La Maison Rose ouverte aux malades du cancer à Bordeaux
Société 

La Maison Rose ouverte aux malades du cancer à Bordeaux

actualisé le 29/01/2016 à 14h18

Jenna Boitard et Céline Dupré, les responsables de la Maison Rose à Bordeaux (SB/Rue89 Bordeaux)

Jenna Boitard et Céline Dupré, les responsables de la Maison Rose à Bordeaux (SB/Rue89 Bordeaux)

La première Maison Rose, dédiée à l’accueil, au bien-être et à l’information des malades du cancer, ouvre ses portes le 1er février à Bordeaux, et l’année prochaine à Paris. Une initiative inédite en France.

Comment faire garder ses enfants quand on suit une chimiothérapie ? Où trouver une prothèse capillaire digne de ce nom ? Quels droits encadrent la reprise du travail après une maladie ? Ces questions, et bien d’autres, touchent toute personne faisant face au cancer. L’association Rose tâche d’y répondre dans son magazine gratuit, lancé en 2011, et dont les 180000 exemplaires sont distribués dans les services de cancérologie partout en France.

Les Bordelaises qui l’ont créé franchissent une nouvelle étape en ouvrant le 1er février un lieu dédié aux patients, et à leur entourage. Une initiative « sans équivalent au monde », selon sa cofondatrice Céline Dupré :

« On s’est rendu compte qu’il y avait un vrai problème de soutien sociétal des malades, et que leurs questions portent moins sur les le traitement médical que sur les problèmes d’organisation de leur existence. Or de plus en plus de personnes sont touchées par la maladie, il faut apprendre à vivre avec. Nous avons conçu la Maison Rose à partir d’une enquête sur notre site internet : plus de 500 personnes nous ont dit ce que serait la maison idéale, qui ne soit ni l’hôpital, ni leur domicile. Un lieu qui leur permette de sortir de chez elles et de l’isolement, de boire un café et papoter, mais aussi se documenter et prendre soin de leur corps. »

Résultat : au deuxième étage d’un immeuble près des Quinconces et de son pôle de transports – « on voulait être au cœur de la ville », insiste Céline Dupré – des bureaux ont été transformés en salon cosy, avec cuisine, espace beauté et alcôve aux murs rose saumoné, comme de bien entendu…

Les hommes bienvenus

L’entrée libre et gratuite, se fera du lundi au vendredi, de 10h à 18h. Encadrés par des professionnels, les ateliers quotidiens (sophrologie, méditation en pleine conscience, beauté et modélage, arts créatifs…) qui démarreront à partir du 8 février, pourront recevoir entre 8 et 10 personnes, en priorité les femmes en cours de traitement ou rencontrant des difficultés personnelles.

« L’association reçoit de nombreux témoignages de femmes qui à cause de leur maladie ont été licenciées ou ne peuvent plus exercer leur métier. Beaucoup ont aussi été quittées par leurs mecs, voire ont même perdu la garde de leurs enfants », précise Céline Dupré.

Par ailleurs, ajoute-t-elle, le lieu n’est pas réservé aux femmes souffrant d’un cancer du sein, comme cela a été rapporté à tort, et n’est pas interdit aux hommes : « on leur fera des papouilles et des cours de yoga ! »

Chouette… D’ailleurs, si les hommes sont sans doute moins intéressés par les crèmes de soin de visage ou la ligne de sous-vêtements post cancer du sein, ils pourront en revanche consulter Blu, pendant masculin du magazine Rose (tiré lui à 50000 exemplaires), participer à des activités comme la journée coaching indiviudel « retour à l’emploi » (le 4 mars). Et les informations sur le cancer prodiguées à la Maison Rose n’ont pas de limite de genre.

« Nous apporterons par exemple des conseils nutritionnels, souligne Jenna Boitard, directrice du lieu (qui compte deux salariés et demi pour l’accueil du public. Les traitements ont des impacts massifs sur l’appétit, les nausées… Mais l’alimentation saine est un enjeu majeur dans la prise en charge du cancer, et il est important de retrouver l’envie de cuisiner. »

Une Maison Rose à Paris

Autre sujet clé : la pratique sportive.

« Le sport permet de réduire l’extrême fatigue, qui touche 90% des femmes malades, et fait baisser de 50% les risques de récidive du cancer, ajoute Céline Dupré. Si tous les malades faisaient du sport, cela représenterait 600 millions d’euros d’économies pour la sécurité sociale. »

Des moniteurs de la Cami Sport et Cancer, fédération consacrée à l’activité physique en cancérologie, encadreront les ateliers sur cette thématique. Toutes les activités de la Maison Rose seront gratuites. L’association à but non lucratif a reçu pour démarrer le mécénat de la Fondation L’Oréal, à hauteur de 250000 euros, dont 160000 pour le coût annuel de fonctionnement. Elle recherche d’autres partenaires pour pérenniser le lieu, mais aussi les démultiplier.

« Nous avons choisi Bordeaux parce que j’y vis et que c’était plus facile de démarrer avec les réseaux dont je disposais, mais nous avons déjà une commande pour une Maison Rose à Paris l’an prochain », annonce sa cofondatrice.

L’association Rose poursuit par ailleurs un travail plus politique : après un intense travail de lobbying, elle a récemment obtenu du parlement une amélioration du « droit à l’oubli » – lors de la contraction d’un prêt bancaire ou d’une assurance, ne pas être obligé de mentionner son cancer 10 ans après sa maladie, 5 ans pour les mineurs.

Elle se lance désormais dans le combat du retour à l’emploi des malades : une personne sur trois quitte ou perd son travail dans les deux ans suivant le diagnostic, et de façon parfois abusive. Entre l’augmentation du chômage d’une part, et les 1000 nouveaux cas de cancer déclarés chaque jour de l’autre, la Maison Rose aura du pain sur la planche pour faire voir à ses visiteurs la vie de la même couleur.

Y aller

Maison Rose

Entrée libre et gratuite du lundi au vendredi de 10h à 18h à partir du 1er février. Ouvert aux proches. Ateliers sur inscription, en ligne ou par téléphone.

9 rue de Condé, 33000 Bordeaux

05 40 1241 20

contact@maisonsrose.fr

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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