La centrale du Blayais peut-elle tenir encore dix ans ?
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La centrale du Blayais peut-elle tenir encore dix ans ?

actualisé le 10/06/2016 à 14h56

Inspection de l'Autorité de Sûreté Nucléaire à la centrale nucléaire de Saint-Alban. (ASN/N. Robin)

Inspection de l’Autorité de Sûreté Nucléaire à la centrale nucléaire de Saint-Alban. (ASN/N. Robin)

L’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) va s’exprimer sur la capacité du premier réacteur de la centrale du Blayais à fonctionner encore 10 ans. Il a été mis en service en 1981.

L’Autorité de sûreté nucléaire, gendarme du nucléaire français, donnera son avis sur l’état du premier réacteur du Blayais « à la fin de l’été ».

Tous les dix ans, l’ASN effectue un « réexamen de sûreté » sur les centrales. Elle réalise tout d’abord un examen de conformité pour vérifier « le respect de l’ensemble des règles » en vigueur. Puis une réévaluation de sûreté qui vise à « améliorer le niveau de sûreté de l’installation au regard des exigences et des pratiques de sûreté plus récentes ».

Elle prend en compte l’évolution des connaissances dans le domaine du nucléaire ainsi que les retours d’expérience en France et à l’international. Ce réexamen décennal permet également de vérifier que l’état des installations est suffisant pour tenir au minima 10 ans de plus.

C’est à travers cet examen, entamé en 2012 sur le site du Blayais, que l’ASN évalue l’aptitude du premier réacteur à fonctionner dix ans de plus. Ce verdict sera rendu « entre la fin de l’été et le mois d’octobre », assure Paul Bougon, chef de la division Bordeaux à l’ASN.

Mis en service en 1981, ce réacteur subit déjà son troisième examen décennal. Si la centrale entame un cycle supplémentaire, les exigences de sécurité seront donc très strictes. Des travaux coûteux devraient être entrepris, pour remplacer des pièces par exemple.

Attention, souligne Bertrand Fremaux, chef du pôle réacteur pressurisé : certaines, comme la cuve, ne peuvent être changées. Par conséquent, si celle-ci est trop abimée, le réacteur devra être mise à l’arrêt. L’ASN a en effet le pouvoir de demander la fermeture d’un réacteur, ou d’une centrale, si la sécurité n’est pas assurée.

Un bilan satisfaisant

Mais le rapport de l’année 2015, rendu public ce 9 juin, est plutôt positif pour cette doyenne des centrales (après Fessenheim). Ce bilan annuel de l’ASN, indépendant de ses examens décennaux, donne des informations sur l’état du parc nucléaire français. Il ne présage pas forcément un avis positif concernant un nouveau cycle pour le Blayais, mais donne des indications sur le fonctionnement de cette centrale. Après avoir effectué 21 inspections sur le site du Blayais, l’ASN se dit « globalement satisfaite ».

En 2015, 45 « événements significatifs » ont été déclarés sur le site du Blayais. Un chiffre en très légère hausse, puisqu’on en comptait 43 l’année précédente. Parmi eux, 4 anomalies, et un incident plus grave. Il s’agit d’un travailleur irradié au menton, à un niveau au-dessus de la limite de radioactivité annuelle. Intervenu sur un chantier en août dernier, cet incident a été classé au niveau 2 sur l’échelle INES, ce qui est assez rare. Le niveau maximum, 7,  est en effet équivalent à des catastrophes comme Fukushima.

Pour pallier à ces incidents, de nombreux travaux de maintenance ont été entrepris en 2015. Le troisième réacteur a ainsi été arrêté pendant 14 mois, « une durée record », souligne Bertrand Fremaux. Le générateur de vapeur du réacteur 4 a été changé, comme ceux des trois autres réacteurs les années précédentes. L’ASN met cependant en garde contre « les difficultés du Blayais dans le domaine de la maintenance ».

Site nucléaire du Blayais, vue aérienne. (DR/Marc Didier)

Site nucléaire du Blayais, vue aérienne. (DR/Marc Didier)

Des salariés mal protégés

Autre bémol selon le rapport de l’ASN : une mauvaise protection contre les radiations, notamment dans les réacteurs. Les chantiers sont mal protégés lorsque les réacteurs sont en arrêt pour maintenance. Une lacune illustrée par l’incident du salarié irradié. En 2015, les réacteurs ont été évacués huit fois, dont quatre en raison de particules nucléaires dans l’air. Des incidents dus à un mauvais confinement des locaux.

Le bon point accordé au Blayais concerne l’environnement. Les rejets de particules radioactives sont en diminution, les fuites sont mieux maitrisées.

Un dernier facteur rendre en compte dans la survie du Blayais : la loi de transition énergétique. En effet, si l’ASN peut imposer l’arrêt d’une centrale, ou donner son feu vert au prolongement de sa durée de vie, le gouvernement pourrait aussi décider de fermer le Blayais pour atteindre son objectif de baisse de la part du nucléaire à 50% d’ici 2025.

Aller plus loin

Sur Rue89 Bordeaux : Après Fukushima, la sécurité cher payée au Blayais
L’espace de la centrale du Blayais sur le site de l’Autorité de sûreté nucléaire

L'AUTEUR
Amélie Petitdemange
Etudiante à l'Institut de Journalisme Bordeaux Aquitaine (IJBA)

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