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Animasia : voyage dans l’univers du cosplay
Société 

Animasia : voyage dans l’univers du cosplay

par Dominique Clère.
Publié le 13 octobre 2015.
Imprimé le 28 novembre 2021 à 02:39
6 489 visites. 1 commentaire.
Animasia (Photo : Dominique Clère)

Animasia, un personnage de Naruto (DC/Rue89 Bordeaux)

La culture asiatique a déferlé au Hangar 14 ce week-end, lors de la deuxième édition d’Animasia. Rue89 Bordeaux en a profité pour plonger dans l’euphorie cosplay et ses héros de jeux vidéo, de mangas ou de dessins animés.

Intrigué par tous les personnages costumés qui parcouraient déjà le dernier Bordeaux Geek Festival, j’étais bien décidé à partir à leur rencontre lors d’Animasia, la convention organisée par l’association bordelaise Mandora (lire l’encadré ci-dessous).

Le cosplay, en français, n’est rien d’autre que le fait de se costumer. On utilise le terme anglais, bien que plusieurs autres terminologies aient été proposées comme costumade, dont les acteurs seraient des costumadier ou des costumédien. Curieusement, elles n’ont pas eu le même succès que cosplay.

Cette passion ne m’a jamais conquise lors des différentes soirées déguisées, où contraint et forcé, j’ai du faire acte de présence. Fades et sans attraits, mes costumes manquaient de variété.

Afin de rencontrer les cosplayers bordelais, j’avais réussi à dénicher aux tréfonds de mes armoires un T-Shirt Albator. Un souvenir de ma jeunesse, qui allait me servir de laisser-passer pour rencontrer cette communauté. Légèrement boudiné dedans, je pouvais me rendre à Animasia.

Comment ne pas être saisi par le brouhaha ambiant du Hangar 14 ? La convention sent le bonbon, et avec la fréquentation, quelques relents de transpiration. Les organisateurs du festival espéraient un succès, c’en est un, à voir les allées sursaturées.


Mandora, l’association geek derrière Animasia

Mandora est une association culturelle bordelaise, active depuis 2002, qui propose des événements sur la Métropole bordelaise. Avec Animasia au Haillan, et depuis deux ans au Hangar 14, ainsi que le Bordeaux Geek Festival, elle prend de l’ampleur dans la mise en avant des cultures asiatiques, tout particulièrement l’univers geek.

Les festivals sur ces thématiques se multiplient en France, de la Japan Expo à Paris, à l’Anima Geek de Forge-les-Eaux. Bordeaux avec Mandora, rejoint la longue liste des villes qui ont pris la mesure de cette culture geek, dont le cosplay occupe une place importante.


Pokémons et pandas en veux tu en voilà

Les cosplayers aussi sont au rendez vous. Las ! Il faut croire que les codes ont changé. Les animés de mon enfance ont été remplacés par des héros aux coiffures impeccablement sculptées, accompagnés d’héroïnes courtement vêtues.

C’est un festival de costumes chamarrés et bigarrés ! Là, une légion de Pokémons à différents stades de leurs évolutions a investi les lieux. Ici, des pandas se trimbalent, offrant à qui veut des Free Hugs.

Les différences de génération sautent aux yeux, les plus âgés rendent hommage à Dragon Ball ou autres animés des nineties. Les plus jeunes s’affichent en avatar de Naruto, One Piece, ou autres mangas qui me sont inconnus.

Animasia (Photo : Dominique Clère)

Miketsukami (DC/Rue89 Bordeaux)


Secret service en majesté

Miketsukami est de celles là – pour la compréhension, les personnes interviewées portent le nom de leur personnage – dont le costume est tiré d’un manga appelé Secret Service.

Une des bases du cosplay, c’est que les costumes sont en principe faits main. Le sien, lui a pris environ 20 heures de travail.

Dans le cadre d’Animasia, elle peut se mettre dans la peau de son personnage –selon Wikipedia, la réincarnation d’un renard à neuf queues – et partager sa passion avec des gens qui la comprennent.

Ces conventions, c’est pour elle des rassemblements où s’expriment l’amitié et la convivialité, sans le jugement de personnes qui considèrent leur activité comme puérile.

