Chapiteau en Hiver, et le printemps du cirque bordelais
Culture 

Chapiteau en Hiver, et le printemps du cirque bordelais

Le Chapiteau de Bègles Dominique Clère)

Le Chapiteau de Bègles (DC/Rue89 Bordeaux)

Secteur dynamique du spectacle vivant, le cirque contemporain s’implante petit à petit dans la métropole bordelaise, où se trouve la seule école pro d’Aquitaine. Avec la 3e édition de Chapiteau en Hiver, le cirque prend ses quartiers d’hiver à Bègles.

En 2012, Nadia Aguir et Jean-Sébastien Steil réalisaient un diagnostic territorial du cirque contemporain dans l’agglomération bordelaise, et dressaient un constat alarmiste. Le manque d’investissement des collectivités et la rareté des compagnies étaient notamment mis en avant. Ce constat est encore partagé à l’heure actuelle par des acteurs du secteur, qui pointent un retard structurel de la métropole dans ce domaine.

Bordeaux serait-elle simplement vouée à la réception des grands cirques itinérants sur la place des Quinconces ? Pas forcément.

Le cirque contemporain en pôle à Bègles

Depuis le diagnostic de 2012, la situation a évolué, avec des initiatives qui se multiplient et perdurent. C’est le cas notamment de Chapiteau en Hiver, dont la 3e édition se tient aux Terres Neuves, du 24 janvier au 14 février.

Chapiteau en Hiver jusqu’au 14 février

Si les ateliers cirque enfants et adultes ont démarré dimanche dernier, les spectacles commencent ce week-end, avec 9 représentations

  • Le Poivre Rose : 30 et 31 janvier
  • Concerto Deux Clowns : 3 février
  • Acrometria : 9 et 10 février
  • Bêtes de foire : 12, 13 et 14 février

Chapiteau en Hiver est coorganisé par le service culturel de la mairie de Bègles et la Smart Cie. En 2012, cette compagnie de cirque contemporain a proposé ce projet au service culturel de la ville, qui leur a donné carte blanche pour réaliser la première édition. Le succès aidant, un partenariat s’est noué, et le festival pérennisé sous la forme d’une biennale.

Pour Philippe Sanchez, directeur des affaires culturelles de la mairie de Bègles, cette manifestation répondait à une demande importante dans la saison culturelle de la ville. Elle permettait également d’ancrer la culture circassienne dans un lieu, les Terres neuves, et de créer des histoires entre ce lieu, les artistes et les quartiers.

« Bègles est une ville en première couronne bordelaise, qui au-delà de sa porosité naturelle avec Bordeaux, garde une grande tradition ouvrière et populaire, explique Philippe Sanchez. On voulait que le cirque soit implanté de manière durable aux Terres Neuves, et confronter des modes de vie différents, entre la vie d’artistes et celles des habitants du quartier. »

Cirque et médiation

Concrètement, cette manifestation se matérialise par des spectacles et des créations audacieuses, mais également des parcours scolaires et péri scolaires pour les enfants, et des ateliers pour adultes.

Pascale Lejeune, directrice artistique de la Smart Cie, est très engagée sur les questions de transmission, et voit dans le cirque un excellent outil d’émancipation.

« Plus on est ouvert à la culture jeune, plus on baigne dans cette curiosité, plus les enfants deviendront des adultes ouverts à l’autre et tolérant. Chapiteau en Hiver, est une proposition dans le parcours culturel des enfants. On ne les fait pas venir pour aligner des chiffres, mais pour transmettre une culture. »

Ainsi, le festival ne se présente pas comme une succession de spectacles, mais s’accompagne de résidences d’artistes et d’actions de médiations culturelles, qui commencent d’ailleurs en amont des spectacles.

Depuis dimanche, les ateliers sont ouverts, et sous l’œil et les conseils des artistes de la Smart Cie, jeunes et moins jeunes, s’initient à la pratique du cirque.

Ateliers cirques Dominique Clère)

Ateliers cirque (DC/Rue89 Bordeaux)

Cirque « tradi » vs cirque contemporain ?

Le festival se veut ouvert au grand public, mais refuse l’opposition avec le cirque dit « traditionnel ». Certes, sur Chapiteau en Hiver on peut retrouver un public plus élitiste, mais les choix artistiques sont faits pour rendre les spectacles accessibles :

« Ceux qui vont à Gruss peuvent trouver leur intérêt dans notre programmation, rappelle Pascale Lejeune. L’idée forte de Chapiteau en Hiver est de rendre possible une passerelle entre deux manières de voir le cirque, qu’il ne faut pas opposer. »

La principale différence avec le cirque traditionnel se situe dans l’écriture des spectacles, avec un déroulé continu et une écriture dramatique, très théâtrale. Il ne s’agit pas de proposer une succession de numéros, mais d’amener le spectateur dans un univers.

Des thèmes très « traditionnels » sont d’ailleurs abordés, comme avec « Concerto pour deux clowns », qui revisite la relation du Clown Blanc à l’Auguste.

