 mètres de long, taille nécessaire à la fabrication des cordages de la Marine française, construit sous Colbert, démoli en 1944 et aujourd’hui centre international de la mer, NDLR). On entreprend alors de dévaser les formes de radoub (cales sèches où étaient construits les navires NDLR). En 1992, voyant cette cathédrale de pierre, nous sommes quelques uns – le maire de Rochefort Jean-Louis Frot, Erik Orsenna qui présidait la Corderie Royale, le constructeur naval Raymon Labbé… – à penser qu’il ne manque qu’un bateau pour compléter ce lieu unique. Nous voulions le faire pour Rochefort, mais aussi pour la France, seule nation occidentale à n’avoir conservé aucun navire à voile antérieur au XIXe siècle.

Parmi les centaines de bateaux construits ici, on a choisi de ressusciter celui qui portait le plus les valeurs de fraternité et d’engagement, l’Hermione, partie au secours des insurgés. Etant moi-même franco-américain, fils d’un citoyen US ayant participé au débarquement de Normandie, on m’a demandé de piloter le projet. La construction a démarré en 1996 et duré presque 20 ans !

Depuis que l’Hermione a quitté Rochefort, ses habitants se plaignent d’ailleurs du manque à gagner pour le tourisme local…

C’est vrai que nous avons mesuré tardivement l’impact de ce succès invraisemblable – 2500000 visiteurs par an à Rochefort pour l’Hermione. Et je comprends les réactions parfois agressives que son absence provoque, notamment chez les commerçants. Mais les Rochefortais doivent comprendre que c’est une chance que l’Hermione navigue, et ne soit pas enfermée dans une forme de radoub. Je pense toutefois qu’ils en sont désormais tous convaincus. Le bateau doit rester à Rochefort 9 mois par an en moyenne, ce qui lui permettra par exemple de partir 6 mois une année sur deux.

Le reste du temps, l’entretien de la frégate soutiendra à Rochefort les filières artisanales de voiliers, calfateurs, forgerons… Nous avons contribué à relancer ces filières. Par exemple, nous avons travaillé avec une équipe de suédois pour les gréements en chanvre, mais nous payons davantage ses membres pour qu’ils forment des locaux sur 10 à 15% de leur temps. Le budget annuel de maintenance de l’Hermione, estimé entre 800000 euros et un million par an, leur sera utile.

Quel est le programme du bateau pour les années à venir ?

Ce ne sera pas un navire école : l’Hermione va jouer un rôle d’ambassadeur pour la grande région Sud Ouest. Son job, c’est d’être un support au développement touristique et économique, comme lorsque des entreprises françaises ont organisé à bord des soirées – Foutaine Pajot avec le réseau de distribution de l’industrie nautique de la Côte Est, Sodexho avec son staff américain… On ne sait pas si ces contacts vont se concrétiser en actes commerciaux, mais c’est un bel outils pour cela.

Et pour ce qui est des destinations ?

Nous avons reçu beaucoup de sollicitations, mais nous construisons le programme du navire en cohérence avec son histoire est ses valeurs, et partagé au niveau international : nous travaillons sur un voyage dans l’océan Indien, à Maurice (l’ex île de France), où l’Hermione originale s’est rendu, et en Inde, si nous trouvons les partenaires économiques pour financer ce voyage de 6 à 8 mois. La Floride est aussi sur les rangs, tout comme les Canaries et le port de Dakar, pour un projet où de jeunes africains viendraient se former pendant deux ou trois ans. Il va falloir arbitrer entre tout ça, en faisant en sorte que l’Hermione reste la cathédrale de Rochefort.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, cofondateur de Rue89 Bordeaux

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