« On parle souvent en mal de ce qu’on ne connaît pas ou peu explique Migoto Sen Chu. Ces gens là n’ont pas lu 20th century boys, Death note ou Astro boy (même si mon préféré de tous les temps reste Battle royal). Et ils n’ont surtout pas baigné dans Cobra et tous les animés qui ont bercé ma jeunesse. »

Des parents complices

Migoto Sen Chu, c’est le pseudonyme du scénariste d’Amour Sucré, invité à une conférence sur les mangas. Il voit d’un bon œil le cosplay, ces conventions, et la culture qui va avec. Père de famille, il ne serait pas gêné de voir ses enfants se déguiser:

« Mes gosses font du cosplay sans s’en rendre compte. Mon fils de 5 ans se déguise en danseur de hip-hop (il ne met pas encore la casquette pour aller à l’école mais ça va pas tarder) et ma fille en Violetta. Perso, je dois faire un peu la même chose. Mais si je devais vraiment faire un cosplay, ce serait plutôt en armure, type Iron-Man. Mais l’armure a intérêt à fonctionner sinon, ça ne m’intéresse pas. »

Il n’approuve cependant pas tous les costumes, notamment lorsqu’il croise des adolescentes en tenues très légères :

« Certaines n’ont tout de même pas froid aux yeux en s’inspirant des héroïnes telles que que Kill la Kill. Ouah, si les parents voyaient leurs filles dans ces tenues… »

Animasia (Photo : Dominique Clère)

Zéro, à droite et un autre personnage de Drakengard 3 (DC/Rue89 Bordeaux)

De rares occasions de se costumer

Zéro reprend un personnage du jeu Drakengard 3. Son costume est un peu osé, sans l’exagération des personnages de Kill la Kill, mais l’adolescente de 16 ans à la tête sur les épaules. Ses parents approuvent sa passion. Sa mère l’a déposée en costume au salon.

Elle préfère voir sa fille participer à ce type de rassemblement, où elle met en application son coté créatif avec ses costumes.

Zéro me confie que, les occasions sont rares de se retrouver entre passionnés sur Bordeaux. Exceptés quelques shootings, et des soirées privées, il n’y a que peu de rassemblements de ce type. Ici elle se sent dans une atmosphère rassurante, et une ambiance bon enfant.

On s’amuse au Hangar 14

En effet, elle l’est… Limite trop ! Notamment quand le DJ installé sur la terrasse du hangar 14 décide de réhabiliter La Chenille, le chef d’œuvre intemporel de la Bande à Basile.

Si dans la majorité des soirées bordelaises, ce morceau n’attire que regard dégoûtés et hochements de tête dépités, à Animasia une farandole s’improvise, où s’agglutinent en queue Pokémons, héros de jeux vidéos et personnages de mangas.

Les cosplayers ont transformé le Hangar 14 en gigantesque terrain de jeu. Comme ce Pikachu sauvage, que je rencontre, venu défendre la cause des Pokémons à Animasia.

Animasia (Photo : Dominique Clère)

Un Pikachu sauvage (Photo : DC)

Avec ses camarades Pokémons, et beaucoup d’humour, il revendique une chose simple : la liberté pour les siens. Considérant l’enfermement dans les Poké Ball comme de l’esclavage, ils combattent les dresseurs de Pokémon, pour réclamer la liberté de ses créatures. Toute la journée, ils pourchassent les membres de la Rocket Team, les menaçant de leurs flingues… Factices évidemment.

Des Pokémons avec des armes ? Ils ne sont pas les seuls à Animasia, loin de là !

L’agent 47 versus Vigipirate

Car ces conventions, c’est aussi l’occasion pour d’autres d’exprimer leur passion du cosplay en reprenant les codes de leurs jeux de combat favoris. Certains ayant carrément l’air de sortir d’une palombière landaise, ou d’une partie de chasse du Médoc, avec leurs treillis militaires.

Seule différence de taille avec les chasseurs : les armes qu’ils portent. Celles-ci ressemblent plus à des armes de guerre, qu’à des fusils de chasse.

L’organisation du festival s’est prémunie de toute ambiguïté en demandant aux personnes portant des armes de type airsoft de les neutraliser avant de venir.

En effet, le plan Vigipirate restant en vigueur, Animasia comme la Japan Expo demandent la plus grande vigilance à leurs participants qui portent des costumes militaires. Voir des personnages cagoulés porter des armes de guerre reste une expérience désagréable pour un non initié…

Animasia (Photo : Dominique Clère)

L’agent 47, avec Krilin et Luigi en arrière plan (DC/Rue89 Bordeaux)

Les tueurs à gage costumés sont eux, plus discrets. C’est le cas de l’agent 47 – tiré du jeu Hitman – qui en est à son premier cosplay. Déguisé, ça lui est arrivé, pour des anniversaires ou des soirées, mais jamais dans un cadre public.

