Au Capc, Judy Chicago et « le vagin universel »
Culture 

Au Capc, Judy Chicago et « le vagin universel »

actualisé le 14/03/2016 à 14h13

Judy Chicago au Capc (WS/Rue89 Bordeaux)

Judy Chicago au Capc (WS/Rue89 Bordeaux)

Pourquoi pas Judy Chicago, en effet ? Avec « Why not Judy Chicago? », le Capc accueille à Bordeaux la première grande exposition de cette artiste américaine, militante et figure emblématique de l’art féministe.

C’est une question qu’on pourrait se poser tant cette artiste était si peu montrée dans les musées français. « Why not Judy Chicago? » est le titre de la première grande exposition en France consacrée à l’artiste féministe américaine. Ce à l’initiative du Capc, le musée d’art contemporain de Bordeaux, en coproduction avec le Centre Azkuna de Bilbao.

Lors de la présentation de son exposition qui occupe les deux galeries du premier étage du musée, Judy Chicago plante le décor :

« Personne ne se met à crier en voyant une tour ou un immeuble : Oh, regardez, on dirait un phallus ! Pourquoi ? Parce ce que la forme phallique est une forme devenue universelle. Alors j’ai entrepris, à travers mon travail artistique, de rendre le vagin aussi universel. »

Chicago

Née Judy Cohen, elle porte le nom de son premier mari, Gerowitz, avant de décider en 1971 de modifier son nom de famille en « Chicago » afin de bannir toute forme de puissance ou de domination masculine (voir illustration en tête de l’article).

Le « cunt art » ou le féminisme dans l’art

A la fin des années 60, après une période minimaliste, Judy Chicago (voir encadré), se consacre à l’exploration du féminisme en mettant au centre de son travail la représentation du sexe féminin. Le vagin s’y décline dans des traductions les plus abstraites, une mission que l’artiste se donne au nom des toutes les femmes.

Le vagin prend des formes qui font aujourd’hui l’imagerie métaphorique du sexe féminin : anneau, fleur, papillon… Elle invente une nouvelle dimension politique et artistique : le « cunt art ».

L’exposition qui lui est consacrée au Capc, suit l’évolution chronologique de son travail :

« Nous avons intégré des reproductions [encadrées par des traits noirs dans l’exposition, NDLR] pour une approche narrative complète du travail de Judy Chicago, explique Xabier Arakistain, le commissaire espagnol de l’exposition. C’est très important de voir l’évolution de ce travail avec sa déconstruction des images féminines dans la société patriarcale. Ce récit visuel à travers les 50 ans de sa carrière permet d’articuler entre elles les différentes pratiques de Judy Chicago comme plasticienne, mais aussi comme enseignante et écrivain. »

De ses premières séries de « Pasadena Lifesavers » qui suggèrent le sexe féminin dans divers interprétations kaléidoscopiques, en passant par le sanguinolent « Red Flag » où l’artiste atteint une dimension plus provocatrice, jusqu’à l’évocation de sa grande réalisation, « The Dinner Party ».

Aliénor d’Aquitaine au « Dinner Party »

Cette œuvre mythique, monumentale par ses dimension, et qu’on regrette de ne pas voir dans sa totalité au Capc, est présentée par les affiches des différents rendez-vous donnés à travers le monde, et par l’exposition de quelques couverts parmi les 39 attribués aux femmes de l’histoire et de la mythologie. Parmi elles, Aliénor d’Aquitaine, le clin d’œil de Judy Chicago à Bordeaux.

L’assiette exposée de la Duchesse d’Aquitaine, ornée d’une fleur de lys, évoque son combat dans un monde dominé par les hommes. Il était impensable qu’une femme prenne l’initiative d’une rupture, avec le roi de France Louis VII de surcroît, pour épouser le futur roi d’Angleterre, Henri Plantagenêt.

« The Dinner Party » est une gigantesque cène triangulaire. L’œuvre, réalisée en céramique, en porcelaine et en textile, nourrie de formes abstraites de vulves ou de vagins, a pris plus de 5 années de travail (1979-1981). Avec la collaboration d’une centaine de femmes intervenantes bénévoles, elle est devenue une icône de l’art féministe.

Holocauste et humanisme

A partir des années 1980, Judy Chicago, a exploré d’autres inégalités et injustices. L’impact destructeur de l’homme sur la planète, ses appétits guerriers, les conditions et l’impuissance des minorités, et aussi, et en particulier, l’Holocauste :

« L’impuissance est arrivée à son comble dans cet horrible génocide. Je connaissais peu de chose sur ce sujet, et durant ma scolarité, je n’ai reçu aucun enseignement. Même si je viens d’une famille laïque juive, je me suis demandée : « Pourquoi ne sais-je rien sur l’Holocauste ? Quand le film de Claude Lanzmann, Shoah, est passé à New York en 1985, je suis allée le voir avec mon mari Donald (Donald Woodman, photographe, NDLR). Nous avons ensuite fait le tour de l’Europe, dans les villes et les régions où cette tragédie a eu lieu, notamment l’Alsace et la Lorraine. »

Des œuvres de « Holocaust Project: From Darkness into Light » témoignent de ce voyage avec une vision contemporaine des questions de l’oppression et l’injustice, « malheureusement toujours d’actualité » :

« J’ai beaucoup voyagé et j’ai vite compris que l’art avait le pouvoir d’aller au-delà des barrières religieuses, sociales ou de genre. »

Infos pratiques

« Why not Judy Chicago? », exposition du 10 mars au 4 septembre 2016 au Capc, musée d’art contemporain de Bordeaux

Site internet du musée

  • Vendredi 11 mars à 11h30 : Conversation entre Judy Chicago et Xabier Arakistain (Gratuit)
  • Samedi 12 mars de 11h à 18h : Vernissage  Judy Chicago / Guan Xiao / Kenneth Anger / De quelques publications d’artistes
L'AUTEUR
Walid Salem
Walid Salem
Co-fondateur de Rue89 Bordeaux et directeur de la publication

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