La Teste vibre à l’onde de François de Roubaix, Morricone français
Culture 

La Teste vibre à l’onde de François de Roubaix, Morricone français

Passionné de plongée, François de Roubaix est disparu en 1975 (DR)

Passionné de plongée, François de Roubaix est disparu en 1975 (DR)

Une expositions, des films, et bien sûr des concerts : les Musicales d’avril honorent François de Roubaix, compositeur pour le cinéma et la télévision disparu il y a 40 ans, mais dont l’œuvre influence les musiciens actuels, de la French Touch au hip hop.

Quel est le point commun entre Robbie Williams, Chapi Chapo, Philippe Noiret et le commandant Cousteau ?  Pour le savoir, rendez-vous aux Musicales d’avril, qui démarrent ce vendredi 1er avril à la Teste-de-Buch : le festival rend un alléchant hommage à François de Roubaux, prématurément disparu en 1976 – il avait 36 ans -, en laissant derrière lui une œuvre foisonnante.

De Roubaix a essentiellement composé pour l’écran – la télévision, à l’image des génériques aux synthés psychés, presque électro, de la série d’animation pour enfants Chapi Chapo ou du Commissaire Moulin, et surtout le cinéma. Il a signé notamment la musique du « Samouraï », de Melville, et neuf bandes originales pour Robert Enrico, dont celle du « Vieux fusil », avec Philippe Noiret (projeté dimanche soir au cinéma Grand Ecran de la Teste).

« Le 3 avril 1976, il remporte pour ce film le premier César de l’histoire du cinéma, raconte Aldo Campo, musicien bordelais à l’origine de ces journées. Mais c’est son père, le cinéaste Paul de Roubaix, qui vient le chercher, car son fils est mort dans un accident de plongée (en novembre 1975). Moi qui étais alors gamin et espérais voir enfin le visage de ce musicien que j’admirais, c’était raté ».

François de Roubaix gagnera une autre statuette à titre posthume, cette fois pour le court-métrage « Comment ça va je m’en fous », réalisé par ses soins. Le César et le film seront présentés ce week-end au Village des Musicales, ainsi que des photos et des instruments de musique que le compositeur, passionné de plongée sous-marine, rapportait de ses voyages dans le monde entier.

Aura mythique

« Ce qui a tout déclenché, c’est la biographie de François de Roubaix réalisée par Gilles Loison, une véritable bible, poursuit Aldo Campo. Avec les enfants de Roubaix, Patricia et Benjamin (qui jouera mardi avec un quarter jazz, NDLR), il essayait de célébrer le 40ème anniversaire de sa mort. Je l’ai rencontré, car je voulais apporter ma pierre à l’édifice mémoriel, et lui ai proposé de le faire dans le coin – pour honorer de Roubaix, il fallait que ce soit pas loin de l’océan, car c’était un amoureux de la mer. Quand il avait 18 ans, il est venu chaque été pendant trois saisons, jouer avec son jazz band parisien sur le Bassin d’Arcachon. »

François de Roubaix dans son home studio (DR)

François de Roubaix dans son home studio (DR)

Jazz, donc, mais aussi pop – de Roubaix adorait les Beatles et Pink Floyd -, funk, classique et même world music – on retrouve des sonorités d’Inde ou d’Amérique du Sud dans plusieurs de ses thèmes -… c’était un touche-à-tout brillant,  :

« J’ai été passionné tout jeune par la liberté de ce musicien singulier autodidacte, qui jouait de tous les instruments, écrivait des mélodies entêtantes, et avait un son bien à lui, continue Aldo Campo. On a envie de le raccrocher à l’histoire du ciné, qui  est un peu en train de l’oublier ; s’il n’avait pas eu son accident de plongée aux Canaries, il serait peut-être aujourd’hui notre Ennio Morricone. »

Ou pas, estime le journaliste aux Inrockuptibles Christophe Conte, auteur du documentaire sur François de Roubaix, « Un portait au présent » (projeté samedi et dimanche au 6Bis’Arts) :

