Bluecub veut passer en troisième
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Bluecub veut passer en troisième

actualisé le 12/01/2016 à 12h09

La station du Bouscat est une des première (CP/Rue89 Bordeaux)

La station du Bouscat est une des première (CP/Rue89 Bordeaux)

Le service de voiture en autopartage Bluecub fête ses deux ans d’existence. S’il a doublé son nombre de locations l’an dernier et continue à ouvrir des stations dans la métropole, les interrogations demeurent sur la viabilité du système du groupe Bolloré.

Une croissance des locations 100% en 2015. C’est ce que revendique le service d’autopartage Bluecub, lancé à Bordeaux il y a deux ans pile-poil par Bolloré, et qui revendique 62000 locations (en 24 mois) et 4600 usagers. Les stations de recharge de ces petites voitures électriques, ont il est vrai poussé comme des champignons dans la métropole. Le service a été lancé en janvier 2013 avec 40 stations et 80 véhicules. Il compte aujourd’hui 71 stations pour 170 véhicules et devrait arriver prochainement à 80 stations et 400 bornes de charge pour 200 véhicules.

Le service est présent dans dix communes de la métropole (Bordeaux, Bruges, Cenon, Floirac, Le Bouscat, Mérignac, Pessac, Talence, Villenave-d’Ornon et Bègles), mais aussi à Arcachon (4 stations installées l’été dernier). Néanmoins, la majorité des stations sont localisées dans la ville centre. Résultat, « 80% des locations se font pour des trajets dans Bordeaux », estime François-Xavier Gardère, responsable Bluecub sur la métropole.

C’est à dire que les Bluecub tournent le plus dans la zone déjà la mieux desservie par les transports en commun…

« Les Bluecub sont bénéfiques à la qualité de l’air et pour la pollution urbaine, mais est-ce pertinent de remplacer un trajet possible en tram par un trajet en voiture ? s’interroge Nicolas Guenro, directeur général de Citiz, une société coopérative d’autopartage (et donc concurrente de Bluecub). Si on veut réduire le nombre de voiture, il faut multiplier les services d’autopartage. Mais le but n’est pas de prendre des part de marché à la TBC. »

Une voiture en autopartage = 9 véhicules personnels

Bluecub étant financé sur fonds privés, les communes de la métropole ne voient que des avantages à sa présence. La mairie de Pessac a fait installer trois stations en 2015 sur demande du nouveau conseil municipal. Landreau Jeremie, adjoint au maire, se félicite d’avoir obtenu ces bornes :

« En 3 mois, on comptabilise environ 700 locations. Et si on ne peut pas analyser les retombées économiques, c’est évident que les bornes augmentent la visibilité des commerçants qui sont à côté. »

A en croire une étude de l’ADEME, chaque voiture en autopartage supprime 9 véhicules personnels de la circulation. C’est ce qui s’est passé pour Magalie, ravie de son abonnement offert par Bluecub à tous les employés de l’agence immobilière où elle travaille.

« Je ne paie que les déplacements. Pas d’assurance, pas d’essence, pas de temps perdu à chercher une place… J’ai fini par revendre ma Mini ! »

Un bilan mitigé ?

Mais à chaque usage son autopartage. Si Citiz sert davantage au long trajet avec une moyenne d’utilisation de 7heures, la moyenne d’utilisation de Bluecub est d’environ trente minutes. Et si on ne rapporte pas la Bluecub à une station, gare à la facture. C’est ce qui est arrivé à Magda quand elle a utilisé pour la première fois le service :

« Entre les bouchons et le temps de faire mes courses, la durée de ma location s’est élevée à 4 heures. J’en ai eu pour près de 70 euros, alors que j’aurais pu louer une voiture pour la journée pour 30 euros ! »

Malgré son développement et son prix, Bluecub « n’est pas encore rentable », reconnaît François-Xavier Gardère. « Mais il faut laisser le temps aux usagers de s’habituer à utiliser l’autopartage. »

« Racolage publicitaire »

Le responsable du réseau pour l’agglo est confiant, fort de « 2630 abonnements annuels souscrits ». Souscrits, certes, mais combien de vendus ? François-Xavier Gardère n’a pas souhaité communiquer ce chiffre. Or Bluecub multiplie les opérations promotionnelles et offre les abonnements annuels. Xavier, un utilisateur occasionnel, parle même de « racolage publicitaire » :

« Je n’ai pas de voiture, et nous devions en trouver une pour les rendez-vous médicaux de ma femme, enceinte, et qui venait de se casser le pied. On s’est inscrit sur le site de BlueCub, non par choix mais par défaut car l’offre nous convenait plus : il fallait que ça aille vite. On a pris deux ou trois fois des abonnements hebdomadaire qui sont gratuits. Depuis je reçois tous les quinze jours un mail ou un sms pour me dire que BlueCub m’offre un abonnement gratuit d’un an (soit 99 euros d’économisé !). »

En manque de clients ? Bluecub ne se placerait alors pas dans la roue d’Autolib. Son cousin parisien, lancé en 2011, serait lui un véritable succès commercial : le groupe Bolloré comptabilise 16 500 locations par jours sur ses 4 000 voitures disséminés dans la métropole francilienne.

L’effet sur l’écomobilité est plus contestable : selon le cabinet 6T, il semblerait que les Autolib ne diminuent pas le nombre de voitures personnelles, mais poussent les usagers du métro, du bus ou du vélo à se tourner vers les voitures électriques. Motifs : la place de parking garantie aux stations des véhicules Bolloré, et le système de « trace directe », qui permet de laisser la voiture à n’importe quelle station, quand les autres services d’autopartage imposent de rapporter la voiture là où elle a été empruntée.

Clémence Postis

L'AUTEUR
EFJ
EFJ
Les articles des étudiants de l'EFJ Bordeaux, l'école française de journalisme, en immersion à Rue89 Bordeaux.

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