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Bordeaux Métropole Arena, première pierre avant les Stones ?

La future Bordeaux Métropole Arena (Lagardère Unlimited/Agence Rudy Ricciotti)

La future Bordeaux Métropole Arena (Agence Rudy Ricciotti)

Le chantier de la grande salle de spectacle de 11000 places, baptisée Bordeaux Métropole Arena, a officiellement démarré lundi à Floirac, où le maire aimerait recevoir les Rolling Stones. Les stars internationales pourraient en effet s’arrêter à Bordeaux, qu’elles boudent.

On a vu plus sexy, mais au moins échappe-t-on pour l’instant au « naming » : la future grande salle de spectacle s’appellera « Bordeaux Métropole Arena ». Le baptême et la pose de la première pierre du galet blanc ont eu lieu ce lundi à Floirac, avec entre autres Alain Juppé, président de la métropole, qui finance cet investissement de 77 millions d’euros.

Bâtie par Bouygues, l’enceinte modulable pourra accueillir entre 2500 et 11000 spectateurs pour des évènements sportifs ou culturels, et dynamisera ainsi la rive droite, au débouché du futur pont Jean-Jacques Bosc.

« C’est une immense fierté pour notre commune d’accueillir cet équipement dont la notoriété dépassera les frontières métropolitaines », déclare son maire (PS), Jean-Jacques Puyobrau.

Il se réjouit que la « starchitecte » du projet, Rudy Ricciotti, ait « adouci sa passion pour le béton » pour imaginer « un objet vivant, parfaitement intégré entre le fleuve et les coteaux ».

L’édile en profite aussi pour demander dès l’ouverture, prévue en 2018, un concert des Rolling Stones, rien que ça ! Et pourquoi pas, si les papys du rock se lancent dans une tournée des salles, répond Jérôme Langlet, président de Lagardère Live Entertainment, concessionnaire des travaux et de la gestion de l’Arena.

« Pas question d’aller à la patinoire »

Mais aussi, soyons fous, Rihanna, Radiohead, Arcade Fire… Si aucun nom n’a été encore lâché, de nombreux contacts sont amorcés, et les premières dates seront dévoilées « entre septembre et décembre », ajoute le responsable de la filiale de Lagardère, propriétaire de plusieurs salles parisiennes, dont le Bataclan. A Floirac, il mise sur 440000 spectateurs par an, pour une centaine d’évènements, dont une dizaine à jauge complète, soit 11000 personnes.

« De grands artistes internationaux viendront, c’est certain, estime Jérôme Langlet. Ce sera une très belle salle, dans une ville attractive. Or les artistes veulent aussi se faire plaisir, et certains ont fait deux fois le tour du monde, mais ne sont jamais venus à Bordeaux. »

La pose de la première pierre à Floirac (SB/Rue89 Bordeaux)

La pose de la première pierre à Floirac (SB/Rue89 Bordeaux)

Et pour cause : à l’heure actuelle, les grandes stars se détournent plutôt de la Gironde, dont la plus grande salle, la patinoire de Mériadeck, peut pourtant accueillir jusqu’à 7212 personnes. C’est ce qu’explique Olivier Darbois, le directeur de Corida, la société qui produit les concerts en France de Radiohead, Christine and the Queens ou Manu Chao.

« La dernière fois qu’un de nos artistes est venu à la Patinoire, c’était Charlie Winston en 2010. Pour la prochaine tournée de Ben Harper en octobre, j’ai évité Bordeaux : pas question d’aller à la Patinoire. Le son est médiocre, les équipements vétustes, l’accès difficile pour les semi-remorques. C’est normal, c’est une salle ancienne. Mais aujourd’hui, les gens payent leurs billets relativement chers car les coûts de production augmentent, et c’est compliqué de charger 40 à 60 euros (et même entre 52 et 95 euros pour Michel Polnareff le 30 novembre prochain, par exemple, NDLR) pour une salle où le confort n’est pas optimal. »

Directeur de l’association Musiques de Nuit, qui gère le Rocher de Palmer à Cenon, Patrick Duval confirme ce diagnostic :

« Plusieurs artistes évitent la région car ils ne veulent pas passer à la Patinoire, d’autres ont la même réaction sur la Médoquine, à Talence. Il est clair qu’une vraie salle de concerts permettra de mettre la métropole bordelaise sur le même niveau que les autres grandes villes françaises ou européennes. »

Trous dans la raquette

Olivier Darbois se félicite aussi du lancement du chantier de l’Arena :

« Elle arrive un peu tard, mais mieux vaut tard que jamais. Des 10 grandes villes françaises, Bordeaux est la seule sous-équipée à ce niveau là. Même Pau à un Zénith. Or c’est clair qu’il y a un marché : une quinzaine d’artistes peuvent faire entre 6000 et 12000 spectateurs. En revanche, le marché n’existe pas pour le grand stade de Bordeaux, magnifique mais extrêmement cher, trop pour attirer 3 à 4 gros spectacles par an ».

Pour les petites jauges, l’offre est conséquente dans la métropole : en deçà de 1400 places, on trouve en effet le Rocher de Palmer, le théâtre Femina, le Krakatoa, le Pin galant ou la Rock School Barbey, et bientôt la Salle des fêtes du Grand Parc.

C’est entre 1400 et 2500 places, la jauge basse de l’Arena, qu’il pourrait y avoir un trou dans la raquette : ce créneau là est en effet uniquement assuré par la Médoquine, qui peut accueillir jusqu’à 3000 personnes. Mais l’équipement municipal de Talence, jugé trop coûteux à rénover, devrait fermer d’ici 2 à 4 ans. Plus entrepôt que véritable salle de concert, la médiocrité de son acoustique est, il est vrai, proverbiale…

Par ailleurs la Médoquine n’a pas de programmation propre, contrairement au Rocher de Palmer par exemple. Loin de voir en l’Arena un concurrent, Patrick Duval espère d’ailleurs pouvoir travailler avec la salle de Lagardère, pour programmer des spectacles qui ne pourraient passer à Palmer :

« Nous organisons déjà certains concerts à la Patinoire, comme Nekfeu récemment. Pour d’autres, une capacité modulable aux alentours de 3000/4000 places peut-être intéressante également. »

Questionné par Rue89 Bordeaux, Jérôme Langlet, de Lagardère Live Entertainment, assure que « la prochaine étape du projet consiste justement à tisser des liens avec la scène culturelle locale ». Histoire que le galet blanc ne soit pas une pierre dans leur jardin.

La maquette de la grande salle, au débouché du futur pont Jean-Jacques Bosc (SB/Rue89 Bordeaux)

La maquette de la grande salle, au débouché du futur pont Jean-Jacques-Bosc (SB/Rue89 Bordeaux)

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux
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