Comment Nuit Debout Bordeaux veut durer
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Comment Nuit Debout Bordeaux veut durer

actualisé le 16/04/2016 à 02h24

L'AG de Nuit Debout Bordeaux, mercredi 13 avril 2016 (SB/Rue89 Bordeaux)

L’AG de Nuit Debout Bordeaux, mercredi 13 avril 2016 (SB/Rue89 Bordeaux)

Des conférences populaires, une garderie pour les enfants, des actions pour les grands… Nuit Debout Bordeaux, qui a rassemblé près de mille personnes mercredi, cherche les moyens d’élargir son audience et d’entretenir la flamme.

Si Nuit Debout a attiré moins de monde que le week-end dernier, entre 500 et 1000 personnes ont tout de même assisté à l’assemblée générale ce mercredi sur la place de la République, à Bordeaux. Alors que le mouvement est reconduit ce jeudi, à partir de 15h, et jusqu’à samedi, l’enjeu est désormais pour ses participants de s’inscrire dans la durée.

Nuit Debout Bordeaux avait invité les gens à se rendre dès midi mercredi pour pique-niquer et participer aux ateliers . Les sujets : éducation, santé et agroalimentaire, homme et nature… A 14h, il n’étaient qu’une vingtaine de participants, plus quelques journalistes.

« Si vous aviez un porte-parole, ce serait plus simple pour nous, on ferait notre reportage et en un quart d’heure ce serait réglé », lance un jeune cameraman. « Vous rigolez j’espère ?! », répond une militante. A l’arrivée, le petit groupe refuse toute interview, craignant la manipulation des images et des propos.

Le bref échange illustre les interrogations des journalistes sur le traitement d’un mouvement horizontal, sans leader revendiqué ni, pour l’heure, action médiatique. Et il témoigne de la méfiance des organisateurs de Nuit Debout Bordeaux : très sollicités, ils n’ont encore pas répondu officiellement à la presse. « C’est une décision qu’on doit voir ensemble », lance un des membres de la commission communication à l’assemblée générale.

Mais la question ne sera pas soumise au vote. Le soutien de Nuit Debout Bordeaux à la manifestation du 28 avril contre la loi travail, et à l’appel à la grève générale reconductible, sera d’ailleurs la seule décision votée lors de l’AG.

« Laissons des traces »

Celle-ci démarre à 18h15, avec des prises de parole respectant la parité homme-femme (une décision votée dimanche dernier, après avoir constaté que les femmes osaient moins s’exprimer en public). L’assemblée commence par un compte-rendu des différents ateliers, rebaptisés commissions en AG, pour harmoniser le vocabulaire avec l’ensemble du mouvement.

Il est par exemple question, en matière d’éducation, de s’appuyer sur les systèmes alternatifs (Freinet…) pour « ne plus formater les enfants », ou de démultiplier « les classes bilingues franco-arabes ».  Côté agriculture – l’atelier « Laissons des traces » -, on annonce la création d’un potager citoyen urbain sur la place de la République, afin de « démystifier la production alimentaire », explique une jeune maraîchère. Elle indique vouloir solliciter pour cette commission l’intervention de mouvements extérieurs, comme les Incroyables Comestibles ou la Confédération Paysanne.

Autres ressources extérieures sollicitées : des professeurs d’université, que Nuit Debout Bordeaux compte inviter pour animer des « conférences populaires ». L’enjeu est à la fois de donner de l’épaisseur aux réflexion que peut conduire le mouvement, mais aussi de séduire un plus large public et de maintenir son intérêt – mercredi après l’AG, beaucoup de gens sont rentrés chez eux faute d' »animation » place de la République.

Shanana

Pour éviter la débandade, la priorité est déjà que chacun s’implique à son niveau. Les organisateurs appellent ainsi les participants de l’AG à ne plus seulement être spectateurs, mais à rejoindre les commissions existantes, ou à en créer une si un sujet leur semble important.

« Le truc important que nous apprend Nuit Debout, c’est d’être acteur, et pas seulement spectateur, estime un des orateurs. Ne restez pas le cul par terre. Si un micro ne marche pas, ce n’est pas parce que Nuit Debout a oublié des piles, c’est parce que nous n’avons pas pensé aux piles. »

Reste également à sortir de l’entre-soi militant manifeste, et une commission « communication extérieure » signale vouloir aller tracter dans les facs et les usines. Rameuter du public suppose aussi par une meilleure organisation pratique : une commission garderie est ainsi constituée pour permettre aux parents de se rendre à la Nuit Debout en famille.

Mais aussi par des objectifs politiques : le risque d’un découragement général si la loi travail est adoptée est d’ores et déjà  bien perçu. Et si Nuit Debout continue d’essaimer – désormais une soixantaine de villes, dont une première action à Libourne -, le mouvement pourrait retomber comme un soufflet. Alors on se donne de nouvelles échéances, comme le 23 avril, décrété « journée de séparation du Medef et de l’Etat », ou la manif et la grève du 28 avril.

En attendant peut-être un débouché politique pour Nuit Debout. Il existe déjà un comité intervilles (rien à voir avec Guy Lux et les vachettes). Et mercredi a été posée la question de l’émergence d’une « instance légitime » représentant le mouvement, qui ne soit ni un syndicat ni un parti. Pour l’heure, on en reste au joyeux bordel à Bordeaux, tendance plutôt anar. « Portez vous bien, tenez vous mal », a par exemple lancé quelqu’un à l’assemblée.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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