Bordeaux se met le crowdfunding dans la poche
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Bordeaux se met le crowdfunding dans la poche

actualisé le 31/03/2016 à 11h21

(capture d'écran)

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Avec la plateforme Bordeaux Gironde Funding, la CCI veut encourager les entreprises locales à recourir au crowdfunding pour financer leurs projets. Ce secteur du financement participatif est florissant en Gironde, à l’image de Happy Capital ou HelloAsso. Tour d’horizon, par Aude David et Simon Barthélémy.

Bordeaux Gironde Funding, la Bourse participative

Gagner deux heures de coworking gratuit en donnant 5 euros au Bac à sable, un projet de lieu bordelais « à mi chemin entre le café et l’espace de coworking », ou entrer au capital de Jeproduismonélectricité.com, société basée à Bordeaux cherchant à lever 200000 euros : voici deux des sept premiers projets de financement participatif soutenus par Bordeaux Gironde Funding.

Lancée en janvier par la Chambre de commerce et d’industrie (CCI), justement localisée place de la Bourse à Bordeaux, la plateforme propose aux particuliers et aux investisseurs de financer des projets 100% girondins. De quoi offrir une alternative aux banques pour les entreprises et les épargnants, explique François Perrin, en charge du dossier à la CCI :

« D’un côté, une partie des gens ont envie de consommer local, mais aussi de reprendre la main sur l’usage de leur épargne, en finançant des projets à côté de chez soi. Or cette dimension existe peu dans les plateformes de crowdfunding aujourd’hui, plus axées sur les communautés d’intérêt. De l’autre beaucoup d’entreprises ont des problèmes pour se faire financer par les banques. Soit parce que ces dernières ne veulent pas prêter à des sociétés qui démarrent ou sont en difficulté, soit parce qu’elles ne peuvent pas financer des investissements immatériels (dépenses marketing, publicité, développement commercial) sur lesquels elles ne peuvent pas prendre de garantie. »

Sachant que les services immatériels représentent 44% du chiffre d’affaires des 72000 entreprises de Gironde, selon le responsable de la CCI, on mesure la complexité de l’accès au crédit pour beaucoup d’entre elles, notamment les start-ups du numérique.

« Quant aux entreprises en souffrance, elles ne se posent pas la question du financement, poursuit François Perrin. Soit elles pensent être capables de résoudre leurs problèmes seules. Soit elles viennent taper à notre porte, mais pour les aider à monter un dossier pour la banque. Beaucoup ne connaissent pas les opportunités du crowdfunding. Avec Bordeaux Gironde Funding, nous leur offrons une brique en plus. »

Partenaires particuliers

Et même trois, puisque le site de la CCI s’appuie sur trois partenaires, offrant des solutions pour les trois types de crowdfunding possibles : après sélection des dossiers des entreprises, celles-ci sont orientées soit vers Bulb in town pour les opérations de don contre don, soit vers Happy Capital pour une entrée d’investisseurs au capital, soit vers Lendopolis pour les prêts.

Cette dernière société, filiale du leader européen KissKissBankBank à destination des PME, va prochainement s’installer à Bordeaux. Le « site de crowdfunding local » Bulb in town est quant à lui implanté à Paris et Bordeaux, où il a notamment financé le Wave Surf Café. Enfin, Happy Capital, entreprise basée à Darwin, est déjà un fleuron national du financement participatif (lire ci-dessous).

Bordeaux Gironde Funding doit aussi permettre d’améliorer la visibilité de ces sociétés, dont les taux d’intérêt vont de 0 à 10% selon les dossiers. En visant un objectif de 110 dossiers à terme (65% de don, 25% de prêt et 10% d’equity), et en promettant de conseiller et accompagner les porteurs de projets, la CCI veut faire entrer davantage encore le financement participatif dans les mœurs locales.

