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La pauvreté s’incruste en Aquitaine
Société 

La pauvreté s’incruste en Aquitaine

par Simon Barthélémy.
Publié le 5 novembre 2015.
Imprimé le 16 octobre 2021 à 02:36
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En Aquitaine, le Secours Catholique aide 38 837 personnes, dont beaucoup de familles monoparentales (Sébastien Le Clézio/Secours Catholique/DR)

En Aquitaine, le Secours Catholique aide 38 837 personnes, dont beaucoup de familles monoparentales (Sébastien Le Clézio/Secours Catholique/DR)

Le Secours Catholique présente ce jeudi ses statistiques d’accueil, baromètre de la pauvreté en France. L’ONG présidée par la Bordelaise Véronique Fayet, a aidé 38837 personnes l’an dernier en Aquitaine, dont beaucoup de jeunes avec des emplois précaires.

« La pauvreté s’installe, s’incruste. Nous recevions quotidiennement 50 à 70 personnes à la Halte de jour, rue Lafaurie de Monbadon, à Bordeaux, nous sommes passés à 130 à 150 personnes », a indiqué Alain de Brugière, président de la délégation Gironde du Secours Catholique, lors d’une présentation des statistiques annuelles de l’ONG, ce mercredi au Club de la Presse de Bordeaux.

En Aquitaine, l’association caritative a aidé l’an dernier  38837 personnes  (70146 si on ajoute le Limousin et Poitou-Charentes, 1,5 million en France). C’est une part très significative des 12,9% d’Aquitains, soit 430200 personnes, vivant sous le seuil de pauvreté (c’est à dire gagnant moins de 60% du revenu médian français, 1643 euros, soit moins de 1000 euros).

Et la proportion de personnes se rendant au Secours Catholique pour la première fois continue d’augmenter, passant de 65% en 2010 à 72,8%. Que signifie ce chiffre ? Il traduit un renouvellement de la population en difficulté, qui demande le plus fréquemment écoute, conseil et accueil auprès de l’ONG, à égalité avec de l’aide alimentaire. Les demandes liées au logement (loyer, factures d’énergie) ont augmenté de 12 points entre 2010 et 2014.

« Les deux tiers de cette population en difficulté ont entre 25 et 50 ans, dans la force de l’âge, poursuit Alain de Brugière. 30% sont des familles monoparentales. Et on observe une poussée inquiétante de ceux qui n’ont aucun revenu de travail ou d’aides publiques : ils représentent 18% des personnes que nous recevons. »

Des emplois précaires insuffisants pour vivre

En Aquitaine, la proportion de personnes sans indemnités de chômage est ainsi plus élevée que la moyenne nationale. « Il s’agit le plus souvent de jeunes et de femmes qui soit n’ont jamais travaillé, soit ont épuisé leurs droits à des indemnités ».

En revanche, la part des personnes rencontrées par le Secours Catholique ayant un emploi est toutefois plus élevée que la moyenne nationale, « du fait essentiellement d’un surcroît d’emplois précaires, en particulier d’emplois intérimaires et saisonniers. Ces emplois ne peuvent suffire pour vivre, et ce d’autant moins que les logements sont chers dans les zones touristiques ».

En outre, le parc locatif social est « relativement peu dense dans la région », rappelle le Secours Catholique : 46,9 logements sociaux pour 1000 habitants, contre 74,7 en France métropolitaine.

Double peine

Autre caractéristique forte des personnes rencontrées par le Secours Catholique : 6 ménages sur 10 ont des impayés, le plus fréquemment des factures d’énergie. Ex directeur des ressources humaines dans une banque, Alain de Brugière s’indigne de la double peine infligée aux personnes les plus en difficulté :

« Ce sont elles qui casquent le plus dans les banques : 131 euros de frais bancaires mensuels (agios, etc.), alors que ces frais s’élèvent à 7 euros en moyenne.Car c’est un traitement informatique, sans discernement sur la situation des personnes ».

A l’arrivée, déplore-t-il, celles-ci doivent faire des arbitrages, par exemple sur la mobilité : ce poste qui s’élève à 232 euros par mois passe à 68 euros. « Elle tapent dans des dépenses qui seraient nécessaires pour se réinsérer : une voiture, un permis de conduire… »

Exclus de la mobilité

Le Secours Catholique constate d’ailleurs un doublement en 4 ans des demandes d’aides à la mobilité.

« Les transports collectifs ne peuvent pas répondre aux besoins d’une personne habitant à Artigues, et à qui on propose un travail à la zone d’activité de Montesquieu, à Martillac, où elle doit embaucher à 4 heures du matin, explique Christophe Venien, délégué départemental du Secours Catholique. Nous essayons d’avoir des accords avec les garages solidaires, pour commencer par la location d’un scooter. C’est plus facile dans la métropole qu’en zone rurale. »

Enfin, la nationalité des personnes aidées par le Secours Catholique n’évolue guère, malgré l’afflux de réfugiés en Europe, et le soutien accordé localement aux exilés Sahraouis. Au contraire, depuis 2010, la part des personnes de nationalité françaises reçues par l’ONG a augmenté dans la grande région Aquitaine – Limousin -Poitou-Charentes, passant de 77,7% à 78,8% (contre 66,4% à l’échelle de la France).

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, cofondateur de Rue89 Bordeaux

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