Jouer un personnage l’amuse, surtout lorsque les enfants reconnaissent son cosplay, et lui demandent une photo.

Hélas pour lui, comme son personnage de tueur à gage, il est vêtu d’un costume 3 pièces, cravate rouge très ordinaire. Durant la journée il a plus souvent été pris pour un agent de la sécurité à qui on demande son chemin !

Pas toujours facile de reconnaître le cosplay

Un problème déjà rencontré par Migoto Sen Chu lors d’une soirée déguisée :

« Je m’étais déguisé en Harry Callahan une fois, pour l’anniversaire d’un pote. J’étais super fier. Mais la honte est venue du fait que le pote en question m’a demandé en quoi j’étais déguisé ! Enfoiré, tiens… Référence trop vieille sans doute. Faudrait faire un manga de l’inspecteur Harry pour qu’il revienne à la mode ! »

C’en est même parfois ridicule, estime-t-il, comme lorsqu’il croise un Superman, avec un costume rembourré pour former les muscles :

« Je trouve ça complètement naze. Dans ces cas là, autant choisir un perso qui nous correspond physiquement (ou alors faire ce qu’il faut pour se muscler, nom d’un chien !). »

Ne pas ressembler au personnage qui est imité est l’un des risques majeurs du cosplayer. C’est ce qui arrive au personnage qui enfin, me semblait familier.

Animasia (Photo : Dominique Clère)

Un cosplay réussi d’Amélie Nothomb (DC/Rue89 Bordeaux)

Toute de noir vêtue, maquillage corbeau, c’est évidemment un cosplay d’Amélie Nothomb ! L’auteur belge qui a évoqué son expérience au Japon dans « Stupeur et tremblement », ne peut qu’être qu’apprécié par les fans de culture japonaise !

Je fais là une erreur de débutant… Il s’agit de Kamijo, chanteur de power metal renommé au Japon ! La jeune fille qui a choisi son avatar, rie jaune de ma tentative d’humour, et me donne un rapide cours de culture japonaise.

C’est ce qui l’amène à Animasia, sa passion de cette culture, et la possibilité que lui offrent les différents stands, d’assouvir ses envies d’achats.

Animasia vise le porte-monnaie

Car au-delà du cosplay, et de l’amusement, Animasia se révèle être surtout un gigantesque supermarché dédié à la culture japonaise.

Des mangas, des goodies, des tenues, des jeux… Tout est bon pour attirer le chaland, et lui faire acheter des produits venus du Pays du Soleil Levant et de celui du Matin Calme.

Les stands de friandises pullulent, qui proposent des produits typiques. Barres chocolatées à la pâte de haricot rouge, bonbons d’import, tout est fait pour faire cauchemarder tout bon dentiste assermenté, à des prix parfois indécents.

Miketsukami n’y voit aucun inconvénient. Elle peut ici acheter des produits qui lui plaise, plus facilement qu’en les commandant sur Internet, et trouve sympa et pratique que tout soit regroupé en un seul endroit.

Zéro elle, n’est pas dupe. Si elle adore les conventions, elle n’élude pas le coté business. Ce coté supermarché la gène un peu. Elle ne vient pas là pour ça.

Elle préfère voir les autres cotés qualitatifs du salon, qui permet de s’informer sur les métiers liés à la culture asiatique, avec notamment des stands dédiés à l’emploi.

Loin de l’image du geek attardé et asocial longtemps accolée à cet univers, Animasia offre aussi aux cosplayers et autres visiteurs, une ouverture vers les métiers du numérique, et de l’ingénierie. Le salon n’est pas qu’une amuserie pour adolescents.

Animasia (Photo : Dominique Clère)

Mario Kart (DC/Rue89 Bordeaux)

Ma plongée dans le monde du cosplay s’achève, et je comprends mieux les motivations de tous ces participants. L’envie de s’amuser et de garder un moment leur âme d’enfant. C’est même parfois touchant, comme cet homme en fauteuil qui l’a customisé pour en faire un cosplay de Mario Kart.

Toutes les générations semblent avoir leur place, et je finis enfin par trouver la mienne, lorsque je croise une idole de jeunesse. Pour le cliché, je pose avec Tortue Géniale, maître de Sangoku, souvenir du Club Dorothée et de mes animés d’enfance.

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L'AUTEUR
Dominique Clère
Dominique Clère
Journaliste web et photographe indé, rédacteur du blog raffut89 pour Rue89.com

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