« François de Roubaix est plus fascinant que d’autres musiciens car il est mort très jeune en laissant une œuvre importante, et que l’on continue à découvrir – il y a encore beaucoup de bandes inédites, des sessions jazz enregistrées avec des copains, ou des musiques non libres de droit, comme la musique des « Lèvres rouges ». On ne l’a donc pas vu dépérir dans les années 80 comme beaucoup d’artistes de cette époque. Il a ainsi gardé une espèce d’aura mythique, d’autant plus qu’il était très charismatique : autant Ennio Morricone ressemble à un prof de math, autant lui était un playboy, avec un look de surfeur, toujours entouré de jolies femmes et de copains musiciens fêtards. »

Savant fou de la musique

Mais c’est bien sûr avant tout son œuvre qui perdure aujourd’hui, enchaîne Christophe Conte :

« Il est l’héritier d’une riche tradition française de musiciens de films – il a d’ailleurs commencé sa carrière avec Michel Magne, un autre savant fou de la musique. Mais sa musique relève plutôt de l’école buissonnière. Elle est si mélodique, inventive et moderne qu’elle pourrait sortir aujourd’hui. Il a fait beaucoup d’expérimentations sur des instruments bizarres ramenés de tous les pays, comme sur les premiers synthétiseurs les plus sophistiqués de l’époque. C’était aussi un amoureux de la nature, et cela s’entend dans sa musique, empreinte de sons liés à la mer ou au vent des choses. Il avait d’ailleurs écrit une musique pour un documentaire du commandant Cousteau, malheureusement refusée. Ce qui rend intéressant de Roubaix, c’est ce mélange incroyable de sons ancestraux et d’électronique qui ont fait de lui non seulement un excellent mélodiste, mais aussi un musicien de recherche. Il a croisé ce truc savant avec la culture très populaire, celle des films du dimanche soir à la télé. »

Comme Ennio Morricone, qui a aussi composé pour de nombreux nanards, la musique de François de Roubaix vieillit donc mieux que beaucoup de films qu’elle illustrait. Résultat : sa postérité dans la musique contemporaine est aujourd’hui très importante, estime Christophe Conte :

« C’est le lot de toutes les musiques de film d’être samplées, et les siennes le sont abondamment, dans le monde entier – Robbie Williams a utilisé « Dernier domicile connu », et beaucoup de DJ ou de rappeurs américains remixent de Roubaix sans forcément savoir qui il est. Mais il est aussi cité comme une source d’inspiration par de nombreux artistes de genres très différents. La French Touch – Air, Sébastien Tellier, Rob… – se reconnait en lui, notamment les Versaillais, car c’est une musique très bourgeoise : de Roubaix était bien né, il vivait dans un immense appartement parisien du XVIIe arrondissement, et pouvait s’acheter des synthés ou créer son home studio dans son salon. On voit aussi son influence chez Florent Marchet, capable de jouer de tête la musique du « Samouraï » sur un orgue, ou dans le jeu de piano de Vincent Delerm. »

La transmission semble donc assurée. Après du de Roubaix, le monde du silence est toujours du de Roubaix.

Chapi Chapo, électro et chanson au programme

L’éclectisme du compositeur est éclatant dans la programmation des Musicales : ce samedi 2 avril verra se succéder un ciné-concert de l’ensemble Acouphène autour d’épisodes de Chapi Chapo (10h et 15h à la Bibliothèque jeunesse de la Teste, entrée libre sur réservation) et un Tremplin Electro, avec 6 formations qui ont gagné leur place en remixant une œuvre de de Roubaix, « La frite équatoriale » ou l’indicatif du « Commissaire Moulin ».

Enfin, mardi au Théâtre Cravey, en avant première du concert de Benjamin de Roubaix, les étudiants de la licence Chanson française de l’université de Bordeaux-Montaigne (cursus unique en France) interprèteront 8 ou 9 propositions à partir des œuvres de l’artiste

« Nous souhaitons montrer comment un précurseur largement autodidacte pouvait avoir un lien avec la nouvelle génération, explique Didier Beaujardin, responsable pédagogique de la licence chanson. Certains étudiants ont pris des chansons en gardant les paroles mais en plaçant des arrangements différents, d’autres ont au contraire écrit des textes pour des thèmes du « Rapace » ou du « Vieux fusil ». Ils ont choisi au feeling et pas la facilité, car la musique du Rapace n’est pas des plus simples.  De Roubaix changeait souvent de ton, et  7 ou 8 univers musicaux pouvaient se bousculer au portillon en 7 8 minutes. »

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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