Le tas de tracts publicitaires au milieu de la place Jean-Moulin a pour nom le Monstro-pub. A l’appel du groupe RAP-Bordeaux (Résistance à l’agression publicitaire), quelques Bordelais sont venus le samedi 12 décembre pour déverser les prospectus ramenés de leurs boites aux lettres. Les autres, de passage, pouvaient se servir sur place.
L’opération est symbolique. Et si elle n’a pas attiré les foules, occupées à faire les achats de Noël, les personnes venues pour l’événement ont vraiment joué le jeu. Sous la houlette des membres de RAP-Bordeaux, elles ont participé à quelques saynètes ironiques pour prier le dieu de la pub ou assisté à la chasse au prospectus mis en personnage par le groupe.
« C’est vrai qu’il est question d’un fléau, a commenté une passante accompagnée de son fils. C’est l’occasion d’expliquer au petit les dégâts de cette forme de publicité envahissante et polluante. »
40 kilos de prospectus par foyer français
Devant un panneau comportant des chiffres et des statistiques sur l’impact des tracts publicitaires sur le consommateur, le contribuable et les collectivités, cette mère explique à son fils les effets néfastes en évoquant les abattages des arbres. Julien du groupe RAP-Bordeaux abonde :
« Chaque année, 40 kg de prospectus envahissent la boite aux lettres de chaque foyer français. 87% des ces prospectus sont jetés sans être lus. Si 5% des Français ne recevaient plus de prospectus publicitaires, cela représenterait 400 000 arbres épargnés chaque année. »
Ces chiffres sont relevés dans une étude de juin 2014 effectuée par UFC-Que choisir, « Publicité dans les boîtes aux lettres, La grande distribution en fait plus que jamais des tonnes ». Celle-ci souligne que les contribuables financent le traitement des déchets papiers à hauteur de 230 millions d’euros par an, soit 56% du coût total, contre 15% pour les industriels. Le groupe RAP-Bordeaux milite pour la prise en charge intégrale du coût de traitement des prospectus (collecte, incinération, recyclage) par ceux qui les produisent.
La 2e concertation pour le RLPI n’attire pas la foule
Ce 10 décembre, ils étaient six en tout, si l’on ne compte pas l’équipe d’organisation de la deuxième réunion de concertation pour l’élaboration du Règlement local de publicité intercommunal (RLPI), dirigée par Jacques Mangon à la Métropole : d’un côté, trois citoyens, et de l’autre côté, trois représentants du Syndicat National de la Publicité Extérieure (SNPE).
La concertation fait suite au questionnaire mis en ligne par la Métropole, qui a récolté 251 réponses. Le RLPI intervient sur les conditions d’implantation et le format des dispositifs de la publicité, d’enseignes et de pré-enseignes. Les résultats du questionnaire orientent le projet, entre autre, vers l’interdiction de l’affichage 4×3 dans « les espaces de nature », et la limitation à 2 m2 de la publicité sur mobilier urbain au sein d’un « patrimoine bâti remarquable » (exemple les quais de Bordeaux).
Malgré une majorité de réponses pour limiter le nombre de ces derniers, rien ne semble confirmer un tel numerus clausus dans le projet présenté. Jacques Mangon a présenté la publicité comme « une forme de vie », alors qu’une personne du public espérait son interdiction totale dans la métropole.
Les membres du SNPE ont critiqué le projet qui pourrait provoquer « la suppression de 80% d’emplacements pour l’une des sociétés d’affichage », rappelant au passage le manque à gagner pour les communes de Métropole avec la baisse de la Taxe locale sur les enseignes et publicités extérieures (TLPE). Celle-ci peut rapporter « entre 80 000 et 100 000 euros pour une commune comme Saint-Médard-en-Jalles » précise Jacques Mangon.
Une prochaine réunion de concertation est à venir avant le passage du projet en Enquête publique. Ensuite, sa mise en place nécessitera 4 ans.
Stop Pub
Par ailleurs, il demande aux pouvoirs publics la promotion de l’autocollant Stop Pub pour améliorer son adoption par les Français, ainsi que la mise en place d’une loi pour renforcer l’efficacité de ces autocollants. Rien n’oblige en effet les distributeurs à les respecter. L’étude de UFC-Que choisir révèle, en s’appuyant sur un sondage de TNS-Sofres, que, jusqu’en 2011, 9% des foyers ont équipé leurs boites aux lettres de cet autocollant, parfois de façon artisanale, et que celui-ci permet de diviser le nombre de prospectus reçus par six.
L’autocollant Stop Pub est arrivé avec le lancement du plan national sur la prévention des déchets en 2004, censé réduire la pollution publicitaire dans les boîtes aux lettres. Ce plan national intervenait après 25 ans d’augmentation exponentielle des déchets ménagers (+71% entre 1975 et 2000, avec plus de 373 kg/habitant/an) :
« La campagne Stop pub devait limiter la distribution des prospectus non adressés, peut-on lire dans l’étude. Elle a été complétée plus tard par la mise en œuvre du principe de “responsabilité élargie du producteur” visant directement les distributeurs de prospectus non adressés, et qui consiste à leur transférer la charge de la collecte, de la valorisation et de l’élimination des déchets. Le désengagement progressif de l’Etat a malheureusement grippé cette mécanique. »
Aujourd’hui, « la pression publicitaire » s’est accrue de 35%.
L’Etat à la traine
Les décisions sur la législation qui encadre la distribution et le traitement des prospectus publicitaires relève du Ministère de l’environnement qui, selon UFC-Que choisir, est « bien peu transparent, et particulièrement sur la part réellement payée par les émetteurs de papier » pour leur traitement. L’enquête de l’organisme démontre que la pression publicitaire provient pour l’essentiel de la grande distribution et de l’alimentation avec plus de 36% des prospectus distribués. La période de Noël est cependant propice à leur multiplication.
Interrogé par Rue89 Bordeaux en marge de la deuxième réunion publique pour l’élaboration du règlement local de publicité intercommunal qui a eu lieu le 10 décembre (voir encadré), Jacques Mangon, maire de Saint-Médard-en-Jalles et vice-président de Bordeaux Métropole en charge de l’urbanisme réglementaire et de la stratégie foncière, a reconnu que la Métropole n’était pas habilitée à traiter le problème des prospectus et les décisions qui encadrent leur distribution et leur traitement reviennent à l’Etat, seul habilité à imposer un règlement à leurs émetteurs.
Sur la place Jean-Moulin, les militants de RAP-Bordeaux se contentent pour l’instant de sensibiliser le grand public sur « une gabegie environnementale » contre laquelle l’Etat tarde à agir. A 16h30, ils sont rejoints par le collectif de citoyens organisateurs de la Marche pour le Climat qui venait de rendre « un hommage à ces victimes ignorées par les négociateurs de la COP21 ». Deux causes faites pour se rencontrer !
En deuil pour les victimes du climat
Une drôle de procession funéraire, en hommage aux milliers de victimes du climat chaque année, a eu lieu samedi à Bordeaux, entre la place de la Comédie et Pey Berland. Les marcheurs, en deuil, arboraient des panneaux noirs avec des messages : « Aux victimes du climat (passées et à venir) ».
Comme l’affirme le communiqué de l’événement, « les années à venir risquent de voir gonfler le nombre de réfugiés climatiques. Estimé aujourd’hui à 27 millions par an, il passerait à 250 millions par an en 2050 (source ONU). Parallèlement, le nombre de victimes du dérèglement climatique passerait de 30 000 aujourd’hui, à 250 000 morts par an à partir de 2030 (source OMS) ».
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