Un pari sur le point d’être gagné au niveau national : 297 millions d’euros ont été récoltés en France en 2015, deux fois plus qu’en 2014, selon le dernier rapport de l’association Financement Participatif France, qui regroupe les professionnels du secteur. Un million de Français ont financé un projet par ce biais l’an dernier, via l’une des quelques 300 plateformes existantes, et 50 millions d’euros ont été recueillis par les plateformes de don, dont 19,5 millions par le N°1, Ulule. Mais il y a encore de la marge : le taux d’épargne des Français, jugés allergiques au risque, est l’un des plus élevés d’Europe.

Les fondateurs de Bordeaux Gironde Funding prennent la pose à la CCI (SB/Rue89 Bordeaux)

Les fondateurs de Bordeaux Gironde Funding prennent la pose à la CCI (SB/Rue89 Bordeaux)

Happy Capital : une plateforme pour toutes les entreprises

Sur cette plateforme bordelaise, qui assure avoir levé cinq millions d’euros depuis son lancement il y a trois ans, on finance tous les projets entrepreneuriaux, y compris les reprises d’entreprise.

« Personne ne pense au crowdfunding pour une reprise, s’étonne le président de Happy Capital, Philippe Gaborieau. Pourtant, quand on finance une jeune entreprise, le risque est plus important que si elle existait déjà. Souvent, les plateformes parisiennes acceptent des dossiers qui plaisent aux business angels, sans tenir compte de l’équipe et du projet. »

Si sa plateforme ne vise pas uniquement les entreprises locales, il pointe les risques de dérive sur les grandes plateforme de financement par « equity » :

« Ces plateformes font beaucoup d’investissement immobilier, ce qui n’a aucun rapport avec l’investissement participatif. Et on trouve beaucoup de cow-boys qui veulent aller très vite. Résultat : sur certaines plateformes de start-ups, la moitié de celles-ci déposent le bilan rapidement. Pour les investisseurs, il est important de diversifier pour limiter les risques. Moi, j’essaye de construire quelque chose de solide. »

Et ses reproches à certaines plateformes d’equity ne s’arrêtent pas là. Il affirme que les trois quarts d’entre elles ne sont pas aux normes, et ne respectent pas en particulier l‘ordonnance sur le crowdfunding du 30 mai 2014, qui prévoit notamment l’affichage de messages d’avertissements sur les risques de l’investissement, avant d’avoir accès aux offres.

« J’ai respecté la loi, et j’ai perdu 30000 places sur le référencement de Google. »

Philippe Gaborieau assure aussi que, contrairement à nombre de ses confrères, il n’a pas recours à des holdings pour gérer les relations entre l’entrepreneur et les investisseurs, car « le but du crowdfunding est de participer à la vie de l’entreprise. Or, certaines entreprises veulent lever des fonds mais ne pas être emmerdées ».

En espadrilles…

Inversement, il reconnaît que le fait d’être un acteur local peut parfois être bénéfique aux plateformes:

« Dans certains cas, cela génère plus de proximité, des contacts plus forts avec les entrepreneurs et les partenaires locaux, ce qui est plus compliqué pour les sites parisiens. Mais aujourd’hui, aucune plateforme n’arrive à s’implanter vraiment à un niveau local. Les entreprises locales ont peut-être un peu plus tendance à se tourner vers Happy Capital, surtout si elles sont accompagnées par des acteurs locaux, mais elles envoient leurs projets à quasiment toutes les plateformes. »

Dans tous les projets qu’il a accompagné, il n’a pas ressenti que la dimension locale attirait particulièrement les investisseurs. A une exception près : Art of Soule. Une entreprise implantée au Pays-Basque qui fabrique des espadrilles et a levé 3160 000 euros en equity en février 2014.

« Il y a une proximité entre les investisseurs et les entreprises, mais elle est rarement géographique, elle concerne plutôt les valeurs, le secteur d’activité. »

En s’associant à la plateforme Bordeaux Gironde Funding, Happy Capital compte inverser la tendance.

