Légendes et mystères de la crypte Saint-Seurin
Culture 

Légendes et mystères de la crypte Saint-Seurin

La crypte de Saint-Seurin et ses nombreux sarcophages monolithes (WS/Rue89 Bordeaux)

La crypte de Saint-Seurin et ses nombreux sarcophages monolithes (WS/Rue89 Bordeaux)

Les Journées du patrimoine ont lieu ce week end. A cette occasion, la crypte Saint-Seurin sera dévoilée après 50 ans de fermeture. Accessible ensuite au public, ce lieu réserve des légendes passionnantes et des mystères éternels.

On n’a pas fini de se poser la question et pas des plus anodines : le corps de saint Seurin (ou Séverin) repose-il bel et bien dans cette crypte ou non ? Car celui qui a donné son nom à la basilique actuelle donne du fil à retordre aux historiens dont certains en sont persuadés et d’autres émettent des doutes :

« Plusieurs sarcophages étaient censés abriter les corps de saints évêques bordelais du IVe siècle dont les plus vénérés étaient Seurin et Amand, écrit Jacques Sargos dans son ouvrage “Bordeaux, art et civilisation”. L’hagiographie de saint Seurin présente toutefois des incohérences qui ont conduit des historiens à soupçonner une grande part de légende autour de ce saint forgée en vue d’établir la réputation de la basilique. »

De quoi être incrédule quand on sait qu’il a même donné son nom au quartier.

Un saint fort sympathique

Mais la crypte de Saint-Seurin ne manque pas de saints. On y trouve de nombreux tombeaux dont ceux de sainte Véronique et de sainte Bénédicte, natives de Gironde, la première étant morte à Soulac. Ou encore celui de saint Martial, patron de l’Aquitaine, dont le bâton légendaire accomplissait des miracles et faisait la pluie et le beau temps, au point qu’il était porté en pèlerinage dans la ville chaque année.

Il y a également le sarcophage primitif de saint Fort, en pierre brute, dressé majestueusement dans une alcôve de la crypte avec un cénotaphe à colonnes au XVIIe siècle. Ce saint martyrisé au VIe siècle était adulé par les Bordelais. Il avait sa fête, mentionnée pour la première fois au milieu du XIVe siècle, le 16 mai, où toute la ville était en liesse. On venait « jurer sur le fort » et prêter serment sur ses reliques. Coutume que tous les maires de Bordeaux accomplissaient le jour de leur élection, notamment un certain Montaigne, maire de la ville en 1580.

Mais ce saint, fort sympathique pour les anciens habitants de la cité, est lui aussi sujet à polémique. Jacques Sargos n’hésite pas à évoquer « une évidente supercherie, destinée à capter le flux des pèlerins ». Considéré comme thaumaturge, les femmes venaient poser les nouveau-nés ou leurs enfants malades pour les rendre… forts !

Le tombeau de Saint-Fort et derrière le mur du fond, dans une pièce fermée, celui de Mgr Cirot de La Ville (WS/Rue89 Bordeaux)

Le tombeau de Saint-Fort et, derrière le mur du fond, dans une pièce fermée, celui de Mgr Cirot de La Ville (WS/Rue89 Bordeaux)

Douze crânes au fond d’un sarcophage

Si plusieurs sarcophages finement décorés de feuillages et de fruits sont supposés contenir les corps de saints, une légende court aussi sur la présence de douze crânes dans un sarcophage au fond à gauche de la crypte.

Il s’agit des restes de douze Sœurs « grises » guillotinées sur la place Gambetta à Bordeaux par le sinistre Jean-Baptiste-Marie Lacombe, président de la Commission militaire révolutionnaire à Bordeaux sous la Terreur. Les valets du bourreau auraient découvert dans leur couvent, un prêtre insermenté caché par ces sœurs gardes-malades. Tous ont été condamnés à mort.

Le tyran sera guillotiné à son tour en 1794.

Les premiers chrétiens bordelais

C’est monseigneur Jean-Pierre-Albert Cirot de La Ville qui a donné les premiers coups de pioches en vue de fouiller le site, alors vicaire de Saint-Seurin de 1834 à 1841. On lui doit un ouvrage édité en 1866 : « Origines chrétiennes de Bordeaux. Histoire et description de l’église Saint-Seurin ». Lui aussi a sa légende ! Elle prétend que son corps repose derrière le tombeau de saint Fort, dans une pièce de la crypte murée et fermée depuis plus de 70 ans.

En 1910, l’historien bordelais Camille Jullian a mené des fouilles avec le professeur Paul Courteault. Ils ont fini de mettre à jour une vaste nécropole, le plus ancien cimetière paléochrétien de Bordeaux. Celui-ci atteste de l’apparition des premiers chrétiens bordelais. Une église primitive a du y être dressée, devenue l’église Saint-Sauveur par la volonté de sainte Véronique.

Saint-Sauveur s’agrandit à la fin du IVe siècle avant de prendre le nom de Saint-Seurin au VIe ou au VIIe siècle. Au XIe siècle, une église romane est bâtie. Le sanctuaire est alors devenu une crypte placée juste sous le chœur. D’autres transformations mènent à la basilique de nos jours.

Ce lieu de culte sera évoqué plusieurs fois dans l’histoire pour avoir accueilli une flopée de seigneurs recevant la bénédiction de l’archevêque avant de partir à la guerre. Charlemagne y aurait déposé l’olifant rempli d’or de son neveu Roland qui venait de mourir lors de la bataille de Roncevaux.

Infos Utiles

  • L’inauguration de la crypte de Saint-Seurin aura lieu le samedi 19 à 19h
  • Pour tout savoir sur les 34e Journées du Patrimoine à Bordeaux, le site de la mairie
L'AUTEUR
Walid Salem
Co-fondateur de Rue89 Bordeaux et directeur de la publication

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