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« A lundi ! », l’expo de départ à la retraite
Culture 

« A lundi ! », l’expo de départ à la retraite

par Walid Salem.
Publié le 28 janvier 2016.
Imprimé le 06 décembre 2021 à 22:18
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Alain Diaz installe l'exposition "A lundi !" (WS/Rue89 Bordeaux)

Alain Diaz installe l’exposition « A lundi ! » (WS/Rue89 Bordeaux)

Avant son départ à la retraite, le régisseur du Frac Aquitaine, Alain Diaz, est le commissaire de l’exposition « A lundi ! » qui démarre ce vendredi 29 janvier. Une sélection des œuvres de la collection raconte son parcours, ses souvenirs, et ses liens avec les artistes.

« C’est un gros départ pour nous », concède Claire Jacquet. La directrice du Fond régional d’art contemporain Aquitaine salue celui qui vient de passer 25 ans « au cœur de l’action ». Le régisseur Alain Diaz se prépare à prendre sa retraite en juin 2016.

Durant toutes ces années, ce passionné de chant et de foot côtoie des œuvres d’art et des artistes de renom : Jeff Koons qui l’a fait « le plus voyager », et Roman Opalka qui lui avait écrit des remerciements, « une reconnaissance ».

Alain Diaz se souvient aussi des « artistes stressés pour leur première exposition » et les jeunes artistes se souviennent de lui. Le Bordelais Nicolas Milhé raconte :

« En 2009, pendant l’installation de mon exposition Casus Belli au Frac, j’étais jeune et il m’a mis à l’aise. On parlait foot. Ça change ! Il y a beaucoup de gens tendus dans le milieu de l’art et c’est pas toujours très drôle. Il a une capacité à échanger sur les œuvres et faire des commentaires spontanés, parfois assez justes, devant le fait accompli. Je l’ai écouté, oui, je n’écoute pas que les critiques d’art et les conservateurs. »

De ces souvenirs, de ces échanges, de ces voyages, est née l’exposition « A lundi ! » comme une parole spontanée qu’Alain dit. Son fil conducteur tient dans l’esprit du régisseur depuis son premier jour au Frac, de la première œuvre de Noël Cuin qu’il a vue rejoindre la collection, à la dernière acquise de Bastien Cosson, en passant par un clin d’œil pour chacun des quatre directeurs qu’il a connus : Luce Bort, jusqu’en 1993, Philippe Bouthier, de 1993 à 1994, Hervé Legros, de 1995 à 2006 et depuis janvier 2007, Claire Jacquet.

« Je monte ma dernière expo et je m’en vais »

Mais l’exposition résonne au-delà de ses dimensions professionnelles. D’autres vécus trouvent sens dans l’interprétation, et même la réinterprétation, de certaines œuvres. Que l’on se rassure, Alain Diaz ne surjoue pas. Les œuvres décrivent le monde et il emprunte dans chacune d’elle de quoi décrire le sien.

« Je me suis toujours dit : je verrais bien cette œuvre là et celle-là ici. Pendant tout ce temps, je faisais mon petit monde. Et aujourd’hui, je monte ma dernière expo, la mienne, je la monte et je m’en vais. »

C’est aussi simple que ça. Aussi simple qu’une écriture par l’art de sa « vie de tous les jours ». Alain Diaz pose une table de Richard Fauguet au centre signe de convivialité, « un hommage aux gens avec qui j’ai travaillé, aux artistes que j’ai rencontrés ». Il propose les paysages filmés de Jean-Marc Chapoulie « parce que j’aime le Tour de France », les Fleurs carnivores d’Alain Séchas « pour l’amour de la nature », les tapisseries Marabout de Claude Closky en souvenir de son boulot « d’avant » et les baisers qui volent de Frédéric Duprat « avant de faire la bise et de partir ».

L’homme de la situation

Pourtant la route d’Alain Diaz n’était pas tracée pour le conduire sur le chemin de l’art contemporain. Apprenti en 1971, il obtient un CAP peintre-tapissier. Ensuite, il « fait 4 boites » jusqu 1990, l’année où son cousin, employé au Capc, lui souffle à l’oreille que le Frac cherchait un régisseur :

« Ils avaient reçu des CV d’étudiants des Beaux-Arts. Le boulot est surtout technique, manuel et minutieux. J’ai tenté ma chance. La directrice avait défendu ma candidature et, le 12 février 1990, je suis pris. »

Luce Bort, à la tête du Frac installé dans le quartier de Mériadeck, n’a pas regretté son choix. Surtout que le jeune régisseur lui propose aussitôt de repeindre les locaux « pour faire joli ». Les deux mois à l’essai passent et Alain Diaz signe son CDI. Il appelle son ancien patron qui l’attendait « au cas où » :

« Il m’avait encouragé à tenter ma chance ailleurs et, si ça n’allait pas, il m’avait dit que je pouvais revenir. »

Dans l’équipe, la confiance s’est installée et dans la foulée, la directrice lui confiait la responsabilité des montages des expos. Sa première, évidemment inoubliable : celle de Luc Lauras au Bouscat. Luce Bort avait insisté sur le respect des œuvres, au chargement, au déchargement, au montage et au démontage. Le message est passé et Alain Diaz s’impose alors comme « l’homme de la situation ».

La parole spontanée

Et l’art contemporain ? Alain Diaz avait entendu parler de ce « nouvel art », mais ne connaissait pas plus que ça. Il n’a pas caché ses premières surprises à la vue de certaines œuvres et des « objets sur des socles ».

Mais il est régisseur et ne s’embarrasse pas de questions. Le métier demande des qualités de technicien et il en propose plus : « il faut avoir une mémoire visuel et de la logique ». Issu de « la vieille école avec ses chevilles et ses pitons », il s’est retrouvé à monter « New hoover convertibles » de Jeff Koons avec une notice… en anglais ! Par un langage des signes avec l’assistant de l’artiste, il a eu « un peu de mal la première fois ». Il a « enregistré l’œuvre dans la tête » et l’a remontée « 32 fois sans problème ».

Avec le temps, Alain Diaz « voit » mieux ce qu’il fait. Il se dit prêt à répondre à ceux qui, dans les années 1990, laissaient entendre à la vue de certaines œuvres « qu’ils pouvaient en faire autant » et insistaient avec dédain pour savoir « combien ça vaut ». Aujourd’hui, il veut défendre les artistes mais « aujourd’hui, on pose moins de questions » :

« C’est lui qui porte la dimension civique du Frac, reconnaît Claire Jacquet. Il est sur la route. Il parle des artistes. Il décomplexe les gens avec une parole spontanée qui met à l’aise. »

Infos pratiques

Exposition « A lundi ! La collection du Frac Aquitaine vue par son régisseur », du 29 janvier au 23 avril 2016

  • Vernissage : vendredi 29 janvier à 18h30, Frac Aquitaine, Hangar G2, Bassin à flot n°1, quai Armand-Lalande à Bordeaux
  • Table ronde : « Le Frac Aquitaine, le Frac-Artothèque du Limousin et le Frac Poitou-Charentes : une histoire de collections », vendredi 29 janvier à 15h30 à l’Oara, 33 du temple à Bordeaux

Entrée libre du lundi au vendredi de 10h à 18h et le samedi de 14h30 à 18h30

Le site du Frac Aquitaine

Article actualisé le 29/01/2016 à 10h24
L'AUTEUR
Walid Salem
Walid Salem
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