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HelloAsso : le numérique parle aux associations

Depuis 2009, HelloAsso propose son aide aux associations de tous les pays. Contrairement à des plateformes plus importantes, les internautes peuvent décider de lui verser ou non une commission. Elle ne fonctionne pas non plus sur le principe du « tout ou rien » (si le montant demandé par l’entreprise n’est pas atteint, les sommes sont rendues aux donateurs, NDLR), et  propose plusieurs dispositifs d’aide en parallèle des campagnes de financement, comme la gestion de l’adhésion des adhérents des associations…

Si la plateforme se consacre spécifiquement aux associations, c’est parce que « le numérique est un formidable levier pour elles, mais n’est pas forcément dans leur ADN », selon Charlie Tronche, en charge de la communication de la plateforme. Il revendique 15 millions d’euros collectés entre le lancement d’HelloAsso et la fin décembre 2015, plus de mille associations ayant eu recours à ses services, 350 000 contributeurs, et une moyenne de 75 euros par don sur le dernier trimestre 2015.

« Le numérique permet de toucher un nouveau public. Il y a un enjeu pédagogique pour “évangéliser” au numérique, on organise des ateliers thématiques, sur comment réussir sa collecte par exemple. Même si c’est un écueil de penser que tout le monde est connecté. »

Pour Hello Asso, diffuser le financement participatif auprès des associations c’est « mettre le numérique au service de l’intérêt général » :

« Aujourd’hui, on parle beaucoup des start-ups, mais les associations ont beaucoup à apporter. Nous voulons fédérer un éco-système. Beaucoup d’associations sont très innovantes sur le plan social et technologique, elles disruptent le modèle existant, proposent un modèle vertueux que des plateformes peuvent aider à co-construire. »

Aquitaine Start-up, timide tentative de crowdfunding local

Cette plateforme est en fait un dispositif complémentaire à l’Auberge Numérique, un dispositif public d’accompagnement de porteurs de projets. Lancée en juillet 2014, Aquitaine Start-up est gérée en interne, sans poste dédié. La volonté était de proposer sur une même plateforme tous les modes de collecte pour les start-ups bordelaises du numérique, sans prélever de commission.

Lancée il y a un an et demi, « quand le crowdfunding a explosé », elle se voulait un laboratoire d’idées, qui offrirait des services nouveaux.

En réalité, raconte Thierry Ulmet, directeur du service d’émergence de projets, elle a bien marché dans les premiers temps, et a permis une dizaine de collectes, mais aujourd’hui « le soufflet est un peu retombé ».

« Aujourd’hui, nous voyons de nombreux projets se diriger vers KickStarter. L’objectif d’Aquitaine Start-Up est d’aider les porteurs de projet à fédérer une communauté en jouant sur la proximité, mais nous sommes fiers que des projets aient une ambition nationale. »

L’Auberge Numérique communique peu sur Aquitaine Start-Up, plutôt envisagé comme « un service supplémentaire » pour les porteurs de projet. Mais pour Thierry Ulmet, l’investissement en equity devient intéressant quand les entreprises commencent à avoir un chiffre d’affaires. Avant, il est souvent plus facile de recourir aux dons. Au total, la plateforme aurait recueilli quelques dizaines de milliers d’euros et aidé une douzaine de start-ups, qu’elle conseille, notamment sur les campagnes de financement.

« Le risque, sur des plateformes comme Ulule ou KissKissBankBank, c’est que la multiplicité, le côté hétéroclite rendent difficiles l’émergence du projet, surtout si on n’a pas de connaissance particulière sur le sujet. »

Pourtant, Thierry Ulmet croit réellement en les avantages que confèrent des acteurs locaux.

« La proximité est un levier fort pour créer un engagement. Une plateforme locale avec plus de moyens qu’Aquitaine Start-Up serait pertinente, peut-être. »

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La Rédaction
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