Bordeaux planche sur l’innovation sociale
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Bordeaux planche sur l’innovation sociale

36 résidents travaillent à la Chiffone Rit (SB/Rue89 Bordeaux)

36 résidents œuvrent à la Chiffonne Rit (SB/Rue89 Bordeaux)

Ateliers d’alphabétisation à Bacalan ou de jardinage à la Benauge, spots vidéo sur le décrochage scolaire au Grand Parc… 78 actions vont bénéficier de l’aide financière de la Ville de Bordeaux et de la CAF, dans le cadre du Pacte de cohésion sociale et territoriale.

C’est une ancienne carrosserie, située aux confins de la Bastide, dénichée sur le Bon Coin par un collectif d’artistes et d’artisans en quête d’un local. A la Chiffonne Rit travaillent désormais 36 structures résidentes – associations, autoentrepreneurs, coopératives… – œuvrant dans la récupération et la transformation de matériaux – bois, métaux, tissus…

Le collectif porte également un projet d’ateliers d’initiation aux habitants du quartier, notamment aux jeunes de la Benauge voisine, ainsi qu’aux personnes handicapées dont s’occupe TCA, l’association des traumatisés crâniens. Cette action vient de recevoir un coup de pouce de 8000 euros, financés à parité par l’Etat et la Ville de Bordeaux, dans le cadre du Pacte de cohésion sociale.

« C’est le même problème que pour l’accès à logement, c’est très compliqué d’avoir aujourd’hui un espace de travail, explique Fabian Gaze, président de la Chiffonne Rit. Nous sommes dans cette logique d’accès à un lieu d’expression, avec des outils et de la place pour les habitants qui n’en ont pas chez eux. N’importe qui peut apprendre à souder ou travailler le bois, mais les outils coûtent cher. Et on a une forte demande des centres d’animation du quartier pour les jeunes. »

190 316 euros d’aides

Au total, le deuxième appel à projets du pacte a permis de retenir 78 projets, qui se partageront plus de 190000 euros d’aides, « à partir d’une concertation des habitants et de l’analyse des besoins sociaux et des priorités de chaque quartier », précise Alexandra Siarri. L’adjointe au maire en charge de la cohésion sociale et de la solidarité a présenté mardi à Chiffonne Rit des « actions exemplaires », dans 5 axes (insertion économique, culture et éducation, bien être, santé et environnement, tranquillité publique, habiter la ville).

35% des actions se dérouleront dans le quartier Bordeaux Maritime, qui comprend deux sites en politique de la ville (le Lac et Bacalan) et les Chartrons Nord, qui vient d’en sortir. C’est le cas par exemple de l’atelier d’alphabétisation porté par l’association Familiale laïque de Bordeaux Nord (AFL), destiné aux parents d’origine étrangère dont les enfants sont scolarisés à l’école élémentaire Labarde.

D’autres initiatives misent sur les pratiques artistiques pour toucher un nouveau public. La Maison des Ados réalise par exemple un film avec les jeunes du Grand Parc sur leur vie scolaire, notamment la question du décrochage. L’association Ruelle, qui accompagne des personnes ayant été contraintes à du travail forcé (saisonniers agricoles, BTP, prostitution…), prépare des spots vidéo qui seront diffusés sur internet pour « faire sortir du silence les victimes d’esclavage domestique ».

Intérêt général

Enfin, à l’instar de la Chiffonne Rit, plusieurs projets tentent de concilier les enjeux sociaux, économiques et écologiques. Comment créer de la valeur et des emplois tout en accomplissant des missions d’intérêt général ? C’est par exemple l’ambition des Détritivores, qui proposeront aux cafés-restaurants de collecter leurs déchets organiques, peu triés alors qu’ils peuvent alimenter des composts. Un premier emploi d’insertion va être créé à Darwin grâce à ces fonds publics, mais sur un marché potentiellement porteur puisqu’au 1er janvier les restaurateurs devront valoriser leurs biodéchets.

« Ma petite entreprise en Aquitaine », action portée par l’INSUP (institut supérieur de la formation permanente) importe elle un concept québecois : proposer à 12 jeunes et adultes en difficulté d’insertion professionnelle de réaliser de A à Z une prestation de service, pour laquelle ils seront les concepteurs et les ouvriers. Une piqure de rappel des réalités d’une entreprise, déjà expérimentée avec succès avec des décrocheurs à Lormont.

Après avoir contribué au lancement de plus de 230 projets depuis le démarrage du Pacte, la ville envisage désormais de privilégier l’aide aux budgets de fonctionnement des opérations. Car si celles-ci poussent les gens à se prendre en main, et ne se contentent plus d’apporter une aide sociale clé en main, elles ne garantissent pas toutes des débouchés.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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