Première livraison « particulière » de la Commande Garonne
Culture 

Première livraison « particulière » de la Commande Garonne

actualisé le 25/01/2016 à 17h30

Image extraite du film (DR)

Image extraite du film (DR)

« Une vie mineure » est la première œuvre livrée de la Commande publique artistique Garonne de Bordeaux Métropole. Le film de Simohammed Fettaka, inspiré d’un court séjour de Friedrich Hölderlin dans la région, a été présenté ce jeudi en avant-première au cinéma Utopia. A l’applaudimètre, l’accueil est moyen.

afficheOn s’y perd un peu dans le film du Tangérois, Simohammed Fettak, « Une vie mineure ». Présentée ce jeudi à l’Utopia, cette première œuvre de la Commande publique artistique Garonne de Bordeaux Métropole brasse pêle-mêle plusieurs idées sans parvenir à captiver le public.

De la découverte « exotique » de Bordeaux, de la poésie « lyrique » de Friedrich Hölderlin, et surtout du bref séjour de ce dernier dans la banlieue bordelaise, Simohammed Fettak a compilé des « visions » d’inspiration dans laquelle s’immisce aussi l’histoire de sa vie personnelle :

« Il y a des milliers d’Hölderlin dans ce film. Chaque plan en reflète une facette, jusqu’à la mort qui a peuplé l’œuvre du poète. J’y retrouve mon vécu, des situations que j’ai connues se nichent dans plusieurs scènes du film. »

Des vies parallèles

A le prendre au mot, dans la narration du film on décèle une expérience similaire, sinon parallèle, que celle du poète allemand dans la région. L’exercice de style s’engouffre alors dans une écriture cinématographique qui rappelle parfois la Nouvelle vague par sa grande économie de moyens.

Au début du XIXe siècle, Friedrich Hölderlin arrive à Blanquefort en tant que précepteur chargé de l’éducation et de l’instruction des enfants du consul de la république de Hambourg Daniel Christophe Meyer. La mission dure trois mois et s’en suit un retour pénible en Allemagne où Hölderlin est interné de force suite à la dégradation de sa santé.

Dans le film, le personnage de Farid vient du Maroc enseigner la langue arabe aux enfants d’une famille de vigneron bordelais. Celui-ci, poète, rêveur, et mystérieux, fait une curieuse découverte au bord de la Garonne qui va l’entraîner dans des obsessions étranges. Empli de doutes et en quête de réponses, il retournera inlassablement vers les eaux du fleuve.

Des références venues d’ailleurs

L’histoire paraît alors couler de source au fil des paysages de la Garonne. Mais d’autres références viennent brouiller le spectateur : toutes, même si le réalisateur s’en défend, évoquent l’oppression, l’exode et l’exil, qui ne vont pas sans rappeler les grands traumatismes de l’actualité récente.

La tentative de franchissement des clôtures, la mort par la noyade, la difficulté de régulariser ses papiers… toutes ses références nous ramènent au destin funeste des réfugiés qui fuient leurs pays en guerre. Ces messages qui résonnent dans l’actualité sont renforcés par la lecture d’un poème de Mahmoud Darwich « Je ne m’appartiens pas… » qui dicte le testament de celui qui est privé du sol de son pays où il avait le désir être enterré.

Comment peut-on s’empêcher d’y voir les événements de notre temps ? Comment regarder la scène des statues se briser sur le sol sans y voir les destructions du patrimoine historique par Daech aussi bien dans les musées d’Irak que sur le site de Palmyre en Syrie ? La question est soulevée par un spectateur lors d’un échange entre la salle et le réalisateur. Ce dernier assure que non. Coïncidence ou prémonition ? Un autre spectateur prédit la compréhension du film avec le temps. Sans doute loin de ce présent.

Une commande sans contraintes

Sur la liste des œuvres attendues de cette Commande Garonne, le film de Simohammed Fettaka est la seule qui ne sera pas à la portée des Bordelais dans l’espace public. Le réalisateur salue « une manière très courageuse de laisser la liberté aux artistes de s’exprimer » et dit avoir « voulu sortir de l’œuvre matérielle et vivre une expérience dans la ville ».

Catherine David, directrice adjointe du musée national d’art moderne-Centre Pompidou et membre du comité artistique, précise :

« Nous avons évité les contraintes, comme disposer les œuvres le long du trajet d’un tramway par exemple. Nous avons préféré une lecture des œuvres de manière onirique. Le film est la preuve que toute forme d’art était la bienvenue. »

L’ « expérience dans la ville » de Simohammed Fettaka se traduit par « une année de travail avec 150 personnes de la région » pour donner « ce film irréductible » selon David Hurst, le directeur de Dublin film qui a co-produit le long métrage. Michel Duchène voit dans cette œuvre « particulière », ainsi que dans l’ensemble de la commande, l’audace des élus :

« Peu de maire ont eu le courage de lancer de telles idées. Grâce à Alain Juppé, et avant lui Vincent Feltesse, La métropole bordelaise est l’une des rares qui a encouragé la création artistique. On a parfois eu des oppositions mais les élus n’ont jamais abandonné. »

Le président du comité de pilotage de la commande artistique Garonne, et vice-président de la Communauté urbaine de Bordeaux en charge des grands projets d’aménagement urbains, fait allusion à l’œuvre en projet contestée de Suzanne Treister. Il rappelle également la contestation par le passé de l’installation du lion bleu de Xavier Veilhan place Stalingrad, « devant lequel, aujourd’hui, on vient faire des photos de mariage ».

L'AUTEUR
Walid Salem
Walid Salem
Co-fondateur de Rue89 Bordeaux et directeur de la publication

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