« On a eu envie que les spectateurs se laissent happer par le spectacle et qu’ils soient éblouis par l’ambiance, tout en ayant une grande exigence technique, rappelle Pascale Lejeune. On ne fait pas semblant, on envoie du cirque. On est acrobate, jongleur, on y va ! Ce qui m’intéresse c’est que les spectateurs puissent être portés, et soient aussi impressionnés par les performances des artistes. »

Avec cette manifestation, et la volonté de créer une cité cirque autour des Terres Neuves, Bègles se fait sa place comme pôle majeur des arts du cirque. Et le retard de la métropole se réduit aussi par ailleurs. Ainsi Bordeaux Métropole est partenaire de l’événement, et les villes de Bègles et Bordeaux ont signé une convention de coopération culturelle en 2015.

Bref, ça bouge sous le chapiteau du cirque girondin. La preuve, les manifestations donnant une large place aux arts de la piste se multiplient, avec notamment Fest’Arts à Libourne, les Échappées Belles de Blanquefort, Larural sur Créon, ou encore Novart qui accueillait le No Fit State Circus (le spectacle Bianco) en octobre dernier sur Bègles.

L’école du cirque de Bordeaux en plein renouveau

Par ailleurs l’école du cirque de Bordeaux, qui traversait une période de turbulence lors de l’étude de 2012, est en plein renouveau. Avec le recrutement en 2011 d’un responsable de formation, un nouveau projet a été écrit, orienté vers le cirque contemporain, autour du mouvement dansé, quand le projet pédagogique précédent était plus axé sur la performance au détriment de l’artistique.

Après deux ans de tâtonnements, où il a fallu réinterroger les pratiques et les structures, les résultats de la seule formation professionnelle d’Aquitaine se font sentir : pour la première fois, des étudiants sortis du chapiteau jouxtant la Base sous-marine, ont pu rentrer directement en deuxième année au CNAC à Chalon, la meilleure école française.

Un début de reconnaissance pour l’école, dont 94% des élèves (une quinzaine par promotion, la formation durant deux ans) continuent dans les arts du spectacles : la moitié poursuivent sur une formation plus poussée dans  des écoles supérieures comme le CNAC de Chalon, Fratellini, ou à l’étranger, l’autre entre directement dans la vie professionnelle. Le public ne s’y trompe pas : les Morceaux Choisis, spectacles gratuits où les élèves présentent régulièrement l’avancée de leurs travaux, font régulièrement le plein.

Le chapiteau de l'école de cirque de Bordeaux (DR)

Le chapiteau de l’école de cirque de Bordeaux (DR)

Passe ton bac cirque d’abord

Aussi, les partenariats se sont rouverts, avec la Communauté urbaine de Bordeaux (devenue Métropole), avec la région qui apporte son soutien au centre de formation, mais aussi avec Agora et Le Carré-Les Colonnes, l’autre pôle vedette de la métropole bordelaise, qui propose aussi des spectacles autours des arts du cirque. Et de rêver que dans le cadre de la nouvelle grande région Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes, les lycéens passés par l’école de Châtellerault, qui propose un bac option cirque, continuent leur formation à Bordeaux.

« Il y a matière à s’appuyer plus sur nous, plaide Laurène Balossa, la responsable pédagogique de l’école du cirque de Bordeaux. On a souhaité que l’école puisse s’ouvrir à des collaborations. Des résidences se développent, notre plateau aussi, et à la fin de leur formation très peu de nos étudiants quittent le monde du cirque. »

Elle espère à l’avenir resserrer ces liens, comme celui avec Le Carré-Les Colonnes, mais aussi participer plus activement à la cité cirque de Bègles. Philippe Sanchez, le directeur du service culturel de Bègles, est d’ailleurs devenu depuis peu administrateur de l’école du cirque de Bordeaux.

États Généreux de la culture en mars à Bordeaux

La structuration du cirque métropolitain pourrait s’accélérer le 19 avril prochain. En marge de la venue de la compagnie Avis de Tempête quais de Queyries, se dérouleront en effet des États Généreux de la culture. Coordonnés par le Syndicat du Cirque de Création, ces assemblées dresseront un état des lieux de la profession, à travers différentes thématiques : capacité à absorber les nouveaux arrivants, transmission d’une compagnie, création d’un répertoire, comme dans le théâtre ou la musique

« Les arts du cirque ont démarré avec une grande fulgurance, nous voulons faire un point et transmettre la synthèse au ministère de la culture en 2017, explique Pascale Lejeune. La demande est croissante, mais le cirque reste un parent pauvre au niveau du soutien de l’Etat, aussi il était important de nous poser ces questions. »

Rassurant sur la vitalité des arts du cirque, ce questionnement montre la volonté des compagnies locales d’occuper l’espace, et de structurer la pratique, afin d’être des interlocuteurs crédibles pour leurs collectivités locales. À Bègles, la porte est déjà ouverte. Bordeaux va-t-elle emboiter le pas ?

Laurène Balossa se prend ainsi à espérer voir un jour un chapiteau de cirque contemporain sur la place des Quinconces. Une perspective encore lointaine, le cirque contemporain étant sur Bordeaux même encore cantonné à la plaine chapiteau des quais de Queyries.

L'AUTEUR
Dominique Clère
Dominique Clère
Journaliste web et photographe indé, rédacteur du blog raffut89 pour Rue89.com

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